Impopularité d’Al-Qaida chez les Musulmans

Publié le 9 février 2011 | Temps de lecture : 3 minutes

Lorsque je repense aux attentats du 11 septembre 2001, trois images me reviennent à l’esprit. Premièrement, le moment précis où un deuxième avion percute une tour du World Trade Center de New York et grave son profil dans l’immeuble. Deuxièmement, l’air abruti de G.W. Bush à qui on vient de souffler à l’oreille : «  Sir, America is under attack » et qui reste là, pétrifié pendant un long moment, devant cette classe d’élèves de Floride. Et la dernière image, c’est l’explosion de joie de Palestiniens des territoires occupés en apprenant la nouvelle.

À l’époque, je ne savais pas dans quelle mesure le sentiment de ces Palestiniens était partagé par l’ensemble des Arabes. Mais présentées en boucle par toutes les chaines d’information de la planète, ces images sont maintenant gravées dans la mémoire de ceux qui les ont vues et symbolisent respectivement l’attaque, l’Amérique stupéfaite et les Arabes triomphants.

On présume que ce jour-là, Oussama Bin Laden cristallisait tout le ressentiment envers les États-Unis. Mais une décennie plus tard, qu’en est-il de la popularité d’Al-Qaida dans le monde arabe ?

J’ai déjà abordé cette question dans un billet publié il y a quelques jours. Voici les chiffres.

Le Pew Research Center (PRC) est un organisme américain sans but lucratif créé en 1948 par le fondateur de la Sun Oil Company, Joseph-N. Pew, et son épouse Mary Anderson-Pew. Le Centre a effectué divers sondages qui permettent de suivre l’évolution des mentalités dans les pays musulmans.


Pourcentages d’appui aux attentats-suicides en 2002 et 2009


 
Le cas du Pakistan est intéressant puisque c’est le pays où se cache probablement Bin Laden. Le sondage de la PRC reflète surtout l’opinion des Pakistanais urbains. Tout comme les Talibans, les Pakistanais sont partisans de punitions jugées excessives en Occident.


Pakistanais, appuyez-vous les punitions suivantes ?

  Oui Non ?  
Adultères lapidés 83% 8% 9%
Voleurs fouettés ou amputés d’une main 80% 12% 9%
Peine de mort pour apostasie 71% 13% 16%


 
Malgré la similitude des mentalités, les Pakistanais sont devenus en 2009 majoritairement opposés à Al-Qaida et aux les Talibans.


Pakistanais, appuyez-vous Al-Qaida et les Talibans ?

    2008       2009  
  Oui Non ?     Oui Non ?  
Al-Qaida 25% 34% 41%   9% 61% 30%
Talibans 27% 33% 40%   10% 70% 20%


 
De manière générale, c’est en Palestine que Bin Laden est demeuré populaire. Il est à noter que le PRC n’a pas publié de données relatives à l’Afghanistan, à l’Arabie Saoudite et au Soudan (trois pays où Al-Qaida compte de très nombreux partisans).


Avez-vous confiance en Oussama Bin Laden ?

  Oui Non
Égypte 23% 68% 9%
Indonésie 24% 53% 23%
Jordanie 28% 61% 11%
Liban 2% 98% 0%
Nigéria 54% 39% 7%
Palestine 51% 47% 2%
Turquie 3% 77% 20%


 
Qu’est-ce qui explique ce déclin de la popularité d’Al-Qaida parmi les Musulmans ? Ils ont simplement réalisé que depuis des années, ce sont eux les principales des victimes d’Al-Qaida.

En effet, depuis les attentats du métro de Londres, le 7 juillet 2005, toutes les tentatives d’attentats en Occident d’Al-Qaida ont échoué, parfois à la dernière minute. Si bien qu’entretemps, ses revenus servent principalement à tuer d’autres Musulmans.

Références :
Confidence in Obama Lifts U.S. Image Around the World
Mixed Views of Hamas and Hezbollah in Largely Muslim Nations
Pakistani Public Opinion

Compléments de lecture :
Arabes vs Musulmans
La lapidation ou la barbarie participative
Les boucs-émissaires
Nourriture halal : controverses futiles

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida

Publié le 10 décembre 2010 | Temps de lecture : 5 minutes
© 2010 — Google Maps

Avant le régime taliban en Afghanistan

Oussama ben Laden est l’un des 54 enfants — nés des 22 épouses —de Mohammed Ben Laden, un entrepreneur saoudien. Ce dernier est propriétaire de la Bin Laden Construction group, une des plus riches entreprises de construction au monde et détentrice de nombreux contrats d’exclusivité avec le gouvernement saoudien. Les actifs globaux du Groupe Ben Laden sont évalués à cinq milliards de dollars.

En 1979, le prince Turki Al Fayçal — chef des services secrets de l’Arabie saoudite de 1977 à 2001 — offre 200 millions de dollars à Oussama ben Laden afin qu’il organise le départ des volontaires saoudiens désirant s’impliquer en Afghanistan contre l’invasion russe de ce pays.

Oussama ben Laden se rapproche alors de Gulbuddin Hekmatyar, un chef fondamentaliste local et principal bénéficiaire des 3,3 milliards de dollars d’aide officielle des États-Unis aux rebelles afghans contre les Russes (un montant à peu près équivalent étant, dit-on, fourni par l’Arabie saoudite).

Quelques années plus tard, en 1994, la montée des Talibans coïncidera avec leur saisie de l’importante réserve d’armes de Gulbuddin Hekmatyar (dont nous venons de parler) à Kandahar. Cette prise leur permettra de prendre le contrôle de la moitié du pays.

En février 1989 les Soviétiques annoncent leur retrait d’Afghanistan. Les États-Unis et l’Arabie saoudite ayant atteint leur objectif, arrêtent le financement et le soutien logistique massif aux rebelles en 1990.

À son retour en Arabie saoudite, Oussama ben Laden est accueilli en héros. Dans les mosquées, les écoles, et à l’université, il organise des conférences au sujet de son combat contre l’armée soviétique. Il recueille alors des fonds de sympathisants servant à financer sa milice.

Lors de la Première guerre du Golfe (1990-1991), Oussama ben Laden propose au roi d’Arabie d’utiliser cette milice pour défendre le pays contre une possible invasion des troupes irakiennes. Le roi refuse et préfère ouvrir son territoire à l’armée américaine.

Furieux, Ben Laden s’indigne que des soldats non-musulmans viennent souiller le sol sacré de l’Islam (l’Arabie saoudite étant la Terre sainte selon les Musulmans). Il va jusqu’à accuser de corruption la dynastie régnante dans ce pays.

En représailles, l’Arabie saoudite le prive de sa nationalité en 1994. Il reste discrètement en relation avec certains membres du régime saoudienc: en effet, avec ses 7,000 princes, la famille royale est peu unie.

Durant le régime des Talibans (1997-2001)

Le régime des Talibans ne sera reconnu officiellement que par trois pays : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Pakistan.

En 1999, le prince saoudien Turki Al Fayçal (à titre de chef des services secrets de l’Arabie saoudite), verse 267 millions$ à un chef taliban en Afghanistan.

Tout au cours de ce régime, l’Arabie saoudite, principale puissance sunnite, inspire intellectuellement et finance les madrasas, ces écoles coraniques à la base du mouvement taliban. Par le radicalisme de leur enseignement, ces écoles s’avéreront des pépinières de terroristes.

Le 11 septembre 2001, les attentats-suicides d’Al-Qaida sont perpétrés aux États-Unis par 19 terroristes dont 15 étaient de nationalité saoudienne. Ces attaques provoquent la Guerre en Afghanistan (où sont basés les camps d’entrainement d’Al-Qaida). Entretemps, les États-Unis tentent par tous les moyens de tarir les sources de financement d’Al-Qaida (comme ils le font présentement avec WikiLeaks).

Après le renversement du régime taliban

Peu après la fin officielle de cette guerre, des milliers de Talibans non-afghans (dont beaucoup de Saoudiens) décèdent au cours du massacre à la prison de Mazar-i-Sharif. Ceux qui ne s’y trouvaient pas retournent dans leur pays d’origine. Certains d’entre eux constituent depuis des cellules dormantes d’Al-Qaida en Arabie et des sympathisants donateurs.

En 2003, les experts s’accordaient pour dire qu’une grande partie des revenus d’Al-Qaida provenaient de donateurs saoudiens. Leurs dons sont versés soit directement, soit par le biais d’organismes de charité ou d’écoles coraniques servant de paravent au financement de cette organisation terroriste.

En décembre 2006, plus d’une trentaine d’ecclésiastiques saoudiens se prononcent contre l’invasion de l’Irak et invitent tous les Sunnites à s’y opposer. En 2007, près de la moitié des insurgés étrangers en Irak sont des Saoudiens qui combattent pour Al-Qaida.

« Les donateurs privés en Arabie saoudite demeurent la principale source mondiale de financement de groupes terroristes sunnites », tels qu’Al-Qaida et les talibans afghans et pakistanais, déplorait l’ambassade américaine en Arabie dans cette note datée de 2009 et révélée par WikiLeaks cette semaine.

L’ambassade estime également qu’une partie de cette somme est collectée auprès de sympathisants à l’occasion du pèlerinage annuel à La Mecque et du Ramadan.

De plus, les hauts responsables talibans, lorsqu’ils se rendent en Arabie saoudite pour participer à des discussions sur le thème de la réconciliation, se livrent également à la collecte d’argent.

Références :
Documents Back Saudi Link to Extremists
Dasht-i-Leili massacre
Oussama ben Laden
Saudi Arabia: In al-Qaeda’s Sights
Saudi Arabia’s Dubious Denials of Involvement in International Terrorism
Saudi Arabia’s Links to Terrorism
Saudis faulted for funding terror
Taliban
US embassy cables: Hillary Clinton says Saudi Arabia ‘a critical source of terrorist funding’
WikiLeaks cables portray Saudi Arabia as a cash machine for terrorists

Parus depuis :
Des princes saoudiens auraient financé al-Qaïda (2015-02-05)
« Swissleaks » : HSBC abritait aussi des « parrains du terrorisme » (2015-02-11)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Escarmouches informatiques

Publié le 20 novembre 2010 | Temps de lecture : 3 minutes


 
États-Unis vs Chine

Selon le rapport de la Commission sino-américaine à la sécurité et l’économie, rendu public au Congrès américain mercredi dernier, pendant 18 minutes en avril 2010, China Telecom (la compagnie d’État chinoise des télécommunications) s’est vu confier l’acheminement de 15% du trafic internet mondial, incluant des courriels de sites du Sénat américain, du ministère de la Défense ou encore de la NASA et des données (certaines hautement sensibles) de l’armée américaine, d’organisations civiles et d’alliés américains.

L’acheminement des données sur l’internet se fait de manière dynamique selon la disponibilité immédiate des grands serveurs du réseau. Contrairement aux manchettes de certains journaux, la Chine n’a donc pas « détourné » ces données vers elle : ses serveurs étaient simplement libres pour accepter à ce moment-là une quantité colossale de données et les acheminer sans congestion.

Mais ces données ont-elles été copiées et enregistrées au passage ? C’est la crainte que nourrissent certains experts peu rassurés par la réponse des autorités américaines à l’effet que les données sensibles voyagent encryptées.

Iran vs États-Unis

Selon le Ministère iranien de l’industrie, trente mille ordinateurs de ce pays sont infectés par Stuxnet, un ver informatique. Cela représente environ 60% de tous les ordinateurs touchés par ce virus à travers le monde. Découvert en juin, celui-ci, recherche dans les ordinateurs qu’il infecte, les systèmes utilisés pour le contrôle de procédés industriels (par exemple ceux qui servent au contrôle des oléoducs, des plates-formes pétrolières, des centrales électriques et d’autres installations industrielles).

La complexité du ver est très inhabituelle. L’attaque nécessite des connaissances en procédés industriels. En déréglant leur fonctionnement, ce ver a pour conséquence d’entrainer la destruction physique des installations touchées.

Le quotidien gouvernemental Iran Daily n’a pas hésité à évoquer une guerre électronique de l’Occident contre l’Iran.

Références :
La Chine accusée d’avoir « détourné » des données sensibles américaines
Le virus informatique Stuxnet continue de toucher l’Iran
15% du trafic internet mondial « détourné » par la Chine en avril dernier
Stuxnet

Parus depuis :
Snowden: Washington a lancé 231 cyberattaques en 2011 (2013-08-31)
Dozens of Al Jazeera journalists allegedly hacked using Israeli firm’s spyware (2020-12-20)

Détails techniques de la photo : 
Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/20 sec. — F/4,6 — ISO 400 — 22 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


En marge du débat sur le voile islamique intégral

Publié le 23 février 2010 | Temps de lecture : 3 minutes

Si une femme désire se couvrir la tête d’un voile qui laisse à découvert son visage, cela ne me regarde pas. En effet, qu’il s’agisse d’une femme musulmane, d’une femme juive orthodoxe portant une perruque (ce qui revient au même), ou d’une religieuse chrétienne en tenue traditionnelle, qui suis-je pour décider de la tenue vestimentaire des autres ?

Toutefois, s’il s’agit d’un voile qui cache totalement le visage — ce que portent les femmes afghanes — ou qui ne laisse que les yeux à découvert, cela est différent. Avant de répondre pourquoi cela serait différent, j’aimerais faire une parenthèse.

Parenthèse

Il n’est pas fréquent — mais il n’est pas rare non plus — de voir des gens masqués dans le métro de Montréal. La dernière fois que j’en ai vu un, c’était il y a moins d’une semaine. Il s’agissait d’un homme âgé entre 16 et 30 ans, la tête recouverte d’un capuchon. En plus, cet homme portait une cagoule qui ne lui révélait que les yeux.

Il était assis, les pieds sur le siège devant lui et un sac à dos sur celui à ses côtés. Lorsque j’ai vu le siège sur lequel il avait déposé ses bottes, je lui ai fait savoir par un « Pardon » que je voulais m’y assoir. Pour toute réponse, il m’a fait un signe de la main pour m’indiquer le siège d’en face qui était disponible. Effectivement, ce siège — que je n’avais pas vu en raison des gens debout qui le cachaient — était vacant. Je m’y suis donc assis.

Cet homme masqué aurait pu être recherché par la police, voire même être un criminel notoire, sa cagoule lui permet d’échapper aux recherches policières et de circuler librement dans la ville.

Alors j’aimerais qu’on m’explique pourquoi on ne parle jamais (ou presque) des hommes qui circulent masqués dans les lieux publics alors que les femmes masquées — extrêmement rares au Québec — font l’objet de débats passionnés. Cela est-il dû à notre tradition judéo-chrétienne qui impute aux femmes — depuis Ève — la responsabilité de tous les maux de l’Humanité ? Fin de la parenthèse.

Suite et fin

Alors pourquoi suis-je contre le port de tout masque en public — c’est-à-dire ailleurs qu’à la maison ou dans des lieux de culte — par toute personne en âge de commettre un méfait ?

Pour des raisons de sécurité. Permettre d’être masqué sur la place publique pour d’autres raisons que médicales ou climatique, c’est permettre aux évadés de prison, aux bandits et à tous ceux qui sont recherchés par la police (en particulier aux êtres violents et dangereux) de circuler librement parmi nous sans crainte de se faire reconnaître. De plus, cela prive les victimes d’actes criminels de moyens de contribuer à l’arrestation de malfaiteurs qu’elles pourraient reconnaître sur la rue.

En somme, je crois qu’on devrait interdire à tout adolescent et à tout adulte de circuler masqué en public, quitte à invoquer la clause nonobstant de la Constitution canadienne pour y parvenir.

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Écrit par Jean-Pierre Martel