Ceuta : un complot contre le gouvernement Sánchez

Publié le 27 septembre 2026 | Temps de lecture : 9 minutes

Introduction

Ceuta est une presqu’ile africaine qui fait face au détroit de Gibraltar. Ancienne possession espagnole, il est revendiqué par le Maroc.

Chaque année, des centaines de personnes tentent de franchir la frontière marocco-espagnole de Ceuta. Toutefois, le mois dernier, plus de soixante-mille personnes (surtout des jeunes hommes) ont tenté à la nage d’attendre Ceuta à partir du Maroc en contournant ses obstacles frontaliers. Plusieurs dizaines d’entre eux en sont morts noyés.

Rapidement, ce flux migratoire soudain s’est transformé en crise internationale.

Le contexte

• Les relations entre le Maroc et les États-Unis

Le Sahara occidental est un vaste territoire situé au sud du Maroc que celui-ci revendique (et occupe à 80 %).

Depuis plusieurs décennies, un groupe armé, soutenu par l’Algérie, y livre une guerre d’indépendance.

Le 10 décembre 2020, Donald Trump a mis tout le poids diplomatique des États-Unis en faveur du Maroc en reconnaissant la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Aussitôt Israël et un certain nombre de pays occidentaux (dont la France) se sont rangés derrière la position américaine.

Depuis, le Maroc est un allié inconditionnel des États-Unis.

• Les relations entre le Maroc et Israël

En 2019, la firme israélienne NSO Group a permis au Maroc d’utiliser son logiciel Pegasus pour espionner les téléphones d’Emmanuel Macron, du premier ministre français, de quatorze membres du gouvernement et de plusieurs proches du chef de l’État.

À l’époque, la France soutenait encore la position algérienne au sujet du Sahara occidental contre celle du Maroc. Cela a également permis au Maroc de recueillir des informations sur l’utilisation de la cocaïne au sein des plus hautes sphères du pouvoir politique français.

En décembre 2020, le Maroc est devenu un des premiers signataires des accords d’Abraham (après les Émirats, Bahreïn et le Soudan).

Dès l’année suivante, le Maroc et Israël entament une coopération militaire qui s’est considérablement renforcée depuis.

Peu importe le sort réservé par Israël aux Palestiniens, le Maroc est aveuglément un des rares alliés sur lesquels Israël peut compter au sein des pays à la fois arabes et musulmans.

• Les relations entre l’Espagne et Israël

Depuis l’élection de Pedro Sánchez, dire que les relations entre l’Israël et l’Espagne se sont dégradées est un euphémisme.

Le 28 mai 2024, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont été les premiers membres de l’Otan à reconnaitre l’État de la Palestine.

En plus, en septembre 2025, l’Espagne a décrété :
• l’interdiction de la vente d’armement espagnol à Israël,
• l’interdiction du transit de matériel militaire à destination d’Israël par les ports et l’espace aérien espagnol, et
• l’interdiction de l’importation de la production agricole des colonies juives de Cisjordanie.

Pour le gouvernement israélien, les sanctions espagnoles équivalent à une déclaration de guerre économique.

• Les relations entre l’Espagne et les États-Unis

De tous les gouvernements occidentaux, c’est l’Espagne qui a condamné le plus fermement la guerre ‘illégale’ des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.

Au point d’interdire aux avions et aux navires américains à destination du Moyen-Orient de se ravitailler en Espagne.

Sur une mappemonde aplatie, la distance entre les États-Unis et l’Espagne est proche de celle entre les États-Unis et le reste de l’Europe continentale.

Toutefois sur un globe terrestre, ce n’est pas le cas. Si bien que la fermeture de l’espace aérien espagnol pose des problèmes logistiques qui compliquent le travail de l’armée américaine.

L’organisation du transport vers Ceuta

À la mi-juillet, des milliers de messages sur TikTok et sur Discord ont relayé l’information selon laquelle il suffisait de mettre le pied à Ceuta pour se trouver en territoire européen.

En somme, que Ceuta était le chemin Roxham de l’Europe.

Aux alentours de Ceuta, on trouve des agglomérations à partir desquels il est difficile de mobiliser une foule de 70 000 jeunes. Comme la ville de Fnideq, à six kilomètres, peuplée de 91 mille habitants.

Ce sont essentiellement les villes de Tétouan (à 35 km) et de Tanger (à 46 km) — peuplées respectivement par un demi-million et par 1,3 million d’habitants — qui ont constitué les bassins de population à partir desquels ces 70 000 jeunes se sont mobilisés.

Ces jeunes n’ont pas parcouru cette distance à pied ou par des moyens de transports (vélo ou automobile) qu’ils auraient dû abandonner à la frontière; ils n’ont pu se rendre à Ceuta que par des moyens du transport mis sur pied de concert avec la diffusion des rumeurs sur les médias sociaux.

C’est ce qui a rendu cette opération migratoire si soudaine et si efficace.

L’ingérence européenne dans les affaires intérieures de l’Espagne

La gestion de la crise de Ceuta par le gouvernement Sánchez a suscité évidemment la critique des partis d’opposition.

Mais elle a également mobilisé les vassaux de Washington et les alliés d’Israël en Europe.

Le 31 juillet, au maximum de la crise, Emmanuel Macron faisait savoir qu’il avait demandé à son ministre de l’Intérieur de renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne. Comme si les migrants de Ceuta se trouvaient en Espagne continentale et étaient donc susceptibles d’envahir la France.

En réalité, Ceuta est un cul-de-sac migratoire, séparé du continent européen par le détroit de Gibraltar. Précisons que l’Espagne n’a pas laissé à Ceuta se développer l’industrie des passeurs de migrants comme la Turquie l’a fait au cours de la guerre en Syrie.

Ici, ce que Macron fait, c’est de s’immiscer dans les affaires internes de l’Espagne.

Comme il l’a fait en Géorgie en appuyant la tentative (ratée) de coup d’État de Salomé Zourabichvili, en faisant invalider les élections présidentielles en Roumanie, et en appuyant publiquement la présidente sortante à trois semaines des élections moldaves.

De leur côté, le même jour, la présidente italienne et le ministre de l’Intérieur finlandais menaçaient d’exclure l’Espagne de la zone territoriale à l’intérieur de laquelle prévaut la libre circulation des personnes en Europe.

À l’initiative de la présidente italienne, vingt-deux membres de l’Union européenne ont même demandé le 1er aout la tenue d’une visioconférence d’urgence pour répondre à la situation créée par l’entrée illégale de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta.

Ce grenouillage diplomatique stérile sert à manipuler l’opinion publique espagnole contre le gouvernement Sánchez.

Effectivement, hier dans la capitale espagnole, des dizaines de milliers de protestataires accusaient le gouvernement espagnol de ne pas protéger les frontières du pays et réclamant des législatives anticipées.

Une crise essentiellement résorbée

Sans ressources, les jeunes migrants de Ceuta y ont commis des méfaits, notamment en pillant un dépanneur (qu’on appelle supérette en France).

Plutôt que d’utiliser ce prétexte pour les réprimer violemment — comme l’aurait fait n’importe quel gouvernement de droite — le gouvernement Sánchez a conservé son sang-froid. Et ce, malgré la pression inouïe qui s’exerçait sur lui.

Le résultat est que l’immense majorité des personnes qui se sont rendues à Ceuta ont accepté de retourner au Maroc.

À l’heure actuelle, environ cinq-mille jeunes migrants sont encore sur place, dont 1 200 mineurs.

Conclusion

Au moment où ces lignes sont écrites, on ne connait pas les responsables de cette crise migratoire. Tout ce qu’on sait, c’est qu’à la frontière, les agents marocains ont guidé les passages vers l’enclave espagnole.

Ce n’est pas suffisant pour accuser le Maroc d’être l’initiateur de cette crise.

Ce qui est certain, c’est que tout cela est l’œuvre de malfaiteurs. L’ampleur de l’opération suggère même que ceux-ci étaient à la solde de pays hostiles au gouvernement Sánchez.

Références :
Accord UE‑Israël : les Vingt-Sept débattent d’une éventuelle suspension
Accords d’Abraham
Affaire Pegasus : Macron, Sánchez et Mohammed VI au cœur d’un scandale d’espionnage d’État
Afflux de migrants à Ceuta: quels sont les pays qui veulent que l’Espagne soit exclue de l’espace Schengen?
A Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre la gestion de la crise migratoire à Ceuta
Ceuta : la France va renforcer ses frontières, l’Italie veut suspendre « l’accord de Schengen avec l’Espagne »
Crise migratoire à Ceuta: 22 pays de l’UE demandent des discussions « d’urgence » des ministres de l’Intérieur/a>
Des tests anti-drogue positifs dans les ministères: « Ce n’est pas le travail qui les fait prendre de la cocaïne »
Embargo sur les armes, interdictions: l’Espagne durcit ses sanctions contre Israël face au «génocide à Gaza»
Incident à la frontière entre l’Espagne et le Maroc en 2026
Israël reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (2e partie)
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
L’ingérence étrangère en Moldavie
Maroc–Israël: une alliance militaire désormais stratégique
Maroc : une autoroute baptisée du nom de Donald Trump au Sahara occidental
Migrants à Ceuta : un rapport de la police espagnole contredit la version du gouvernement sur le rôle du Maroc
Morocco not to blame for Ceuta border breach, says Spanish PM
Statut du Sahara occidental

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Écrit par Jean-Pierre Martel