Géopolitique de l’opération Maduro

Publié le 14 janvier 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Après avoir mis en place un blocus maritime empêchant le Venezuela d’exporter son pétrole, les États-Unis ont procédé à l’exfiltration vers les États-Unis du président Nicolás Maduro (et de son épouse) pour y être jugé.

Dès le lendemain, la Cour suprême du Venezuela a ordonné à la vice-présidente Delcy Rodriguez d’assumer le pouvoir, forte de l’appui de l’armée.

Plutôt que de remplacer Nicolás Maduro par la cheffe de l’opposition qui avait remporté les dernières élections présidentielles, l’administration Trump a préféré procéder chirurgicalement à une révolution de palais, planifiée depuis des semaines, et qui permet de maintenir en place le régime vénézuélien, purgé des dirigeants militaires les plus fidèles à l’ancien président, et notamment sa garde rapprochée cubaine qui a été liquidée au cours l’opération mortelle menée par les forces américaines.

Comme le prévoyait le scénario écrit d’avance par Washington, la nouvelle présidente s’est empressée de condamner l’intervention américaine et déclaré sa volonté de défendre de toutes ses forces son pays contre l’impérialisme américain.

Le but de l’opération américaine n’était pas de défendre la démocratie au Venezuela. Si cela avait été le cas, la gagnante des dernières élections présidentielles serait aujourd’hui à la tête du pays. Elle se sera peut-être un jour, mais cela n’était pas la priorité de l’administration Trump.

Le but n’était pas non plus de s’emparer du pétrole vénézuélien; celui-ci repose dans le sous-sol du pays et le demeurera, essentiellement, pendant encore de nombreuses années.

Cette intervention militaire est une étape en vue d’établir le contrôle mondial de l’énergie par les États-Unis.

Dans ce cas-ci, cela consiste à forcer la Chine (qui, jusqu’ici, achetait 68 % du pétrole vénézuélien) à se trouver une autre source d’approvisionnement. Puisque le Venezuela était un fournisseur pétrolier mineur de la Chine, la gifle infligée à la Chine n’est pas catastrophique, mais elle est significative.

Dans leurs luttes respectives pour l’hégémonie mondiale, la Chine et les États-Unis ont deux stratégies opposées.

Les États-Unis veulent prolonger indéfiniment l’époque actuelle où les ressources énergétiques (notamment les hydrocarbures) occupent une place stratégique dans le développement économique. En somme, le but de l’administration Trump est de prolonger l’âge thermo-industriel, en dépit de ses conséquences climatiques.

De son côté, la Chine a misé sur l’émergence de l’extractivisme minéral en tant que pilier de l’économie de demain. Pour ce faire, la Chine s’est assurée du monopole de l’extraction et de la purification des métaux stratégiques.

Le résultat, c’est que même lorsque les États-Unis auront comblé leur retard technologique, la Chine percevra sa part (sa ‘cut’) de chaque éolienne et de chaque panneau solaire produit en Occident en raison des terres rares essentielles à leur fabrication.

Références :
Deep in the vaults: the Bank of England’s £1.4bn Venezuelan gold conundrum
Capture de Nicolás Maduro par les États-Unis
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
Le mystère vénézuélien
Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes
Venezuela : le président déchu par les États-Unis Nicolás Maduro comparaîtra lundi devant un juge à New York

Parus depuis :
Cuba rend hommage à ses militaires tués au Venezuela dans l’attaque américaine contre Nicolas Maduro (2026-01-17)
Delcy Rodríguez replaces Venezuela’s top military commanders (2026-03-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La personnalité de l’année 2025

Publié le 31 décembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Bart De Wever

Bart De Wever est premier ministre belge depuis le 3 février 2025.

Toute sa carrière politique a été axée sur la défense des intérêts de la Flandre, c’est-à-dire de la partie néerlandophone de la Belgique, au point de militer en faveur de son indépendance.

Toutefois, dès son accession à sa fonction actuelle, ce politicien de droite s’est transformé en chef d’État.

Le 1er décembre dernier, il avait créé la surprise aux Grandes Conférences catholiques.

Devant ce public francophone, ultra conservateur, et attaché autant à la monarchie qu’à l’unité du pays, l’ex-indépendantiste flamand soulignait son respect pour la fonction royale, l’importance qu’il attache à son rôle de premier ministre de tous les Belges, précisant même que « la Flandre n’est pas un but en soi

À cette occasion, il donnait un avant-gout de ce qui allait suivre en déclarant : « Qui […] croit vraiment que la Russie va perdre en Ukraine ? C’est une fable, une illusion totale. [D’ailleurs] cette défaite ne serait pas souhaitable, car cela rendrait instable un pays doté de l’arme nucléaire

Deux semaines plus tard, un sondage montrait qu’il demeurait le politicien le plus populaire de Flandre. La surprise fut chez les Belges francophones où sa popularité grimpa de sept point dans la capitale et de deux points dans la Wallonie, faisant de lui une des personnalités les plus aimées chez… les Francophones.

Si bien que les auditeurs de deux chaines de télévision flamande l’ont élu ‘Belge de l’année’.

Le grain de sable dans l’engrenage

Depuis mai 2022, nous soutenons sur ce bloque qu’en vertu du Droit international, on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais on ne peut pas les confisquer. En d’autres mots, on peut empêcher un pays de jouir de son argent, mais on ne peut pas le dépenser à sa place.

Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, les pays alliés de Kyiv prétendent le contraire. Pourquoi ?

Le but était de rassurer les contribuables face aux sommes colossales dépensées à soutenir l’Ukraine. Implicitement, le message était qu’au final c’était la Russie qui paierait la note.

À la télévision et dans nos grands médias, tous les journalistes et tous les chroniqueurs participaient à ce lavage des cerveaux.

Toutefois, au Sommet européen du 18 décembre dernier, quelle fut donc la surprise d’entendre le premier ministre Bart De Wever rompre cette omerta et déclarer que son pays s’oppose catégoriquement à la confiscation des avoirs russes en Belgique.

Or c’est dans ce pays que se trouve la chambre de compensation Euroclear qui détient la majorité des avoirs russes gelés en Occident.

Sans Bart De Wever, environ 135 milliards d’euros auraient été utilisés à prolonger de deux ans l’agonie de l’Ukraine.

Et une fois cette somme dépensée (partiellement à alimenter la corruption dans ce pays), nous aurions appris que la confiscation des avoirs russes était illégale. Donc, que nous devons rembourser la Russie pour les sommes confisquées illégalement par nos gouvernements.

Pour son courage et son audace, ce blogue lui décerne le titre de personnalité de l’année 2025.

Références :
Bart De Wever a-t-il convaincu les francophones ?
Bart De Wever, le nationaliste flamand devenu défenseur des intérêts belges
Bart De Wever, ou l’histoire d’un nationaliste flamand devenu figure incontournable des scènes belge et européenne : « C’est un évolutionniste, pas un révolutionnaire »
La saisie fictive des avoirs d’oligarques russes au Canada
« Les dix prochaines années seront difficiles » : Bart De Wever avertit les Belges, à quelques heures de 2026

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Aperçu de géopolitique agricole

Publié le 29 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

Étienne Lombardot est un diplômé de l’École de guerre économique (qui n’a pas d’équivalent au Québec). Cet expert est l’auteur du rapport L’agriculture dans la guerre économique, paru en septembre 2024.

Les chapitres de la présentation vidéo ci-dessus sont les suivants :
 0:00 Introduction
 1:48 Comment définir l’agriculture ?
 5:40 La place de la France dans l’agriculture mondiale
 9:26 La France a choisi la qualité
12:35 Les normes agricoles de l’Union Européennes
16:34 L’industrie du poulet
19:36 L’Ukraine, leader de l’agriculture
23:49 L’agriculture en Chine et en Inde
30:58 L’agriculture en Afrique
35:55 Conclusion

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Mercosur : la perte de souveraineté alimentaire face à la guerre

Publié le 28 décembre 2025 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Depuis 1991, l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay font partie du Marché commun du Sud, surnommé Mercosur.

Ces jours-ci, l’Union européenne (UE) s’apprête à signer un traité de libre-échange avec ces pays.

Le texte de l’accord prévoit que, sur un échéancier de quinze ans, les pays du Mercosur supprimeront leurs droits de douane sur 91 % de leurs importations européennes (notamment sur les voitures européennes, actuellement taxées à 35 %).

En contrepartie, sur une décennie, l’UE abolira ses droits de douane sur 92 % de ses importations mercosuriennes. Ce qui privera l’UE de quatre-milliards d’euros de revenus tarifaires.

D’abord la délocalisation industrielle…

En octobre 2022, au sujet des sanctions européennes contre la Russie, nous écrivions :

Ne pouvant plus compter sur les hydrocarbures bon marché en provenance de Russie, le prix de l’énergie dans l’Union européenne sera plus élevé que dans la plupart des pays concurrents de l’Europe. Et ce, pour quelques années.

On peut donc anticiper que cette remondialisation s’accompagne d’une délocalisation industrielle.

C’est effectivement ce qui s’est produit. Mais ce n’est pas tout.

Le 27 juillet 2025, l’accord de Turnberry, conclu entre Donald Trump et Ursula von der Leyen prévoit que l’UE garantira 600 milliards d’euros d’investissements européens supplémentaires aux États-Unis.

Essentiellement, cette fortune servira à transférer des capacités européennes de production vers les États-Unis. En d’autres mots, l’UE s’engage à accroitre, voire à financer, son propre déclin industriel.

…puis la perte de souveraineté alimentaire

Après ce sabotage industriel, l’UE s’attaque maintenant à son agriculture.

Le modèle néolibéral qui prévaut en Europe, c’est que les grands groupes agro-alimentaires maximisent leurs profits en mettant en concurrence les producteurs d’aliments de base.

Et puisqu’il est beaucoup plus facile de rendre unique un produit transformé et donc, de faire accepter au consommateur de payer plus cher pour l’obtenir, la marge de profit des produits transformés est beaucoup plus grande que celle des aliments de base. D’où la précarité des paysans européens.

Cette précarité s’est accrue avec l’abandon de la gestion de l’offre en 1992 et l’augmentation considérable des exigences règlementaires de Bruxelles.

Le poulet ukrainien

Dans le cas du poulet, l’UE a soumis ses propres producteurs à une concurrence déloyale en permettant au demi-milliard de poulets produits annuellement en Ukraine d’entrer librement sur le marché européen sans respecter les normes qui y sont en vigueur.

Les règles concernant la traçabilité ne permettent pas aux consommateurs de s’opposer à ce tsunami puisque les poulets ukrainiens se retrouvent dans des croquettes et cordons-bleus avec l’estampille de l’UE.

Les légumineuses et le blé canadiens

D’autre part, en raison de la morphologie du territoire européen, les agriculteurs y sont menacés par tout traité de libre-échange avec des pays où il est possible de réaliser des économies d’échelle grâce aux immenses terres agricoles qu’on y trouve. C’est le cas du Canada.

En dépit du fait que certains pays européens refusent de ratifier l’Accord économique et commercial global conclu entre le Canada et l’UE, la Commission européenne l’applique illégalement depuis 2017.

Cela permet aux légumineuses canadiennes empoisonnées au glyphosate d’être vendues en Europe moins cher que les légumineuses soumises à la règlementation de Bruxelles (qui interdit cette pratique).

De la même manière, de 2019 à 2023, les exportations de blé canadien vers l’UE ont explosé. Ce qui fait que ce blé produit massivement (également empoisonné au glyphosate) fait une concurrence déloyale aux producteurs européens, avec la bénédiction de Bruxelles.

La viande du Mercosur

Le traité de libre-échange avec le Mercosur que s’apprête à signer Bruxelles permettra aux vastes exploitations agricoles d’Amérique du Sud d’inonder l’Europe de leurs aliments. Des aliments produits selon des normes moins exigeantes et donc moins couteuses que celles auxquelles sont astreints les producteurs agricoles de l’UE.

En contrepartie, les constructeurs automobiles allemands espèrent se lancer à la conquête du marché sud-américain sans soupçonner que la population du Mercosur pourrait préférer acheter des voitures chinoises (électriques ou non) qui offrent un bien meilleur rapport prix-qualité.

La souveraineté alimentaire de la France

Dans le secteur agricole, jusqu’en 2004, la France avait un excédent commercial non seulement à l’égard des pays membres de l’Union européenne, mais également face au reste du monde.

À partir de 2004 — ce qui correspond à l’entrée dans l’UE de pays agricoles de l’ancienne Union soviétique — l’excédent avec le reste de l’Europe a diminué alors qu’il s’accroissait avec les pays hors de l’Europe.

Au total, de nos jours, la balance commerciale de l’agriculture française est excédentaire de 7 à 9 milliards d’euros par année.

Cet excédent, elle le doit grâce à sa production de vins et de spiritueux (excédentaire de quinze-milliards d’euros), ce qui est compensé par un déficit commercial de 4 milliards pour la production de fruits et de légumes, à quoi s’ajoute un déficit d’environ 4 autres milliards pour la viande.

En somme, pour nourrir sa population, la France dépend maintenant de l’Étranger.

L’entrée en vigueur en 2026 d’un traité de libre échange avec les pays du Mercosur produira des effets analogues à ceux produits en 2004 par l’élargissement de l’UE vers l’Est.

Cela entrainera la disparition d’un certain nombre de producteurs agricoles incapables de résister à la concurrence déloyale de leurs collègues sud-américains (ces derniers étant exemptés des exigences phyto-sanitaires de Bruxelles).

En cas de guerre

À partir du moment où un pays doit importer une partie de ses aliments de base, cela signifie qu’il doit imposer un rationnement alimentaire à sa population dès qu’il entre en guerre.

Et c’est sans compter les protéines végétales (soya et tourteaux), importées principalement des États-Unis et du Brésil, dont les éleveurs français ont absolument besoin pour nourrir leurs cheptels.

La France n’aura aucune difficulté à s’approvisionner auprès de pays voisins.

Toutefois, au sujet des vivres importés d’Europe de l’Est, il faudra anticiper que des groupes malveillants détournent vers d’autres pays des aliments destinés à la France. Comme ce fut le cas des masques N95 au début de la pandémie au Covid-19.

Quant à l’importation de denrées en provenance des pays du Mercosur ou des provinces canadiennes productrices de céréales et de légumineuses — les uns et les autres situés à six-mille kilomètres des côtes européennes — tout cela devra se faire en traversant un océan infesté de sous-marins hostiles.

D’où la question :

Face à l’ennemi, quelle force peuvent opposer des pays armés jusqu’aux dents, mais dont les soldats ne mangent pas à leur faim ?

Conclusion

Après avoir favorisé la délocalisation de leurs industries manufacturières vers le Sud global et ainsi saboté la puissance industrielle nécessaire à tout effort de guerre, après avoir poussé à la faillite une partie de leur paysannerie, certains pays européens s’imaginent qu’il suffit de se doter d’armes puissantes pour triompher de tout.

En réalité, en cas de guerre, leur population sera condamnée à vivre sur des tickets de rationnement parce que la production de denrées aura été délocalisée en 2026 par la dictature technocratique de Bruxelles.

Références :
Aides d’État à l’agriculture : plus de 18 milliards d’euros depuis 2021
À l’heure du mercosur, quel avenir pour l’agriculture française ? (vidéo)
Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe
Le loup dans le poulailler de l’Europe
Les lentilles canadiennes empoisonnées au défoliant avant la récolte
Les Etats-Unis et l’UE ont « conclu un accord » commercial de droits de douane généraux de 15 %, annoncent Donald Trump et Ursula von der Leyen
Les insatiables ambitions du roi du poulet ukrainien
Marché commun du Sud
Que contient l’accord UE-Mercosur et quels sont les points contestés ?

Complément de lecture : UK must stockpile food in readiness for climate shocks or war, expert warns (2026-03-07)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


90 milliards d’euros pour prolonger l’agonie de l’Ukraine

Publié le 20 décembre 2025 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis des années, l’État ukrainien vit sous le respirateur artificiel de l’Occident.

En effet, ce sont les sommes que lui versent les pays occidentaux qui permettent à ce pays de payer non seulement la solde de ses soldats, mais également les pensions de vieillesse et le salaire de tous ceux qui dépendent de l’État; les fonctionnaires, les professeurs, les médecins, les éboueurs, etc.

Puisque Washington refuse maintenant de poursuivre ses aides militaire et financière à Kyiv, l’Union européenne (UE) cherche depuis ce temps à prendre la relève. Ce dont elle n’a pas les moyens.

Dernièrement, les dirigeants européens se sont fait dire publiquement ce que nous soutenons sur ce blogue depuis le début de la guerre; on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais pas les confisquer.

Pour pallier cette contrainte, l’UE a décidé en faveur d’un prêt de 90 milliards d’euros (dont dix-sept payés par la France) qui couvrirait une bonne partie des 135 milliards dont l’État ukrainien a besoin au cours des deux prochaines années.

Ces sommes ne serviront pas à la reconstruction de l’Ukraine, mais permettront plutôt à ce pays de s’acquitter de ses dépenses courantes.

Et pendant que l’UE tente de retarder de deux ans la capitulation inévitable de l’Ukraine, l’administration Trump a compris qu’il est plus pragmatique d’en tirer profit.

Pour ce faire, Trump maintient deux équipes de négociateurs, chacune sympathique au belligérant avec lequel elle transige.

Celle qui négocie avec le vainqueur (soit la Russie) a pour mandat d’établir la place des États-Unis dans la reconstruction de l’Ukraine.

Pendant ce temps, pour donner aux vassaux de Washington l’illusion qu’ils comptent encore dans les affaires du monde, Trump leur offre le hochet d’une négociation parallèle qui mène nulle part.

Référence : L’UE trouve 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, sans recours aux avoirs russes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Jacques Baud et la ‘stalinisation’ de l’Union européenne

Publié le 18 décembre 2025 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

Le délit d’opinion est une infraction, punie par la loi, qui consiste à propager une idée politique qui menace l’ordre public.

Puisque l’ordre public est une notion vague, la frilosité de l’État à l’égard de ce qui est susceptible de le troubler distingue les régimes totalitaires de ceux qui ne le sont pas.

Le cas de Jacques Baud

Le 15 décembre dernier, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’Union européenne (UE) ont placé l’analyste et politicologue Jacques Baud sur sa liste noire des personnes qui, au nom de la Russie, mènent des activités jugées déstabilisantes.

À l’origine, cette liste visait à combattre les méfaits commis par la Russie dans le cadre de sa guerre ‘hybride’ contre les autres pays européens.

Toutefois, depuis octobre 2024, la notion d’activité déstabilisante s’est étendue aux opinions de ceux qui, rémunérées ou non par le Kremlin, ne croient pas au narratif de l’UE au sujet de la guerre russo-ukrainienne.

Dans le cas de Jacques Baud, cette décision a pour effet de bloquer les avoirs qu’il détient dans les banques situées sur le territoire de l’UE et de lui interdire d’entrer ou de transiter par un pays de l’UE.

Précisons que la Suisse, son pays, n’est pas membre de l’UE et conséquemment, n’est pas concernée par ces sanctions.

Voyons en détail l’acte d’accusation de l’UE contre Jacques Baud.

Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et analyste stratégique, est régulièrement invité à des émissions de télévision et de radio pro-russes.

Il est à noter qu’on ne parle pas ici de médias russes, mais prorusses. C’est-à-dire de médias qui, à l’égard du conflit russo-ukrainien, sont d’un avis contraire à celui de l’UE.

En somme, Jacques Baud diffère d’opinion. Et après ?

Il agit comme porte-parole de la propagande prorusse…

Il ne suffit pas de partager le narratif russe pour être le ‘porte-parole’ de Vladimir Poutine. Selon le dictionnaire Antidote, un porte-parole est une personne chargée officiellement de prendre la parole au nom de quelqu’un, d’un groupe, d’une communauté.

Cette partie de l’accusation européenne est donc fallacieuse.

…et formule des théories du complot…

Il est vrai que Jacques Baud est un complotiste. Toutefois, de nos jours, le mot ‘complotiste’ ne veut plus rien dire tellement sont nombreuses les personnes qui se réclament des diverses théories du complot.

…[il accuse] l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion pour adhérer à l’OTAN.

Ce reproche est tellement invraisemblable que j’ai téléchargé la version allemande de l’acte d’accusation, convaincu qu’il s’agissait d’une erreur de traduction. Ce qui n’est pas le cas; les deux versions disent la même chose.

La thèse de Jacques Baud, c’est plutôt que Washington a orchestré la guerre russo-ukrainienne en dépensant une fortune pour manipuler le peuple ukrainien et lui faire croire qu’il avait intérêt à devenir un ennemi militaire de son redoutable voisin.

Avec le résultat qu’on sait.

Par conséquent, Jacques Baud est responsable de mettre en œuvre ou de soutenir des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie…

Jacques Baud ne met rien en œuvre. Il ne fait pas le trafic d’armement en faveur de l’Armée rouge. Il ne possède pas d’usines qui participent à l’effort de guerre de Moscou. Il n’organise pas des collectes de fonds en faveur des soldats russes. Et il ne contourne pas les sanctions économiques contre la Russie.

…qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence.

Jacques Baud soutient deux choses.

Premièrement, que le déploiement des ogives nucléaires de l’Otan dans la cour arrière de la Russie est une menace existentielle à sa sécurité. Une menace aussi grande que le déploiement en 1962 de missiles russes à Cuba pouvait l’être pour les États-Unis.

Et deuxièmement, que la Russie avait raison de se porter à la défense de la minorité russophone d’Ukraine. Une minorité que massacraient les milices néonazies venues de l’autre bout du pays que Kyiv armait et payait secrètement.

Conclusion

Nous allons jeter l’économie russe par terre’ prédisait triomphalement un homme politique européen au début de la guerre russo-ukrainienne.

Quatre ans plus tard, un grand nombre de soldats et de civils sont morts. Des millions d’Ukrainiens ont dû fuir à l’Étranger. L’Ukraine est ruinée. Et Bruxelles a gaspillé des centaines de milliards d’euros à soutenir une guerre perdue d’avance.

Pour les dirigeants européens, ce qui est gênant, c’est qu’un analyste comme Jacques Baud avait vu juste.

Si certaines de ses analyses sont sujettes à caution — notamment au sujet du conflit israélo-palestinien — celles au sujet de la guerre russo-ukrainienne sont remarquables par leur rigueur et leur précision.

Maintenant que cette guerre tire à sa fin, l’heure des règlements de comptes approche.

Alors que les révoltes éclatent aux quatre coins de l’Europe, les dirigeants corrompus de l’UE tentent désespérément de s’accrocher au pouvoir en muselant ces ‘complotistes’ qui les ont prévenus de ce qu’ils s’entêtaient à ne pas voir.

Plus un pouvoir se sent menacé, plus il est autoritaire…

Voilà pourquoi on assiste à la ‘stalinisation’ de l’UE.

Références :
Bruxelles sanctionne le Suisse Jacques Baud pour propagande prorusse
Décision du Conseil de l’Union européenne du 15 décembre 2025 (version française)
Décision du Conseil de l’Union européenne du 15 décembre 2025 (version allemande)
Jacques Baud : il donne trop d’informations trop précises. L’Union européenne le sanctionne !
L’Union européenne et la liberté d’expression
Opinion légale au sujet du cas de Jacques Baud

Complément de lecture : Le danger du contrôle étatique des flux financiers

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La folie guerrière d’Ottawa

Publié le 5 décembre 2025 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

La décision du Canada de consacrer un certain pourcentage de son PIB à des dépenses militaires est souvent justifiée au nom de ses ‘obligations’ internationales.

En réalité, que ce soit 2 % (en 2014) ou 5 % (de nos jours), ces pourcentages sont des engagements volontaires pris par le Canada à l’Otan. Mais ce ne sont pas des obligations.

C’est ainsi que l’armée de l’Islande — pays de 343 500 habitants et membre de l’Otan depuis 1949 — est forte de 250 soldats et dispose d’un budget militaire proche de 0 % de son PIB.

Jamais un pays n’a été expulsé de l’Alliance atlantique parce qu’il n’en faisait pas assez : on lui fait des reproches lors des sommets de l’Otan et on le gronde sur la place publique. Mais un pays fort, sûr de lui, sait se tenir droit et ignorer les pressions qui s’exercent sur lui.

On apprend aujourd’hui qu’Ottawa a décidé d’acheter pour 3,7 milliards de dollars de bombes aux États-Unis, dont quelques milliers d’ogives haut de gamme.

Ces obus sont compatibles avec l’un et l’autre des modèles de chasseurs-bombardiers dont le Canada espère se doter.

Il existe bien une manufacture d’obus au Québec, à Salaberry-de-Valleyfield. Mais l’annonce d’aujourd’hui ne la concerne pas.

Pour guerroyer à travers le monde

L’administration Trump a décidé de changer le nom de son ministère de la Défense à celui de ‘ministère de la Guerre’. Le Canada devrait en faire autant.

Le Canada est un des très rares endroits au monde qui, par leur situation géographique, sont peu ou pas menacés par le risque d’une invasion étrangère, exception faite d’une improbable invasion américaine.

Ce qui ne veut pas dire que le Canada est immunisé contre des calamités d’une guerre.

C’est ainsi qu’au cours d’une Troisième Guerre mondiale, il est certain que des cibles stratégiques situées au Canada seront bombardées par des missiles intercontinentaux tirés par des pays hostiles (Corée du Nord, Chine ou Russie).

Pour s’en prémunir, le Canada a besoin de missiles antimissiles (ou missiles sol-air).

On ne connait pas en détail la ‘liste d’épicerie’ du ministère de la Défense, mais il ne semble pas que le Canada ait jugé bon s’en doter.

Ce que le Canada cherche à obtenir, c’est plutôt ce dont il aura besoin pour assister les États-Unis dans leurs aventures guerrières à travers le monde. En somme, pour bombarder d’autres pays.

Et, théoriquement, pour nous protéger quand tout le reste du globe aura été conquis et qu’il ne restera plus que le Canada à soumettre.

Dans le cas des bombes américaines que nous achetons, elles pourraient également être données à des pays tiers (comme l’Ukraine)… en espérant qu’elles se rendent au front.

S’armer comme en 1939-1945

Depuis plusieurs décennies, Ottawa s’équipe de capacités militaires dont il a besoin pour mener à l’Étranger des guerres de type insurrectionnel. C’est-à-dire des guerres où le Canada et ses alliés ont préalablement pris le contrôle de l’espace aérien du pays attaqué.

Mais le Canada n’a pas tiré les leçons de la guerre russo-ukrainienne et ne s’est pas demandé de quoi il a besoin pour participer à une guerre moderne.

Ce dont il espère se doter, c’est de l’équipement semblable à celui qu’il a utilisé au cours de la Seconde Guerre mondiale; des chasseurs-bombardiers, des chars d’assaut, des obus, et ainsi de suite.

Au XXIe siècle, acheter cela, c’est l’équivalent d’acheter des sabres pour la cavalerie canadienne.

Conclusion

Le débat autour des achats militaires du Canada esquive une question fondamentale; s’agit-il de la meilleure manière de dépenser l’argent des contribuables ?

En effet, l’achat d’armements est un choix politique. Dans la mesure où les revenus de l’État ne sont pas illimités, notre choix est entre des investissements utiles — écoles, hôpitaux, construction domiciliaire, infrastructures (dont le transport en commun), adaptation aux changements climatiques — ou des dépenses certainement bénéfiques pour nos alliés militaires mais qui ne servent à rien pour nous et qui comportent très peu de retombées économiques.

Références :
Hausse des dépenses militaires : la fabrication du consentement
La dangerosité de la Russie pour un Québec libre
Le Canada achète pour 3,7 milliards $ de bombes aux États-Unis
Munitions et équipement militaire : General Dynamics renforce sa position au Québec

Paru depuis : Saint-Jean-sur-Richelieu fourbit ses armes pour attirer les investissements en défense (2025-12-06)

Compléments de lecture :
Défense: Ottawa veut signer le contrat d’achat des nouveaux sous-marins d’ici juin 2026
Un rapport estime qu’Ottawa devrait opter pour des sous-marins allemands

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : quand l’Europe sabote les efforts de paix de Trump

Publié le 30 novembre 2025 | Temps de lecture : 13 minutes

Le premier sabotage européen

Trois semaines après son retour au pouvoir, plus précisément le 12 février 2025, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont entendus pour entamer incessamment des pourparlers en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine.

Trois autres semaines plus tard, seize pays et deux organisations supranationales (l’Union européenne et l’Otan) participaient au Sommet de Londres sur l’Ukraine. De plus, ce 2 mars 2025, les pays européens les plus belliqueux se regroupaient en ‘Coalition des volontaires’.

Selon Wikipédia, ce sommet avait pour but la rédaction d’un plan de paix dans le cadre du conflit russo-ukrainien.

Sans qu’on sache très bien à quoi cela ressemble à un plan de paix, ces pays ont résolu de maintenir l’aide militaire à l’Ukraine et même de poursuivre cette fourniture au-delà de tout accord de paix afin de dissuader la Russie d’envahir de nouveau ce pays.

Le 7 mars 2025, Donald Trump cessait la fourniture d’armes et de données satellitaires à l’Ukraine. Et ce, à la stupéfaction de ses alliés occidentaux puisque la précision des frappes ukrainiennes réalisées à l’aide d’armement européen en dépend.

En somme, la décision de Trump équivalait à priver l’armée ukrainienne de nouvelles livraisons d’armes et du pouvoir utiliser les armes les plus puissantes qu’elle avait déjà.

Après un intense ballet diplomatique de part et d’autre de l’Atlantique, la fourniture des données américaines fut reprise quatre jours plus tard.

Pendant que Trump répétait une énième fois son intention de terminer cette guerre, la Coalition de volontaires proposait l’idée d’envoyer sur la ligne de front une force d’interposition destinée à faire respecter un cessez-le-feu imposé unilatéralement à la Russie sous menace de sanctions en cas de refus.

Alors résumons.

La Russie a déclaré la guerre à l’Ukraine parce qu’elle juge que le déploiement des armées de l’Otan à 500 km de Moscou est un risque sécuritaire inacceptable pour elle.

Malgré cela, elle accepterait que ces mêmes pays de l’Otan (mais pas l’Otan elle-même) déploient leurs armées à 500 km de Moscou.

Concrètement, quelle est la différence ?

L’intervention européenne auprès de Trump équivalait à lui dire : ‘Laissez-nous essayer notre méthode — un mélange de sanctions plus sévères et de livraison d’armes plus puissantes — et vous verrez; l’Ukraine gagnera d’ici peu parce que la Russie est à bout de souffle.

Évidemment, tout cela n’a rien donné si ce n’est de gagner du temps.

Le deuxième sabotage européen

Le 26 octobre dernier, la télévision russe diffusait en entier un entretien entre Vladimir Poutine et général Valery Guerassimov.

À l’occasion de cet exercice de propagande, le chef militaire déclarait que dans les villes de Koupiansk et de Pokrovsk, environ 10 500 soldats ukrainiens étaient totalement encerclés et étaient en voie d’être anéantis par l’armée russe.

Jusque-là, Washington s’était fié aux comptes-rendus rassurants de Kyiv. Or l’analyse des données satellitaires américaines donnait plus de poids aux affirmations de Moscou qu’à celles de Kyiv.

Selon le géopoliticologue Jaques Baud, la perspective d’un effondrement du front ukrainien (au nord et au centre) aurait suscité une très vive inquiétude au sein de l’administration Trump. Ce qui l’aurait incité à concocter en toute urgence un cadre pour le règlement du conflit.

Le 18 novembre dernier, le média électronique Axios révélait que l’administration Trump préparait un plan secret en 28 points destiné à servir de base à des négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine.

Après un nombre incalculable de sanctions, Washington n’a plus de levier pour forcer la Russie à accepter quoi que ce soit. Voilà pourquoi le document américain fait une place de choix aux exigences russes.

Conformément aux vœux de Washington, Vladimir Poutine s’est dit favorable à ce que la position américaine serve de base à des négociations ultérieures. Un appui qu’il a accordé avec d’autant plus d’empressement qu’il présumait, à juste titre, que le plan américain serait jugé totalement inacceptable par Kyiv.

Pour faire contrepoids aux consultations avec la Russie, la diplomatie américaine a procédé plus tôt cette semaine à des pourparlers avec l’Ukraine, accompagnée de ses plus importants partenaires européens.

Ceux-ci ont préparé le 23 novembre un document en 19 points où tout ce qui ne convenait pas aux dirigeants ukrainiens a été purgé. Si bien que cette contre-offre est l’antithèse du plan que Trump a soumis aux belligérants.

La contre-offre européenne (COE)

La taille de l’armée ukrainienne après la guerre

La COE propose que l’Ukraine puisse se doter d’une armée de 800 000 hommes en temps de paix, soit davantage que ce que propose l’administration Trump (600 000 hommes).

On doit savoir que les deux membres de l’Union européenne qui possèdent les plus grosses armées sont l’Italie et la France, avec respectivement 338 et 304 mille hommes.

En raison de la présence menaçante de son redoutable voisin, l’Ukraine pourrait donc se doter, au maximum en temps de paix, d’une armée équivalente à celle combinée de ces deux pays.

Pertes territoriales ukrainiennes

Les différentes versions du plan américain divergent quant à l’étendue exacte des pertes territoriales que subirait l’Ukraine. En gros, elles représentent les zones déjà conquises par l’Armée rouge.

Au contraire, la COE veut que le territoire de l’Ukraine revienne à ce qu’il était au moment de l’indépendance du pays en 1991.

Le principe qui guide les alliés européens de Kyiv, c’est que le crime doit être puni. Puisque la Russie est un envahisseur, la dernière chose à faire est de la récompenser pour son crime, disent-ils.

À entendre l’indignation des pays membres de la Coalition des volontaires face à l’invasion russe, on ne croirait jamais que ce sont d’anciennes puissances coloniales…

La reconstruction de l’Ukraine

En vertu du Droit international, un pays peut saisir les avoirs d’un pays ennemi, mais pas de les confisquer. En d’autres mots, on peut empêcher la Russie d’accéder à ses biens, mais on ne peut pas en disposer à sa place.

La banque centrale de Russie possède des réserves de change évaluées à environ 270 milliards d’euros, dont 210 milliards logés dans ses comptes à Euroclear, un organisme international de dépôts de fonds établi en Belgique. Les 60 milliards restants se trouvent aux États-Unis, au Japon, au Royaume-Uni, en Suisse et en Australie.

Selon le plan de Trump, cent-milliards de dollars seraient prélevés des fonds russes gelés à Bruxelles et seraient utilisés à la reconstruction de l’Ukraine.

La moitié de cette somme serait confiée à des gestionnaires d’actifs (comme BlackRock) qui accorderaient les contrats de reconstruction à des firmes américaines et peut-être quelques miettes à des entreprises européennes.

La Russie n’a pas du tout l’intention de payer pour la reconstruction de l’Ukraine. Mais plutôt que s’opposer frontalement à Trump, Poutine a choisi d’appuyer son plan à titre de base de discussion. Ce qui ne veut pas dire qu’il consent à toutes ses dispositions.

La COE propose plutôt que ces fonds servent à financer l’effort de guerre de Kyiv.

Puisque l’administration Trump a décidé de ne plus donner d’armes à l’Ukraine, mais à les vendre à l’Otan (qui refilerait la note à l’Union européenne), cette dernière aimerait financer cela en pillant les avoirs bruxellois de la Russie.

Les garanties de sécurité pour l’Ukraine

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie n’a pas eu besoin de ‘garanties de sécurité’. Elle a simplement abandonné sa rhétorique belliqueuse contre ses ennemis d’hier et décidé de reprendre ses liens commerciaux avec eux.

L’administration Trump s’oppose à l’entrée de l’Ukraine dans l’Alliance atlantique (comme s’y opposait également l’administration Biden) et ne veut pas que l’Otan stationne des troupes dans ce pays.

Au contraire, les alliés européens de Kyiv souhaitent que l’Otan puisse y stationner des troupes (mais ‘pas de manière permanente’), et désirent que l’Otan poursuive son expansion vers l’Est.

Ce qui signifie qu’éventuellement, l’Ukraine pourrait en faire partie.

D’ici là, la COE propose que l’Ukraine soit protégée par l’article 5 du Traité de l’Otan, c’est-à-dire qu’elle dispose de tous les avantages de l’adhésion à l’Otan sans en faire partie.

Puisqu’un des deux prérequis à toute participation de la Russie à des négociations de paix est la renonciation définitive de l’Ukraine à adhérer à l’Otan, la stratégie poursuivie par la Coalition des volontaires consiste donc à s’assurer que ces négociations n’auront pas lieu et donc, à saboter l’effort de paix de Washington.

Préparer la guerre de revanche

À l’issue de la Première Guerre mondiale, la France a récupéré l’Alsace-Lorraine, un territoire qu’elle avait perdu lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

Aux yeux des hypernationalistes ukrainiens, la protection offerte par l’article 5 du traité de l’Otan (proposée par la COE) est capitale afin de permettre à l’Ukraine de procéder en toute impunité à son réarmement en vue d’une guerre de revanche contre la Russie.

Déclenchée quelques années plus tard, celle-ci permettrait à l’Ukraine de récupérer les territoires perdus à l’issue de cette guerre-ci.

La camisole de force de Zelensky

On s’imagine généralement qu’il suffit de mettre ensemble les chefs d’État de deux pays belligérants, de les empêcher de s’échapper avant la conclusion d’un accord de paix, pour qu’ils finissent par s’entendre.

Malheureusement, ce n’est pas cela que les choses se passent dans la vraie vie.

Quand une guerre oppose deux pays éloignés — les États-Unis et le Vietnam ou l’Afghanistan — le conflit peut s’arrêter quand l’envahisseur plie bagage et rapatrie ses troupes.

Mais une guerre entre deux pays limitrophes ne s’arrête que lorsque le perdant capitule. Or dans ce cas-ci, le perdant, c’est l’Ukraine.

Le problème, c’est que l’article 2 de la Constitution ukrainienne déclare que le territoire national est indivisible. De plus, la loi ukrainienne interdit toute participation à des rencontres internationales où serait négociée une partition du territoire ukrainien.

C’est donc à dire que Zelensky se trouve dans un carcan juridique qui l’oblige à ne rien céder. En somme, à espérer une défaite russe qui n’arrivera pas et, entretemps, à assister, impuissant, à l’anéantissement progressif de son pays.

Comment un pays capitule-t-il ?

Juridiquement, la meilleure issue à cette guerre est la nomination par le parlement ukrainien d’un délégué plénipotentiaire — il s’agit généralement du chef des armées — dont le mandat est de négocier la paix sans que cela implique l’arrêt des hostilités au cours de cette négociation.

De plus, le parlement lui accorderait l’immunité contre toute poursuite ultérieure.

L’acte de capitulation du Troisième Reich a été signé par le général Alfred Jodl au nom du Haut commandement des forces armées allemandes. L’armistice italien a été signé par le général Giuseppe Castellano au nom du gouvernement italien.

À l’issue des négociations secrètes, ce délégué, investi de tous les pouvoirs (d’où son qualificatif de plénipotentiaire), signe l’acte de capitulation.

L’idéal serait que cette capitulation soit inconditionnelle. Ce qui lui éviterait de négocier les pertes territoriales de l’Ukraine.

Et parce que ce traité est supranational, il a juridiquement préséance sur les dispositions contraires de la constitution ukrainienne et des lois qui en découlent.

Théoriquement, Zelensky pourrait être investi des pouvoirs d’un délégué plénipotentiaire. Mais avec son taux d’impopularité, il n’a pas l’autorité de faire déposer les armes aux irréductibles qui voudront continuer le combat.

Seul un militaire de haut rang, estimé de ses troupes, pourra faire entendre raison aux mutins et écraser impitoyablement ceux qui tenteront de renverser le pouvoir intérimaire placé à la tête du pays d’ici de nouvelles élections.

Conclusion

Depuis son retour au pouvoir le 20 janvier de cette année, Donald Trump a tenté deux fois de régler le conflit russo-ukrainien.

Chaque fois, les dirigeants européens les plus belliqueux ont saboté ses efforts en espérant retarder l’heure de vérité.

L’heure de vérité, c’est lorsque les peuples d’Europe se demanderont à quoi ont servi les milliards d’euros que leurs dirigeants ont englouti dans une guerre perdue d’avance. Dans une boucherie qui aura fait inutilement plus d’un million de morts.

Quel respect portera-t-on à ces chefs d’État qui se seront avérés impuissants à modifier le cours de l’Histoire et qui ont révélé, aux yeux de tous, l’étendue de la vassalisation de leur pays à l’hégémonie américaine ?

C’est dans un contexte comme celui-ci que les régimes tombent…

Références :
Coalition des volontaires
Comment les occidentaux comptaient-ils démembrer la Russie ? (vidéo)
Jacques Baud – Le plan de Paix Américain en 28 points (vidéo)
Gel des avoirs russes : au nom du droit, de la justice et des intérêts
Les États-Unis annulent des livraisons d’armements vers l’Ukraine
Le sommet Poutine-Trump à Anchorage : un ‘anchoragement’ modeste
Maxar rétablit l’accès de l’Ukraine aux données satellitaires
Pourparlers sur l’Ukraine : des avancées, mais encore beaucoup de travail
Putin trying to negotiate an end to Ukraine war as he cannot win it on battlefield, says EU’s Kallas
Renseignement et satellites d’observation : arrêt sur image en Ukraine…
Russia-Ukraine war: What’s a ‘coalition of the willing’, Europe’s new plan?
Scoop: Trump plan asks Ukraine to cede additional territory for security guarantee
Sommet de Londres sur l’Ukraine
Sommet européen sur l’Ukraine : les faits saillants
Ukraine : Pokrovsk, l’effondrement d’un récit et la réalité d’une armée à bout de souffle
Un tournant majeur dans la guerre en Ukraine
« Vous n’êtes pas seuls » : des dirigeants européens appuient Zelensky face à Trump
Washington met de la pression sur l’Ukraine en suspendant son aide militaire
Zelensky est plus impopulaire que jamais après près de trois ans de guerre : les grands médias l’admettent
Zelensky says revised peace plan “doable” after key changes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : la réhabilitation des mots ‘négociations de paix’

Publié le 29 novembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Avant le retour au pouvoir de Donald Trump, aucun chef d’État européen n’osait utiliser les mots ‘négociations de paix’ car c’eut été un bris de solidarité avec les autres pays de l’Otan.

C’était à l’époque où on croyait que les sanctions financières de l’Occident feraient s’écrouler l’économie russe, provoqueraient la révolte des Russes incapables d’encaisser leurs chèque de paie ou de pension, et entraineraient renversement du régime de Vladimir Poutine.

Comme dans la fable ‘La Laitière et le pot au lait’, on salivait déjà à l’idée du démantèlement de la Fédération de Russie et de la spoliation de ses richesses naturelles par des sociétés occidentales.

Dans les forums de discussion et sur les médias sociaux, n’importe quel participant pacifiste était aussitôt qualifié de ’Munichois’, en référence à ces dirigeants européens qui pensaient amadouer Hitler en lui permettant (par l’accord de Munich) d’annexer une partie de la Tchécoslovaquie.

On se rappellera du scandale provoqué par la visite du premier ministre hongrois à Moscou en juillet 2024 dans le cadre, disait-il, d’une mission de paix. À l’époque, les dirigeants de l’UE dénonçaient toute politique d’apaisement; l’Europe soutenait alors la poursuite de la guerre jusqu’au dernier soldat ukrainien vivant.

Depuis trois ans, les partisans de la ligne dure à l’égard de Moscou — l’Otan et les dirigeants de l’Union européenne, de même que ceux de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne — n’entretenaient plus aucune relation diplomatique officielle avec le Kremlin.

Sans le dire explicitement, ce qu’on soutenait, c’était une guerre totale avec la Russie, c’est-à-dire une guerre dont l’issue ne serait rien d’autre que l’expulsion de l’Armée rouge du territoire ukrainien.

Mais le 12 février 2025, lors d’un appel téléphonique, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont entendus pour entamer incessamment des pourparlers en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine.

Estomaqués d’apprendre par les médias que cette guerre pouvait se régler sans eux, les dirigeants européens se sont métamorphosés en apôtres de la paix… à la condition d’en pervertir le sens.

Dans leur bouche, les mots ‘négociations de paix’ signifiaient ’négociations en vue de la capitulation de la Russie’ en sachant très bien que cela n’arrivera pas.

Pour l’Ukraine, le choc était encore plus brutal puisqu’une négociation de paix, c’est comme un buffet; quand on est pas autour de la table, c’est qu’on est au menu…

Et c’est de cette manière que des mots que plus personne n’osait prononcer refont leur apparition dans la bouche des dirigeants de nos pays.

Références :
Accords de Munich
« La Russie n’a pas subi l’“effondrement” économique annoncé par Bruno Le Maire, fin février 2022 »
Ukraine : Poutine ferme sur ses exigences avec Orban à Moscou, vives critiques de l’UE

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le mystère des drones en Europe occidentale

Publié le 27 novembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Plus tôt, en Europe de l’Est

Après que l’Ukraine eût subi une attaque de 458 drones et missiles dans la nuit du 9 au 10 septembre dernier, au moins 19 drones russes ont pénétré l’espace aérien de la Pologne et, dans un cas, celui de la Roumanie trois jours plus tard.

Immédiatement, les agences de presse occidentales ont accusé la Russie d’être responsable de ces provocations. L’argument est connu; ce ne peut qu’être que les Russes.

Puisque l’Otan n’a pas jugé bon de publier le trajet précis emprunté par ces drones avant de frapper la Pologne et la Roumanie, des indices publiés sur des chaines Telegram ukrainiennes portent à croire que ces missiles auraient plutôt été tirés d’Ukraine.

L’explication la plus probable est que l’Ukraine ait récupéré des drones-leurres russes après leur chute au sol, leur aurait fait faire le plein de carburant et les aurait tirés vers la Pologne et la Roumaine (deux pays membres de l’Otan) dans l’espoir de pousser l’Alliance atlantique à entrer en guerre directement contre la Russie.

Vers la fin du même mois, d’autres drones suspects sont apparus au-dessus de bases militaires et d’aéroports d’Europe occidentale.

Quels types de drones ?

Pendant quelques jours, les agences de presse demeurèrent muettes quant à la nature des drones observés au Danemark, le premier pays touché en Europe occidentale.

S’agissait-il de drones militaires, alimentés par du carburant, qui possèdent l’autonomie nécessaire pour avoir été tirés de Russie ? Ou s’agissait-il de petits drones à batterie qui ne peuvent qu’avoir été utilisés localement ?

En réalité, des vidéos sur YouTube montraient des drones en état géostationnaire. Donc des drones à batterie.

Le 25 septembre, la nature de ces drones fut révélée après avoir trouvé une explication crédible pour accuser la Russie; trois navires ayant des liens directs ou indirects avec la Russie auraient servi de plateformes de lancement en mer Baltique, près du Danemark.

Le problème, c’est que bien après que ces navires eurent quitté la région, d’autres drones survolèrent des aéroports et des bases militaires en Allemagne, en France, en Norvège, et aux Pays-Bas. Des drones qu’on ne réussit jamais à abattre. Et des méfaits dont on n’arrive pas à trouver les auteurs.

On peut toujours supposer que ces drones à batterie aient été tirés par des agents russes infiltrés au cœur de l’Europe occidentale. Mais peut-on également imaginer que tout cela soit une mise en scène destinée à nous manipuler ?

Le cas d’une base militaire française

Le 2 octobre dernier, dix jours après une première incursion, la base militaire de Mourmelon-le-Grand a été survolée par des drones non identifiés.

Le quotidien L’Indépendant nous apprend que cette base de dix-mille hectares abrite depuis mars 2025 une centaine de centres d’entrainement au maniement de drones et que c’est également là qu’ont été formés 2 300 soldats ukrainiens.

On peut facilement croire que des espions russes veuillent épier le fonctionnement de cette base.

Mais on peut également suspecter que l’Ukraine ait déployé en Europe plusieurs commandos de dronistes très expérimentés avec la mission de survoler des bases militaires et des aéroports de divers pays, sachant que ces pays réagiraient de manière prévisible en accusant la Russie.

Et des pays heureux de justifier l’augmentation importante de leurs dépenses militaires, même au prix de coupes dans leur filet de protection sociale.

Références :
Drones au-dessus du Danemark : tous les chemins maritimes mènent à la Russie&nbsp:?
Le Danemark dénonce des « attaques hybrides » après de nouveaux survols de drones
« Poutine monte d’un cran » : la France accuse la Russie d’être derrière une nouvelle incursion de drones qui ont survolé une base militaire française
Violations par la Russie de l’espace aérien de pays d’Europe de l’Est

Parus depuis :
Estonia, Latvia report drone incursions from Russian airspace (2026-03-25)
Latvian prime minister resigns after drone incident (2026-05-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel