La taxe Netflix : la capitulation de trop d’Ottawa

Publié le 31 juillet 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Protéger le pouvoir d’achat… pour des biens américains

Plus tôt cette semaine, Ottawa renonçait à obliger les géants du Web à payer une redevance (appelée ‘taxe Netflix’) destinée à soutenir financièrement la création de contenu culturel canadien.

Ottawa justifie sa décision en déclarant que toute taxe imposée aux géants du Web serait refilée aux consommateurs canadiens sous forme, par exemple, d’une hausse des abonnements à des plateformes de diffusion en continu.

Toutefois, cela est également vrai de l’impôt que paient ces entreprises sur les profits qu’elles déclarent réaliser au Canada. Si Ottawa veut être cohérent, ne devrait-il pas soustraire du fisc toutes les entreprises qui opèrent au pays afin qu’elles puissent refiler les sommes épargnées aux consommateurs ?

Si Ottawa veut protéger le pouvoir d’achat des Canadiens, il aurait avantage à distinguer les biens de consommation essentiels de ceux qui ne le sont pas.

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras

La ’taxe Netflix’ devait rapporter des milliards de dollars.

Comme les présents apportés à Bethléem par les rois mages, le premier ministre canadien espère que son cadeau à Donald Trump mettra ce dernier dans de bonnes dispositions pour signer un traité de libre-échange avantageux pour notre pays.

Toutefois, nombreux sont ceux qui croient qu’il repartira en chameau sans avoir obtenu grand-chose puisque l’effet des concessions au président américain dure rarement au-delà de 24 heures.

Ce dernier est un mâle alpha qui, en raison de son narcissisme, respecte ceux qui lui ressemblent (Benyamin Netanyahou, Vladimir Poutine et Xi Jinping).

Par contre, il adore piétiner les faibles afin de démontrer publiquement sa puissance. On peut donc souhaiter bon courage à ce pauvre premier ministre canadien qui n’a pas fini de servir de paillasson à Trump puisque ce dernier sait, par expérience, que Carney finit toujours par céder à la dernière minute.

La prétendue ‘culture canadienne’

Les peuples anglophones du Canada, des États-Unis et de Grande-Bretagne font partie d’un vaste ensemble ‘anglo-saxon’ qui rayonne tout naturellement et indistinctement sur le reste du monde sans que des gouvernements aient besoin d’intervenir. Le ‘marché’ s’en charge.

Le premier ministre actuel du Canada est un mondialiste capable de passer de la direction de la Banque du Canada à celle de Grande-Bretagne comme si l’une et l’autre étaient des succursales d’un gouvernement mondialisé.

De toute évidence, l’idée de protéger la ‘culture canadienne’ (comme si elle avait quelque chose de particulier) lui est totalement étrangère.

Évidemment, il sait que les cultures autochtones du Canada possèdent des identités fortes. De même que la culture québécoise. Mais dans le monde d’où il est issu, on s’intéresse distraitement aux choses dont on ne peut pas évaluer le prix au kilo.

La tutelle culturelle d’Ottawa

Si Ottawa voulait convaincre les Québécois qu’ils ne sont jamais mieux servis que par eux-mêmes, il a parfaitement réussi en capitulant au sujet de la ‘taxe Netflix’.

Dans sa lutte séculaire destinée à protéger notre langue et notre culture, le gouvernement du Québec est handicapé par les obstacles qu’Ottawa dresse sur son chemin.

Pensons à cette camisole de force constitutionnelle que l’ethnie dominante du pays s’est empressée d’adopter sans nous en 1982 et dont le but était d’invalider des pans entiers de la Loi 101 adoptée cinq ans plus tôt par le Québec.

Pensons également à toute cette magistrature militante, nommée par Ottawa, toujours prompte à déclarer anticonstitutionnels nos efforts destinés à construire une identité qui nous soit propre.

Pensons au refus obstiné d’Ottawa de permettre au ministère québécois de l’Immigration d’obliger la connaissance préalable du français à ceux qui veulent immigrer au Québec alors qu’une exigence équivalente existe déjà dans de nombreux pays (dont la Grande-Bretagne).

Conclusion

L’abandon de la ‘taxe Netflix’ ne pénalise pas seulement les créateurs québécois de contenu culturel; il pénalise également ceux qui habitent dans les autres provinces. Toutefois ces derniers sont des victimes collatérales.

Les géants du Web sont les alliés objectifs des politiques assimilatrices d’Ottawa. L’invisibilisation du contenu québécois et la promotion assumée de la culture américaine sont autant de moyens de convaincre nos jeunes d’avoir honte de notre langue (accusée d’être sexiste) et de notre culture.

Bref, lors du prochain référendum, le peuple francoQuébécois sera confronté à un choix existentiel; prendre son destin en main ou assister impuissant à son extinction linguistique.

Références :
Annulation de la « taxe Netflix » Une décision désastreuse
« Aplaventrisme », « non-sens total » : le recul d’Ottawa sur la « taxe Netflix » dénoncé

Complément de lecture :
Mark Carney est-il l’homme de la situation ?

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel