Le projet de loi 103 : Over my dead body !

Publié le 12 juin 2010 | Temps de lecture : 4 minutes

Afin de contourner la loi 101, il suffisait d’envoyer ses enfants pendant quelques semaines ou quelques mois dans des écoles qualifiées de « passerelles » — des établissements privés non subventionnés de langue anglaise — pour obtenir le droit de les envoyer ensuite à l’école publique anglaise.

En 2002, 1379 élèves avaient eu recours à ce stratagème, le double qu’en 1998. Pour y mettre fin, le gouvernement québécois rendait ces écoles passerelles illégales en 2002 en vertu d’une loi jugée depuis anticonstitutionnelle par la Cour suprême du Canada. Signalons que malgré l’effet dissuasif de cette loi, le nombre d’écoliers fréquentant une école passerelle sans détenir de certificat d’admissibilité dépassait 4 000 pour l’année scolaire 2007-2008 alors que le Québec accueillait environ 50 000 immigrants (hommes, femmes et enfants). C’est donc dire l’importance du phénomène.

Après des mois de réflexion, le gouvernement libéral vient de présenter sa solution alternative, soit le projet de loi 103. Celui-ci prescrit que l’élève devra avoir passé au moins trois ans dans un établissement privé anglais non subventionné pour avoir accès — cet élève, ses frères, ses soeurs et ses descendants — au réseau public anglophone qui, rappelons-le, est financé par les payeurs de taxes (en majorité francophones).

En fait, le droit à l’école anglaise sera évaluée au cas par cas, selon une grille d’analyse complexe prévue par règlement et qui nécessitera des dizaines de milliers d’heures de fonctionnaires à analyser les cas soumis. Ces fonctionnaires seront payés, encore là, par les payeurs de taxes majoritairement francophones.

Quant aux coûts de l’école totalement privée — de 8 000$ à 12 000$ par an — cette somme n’est pas si dissuasive qu’elle paraît puisque les écoles concernées donnent elles-mêmes le moyen de la rendre déductible d’impôt donc financée indirectement par les contribuables.

De plus, je n’aimerais pas apprendre par les journaux qu’on peut obtenir le droit d’envoyer ses enfants à l’école anglaise en échange d’une contribution à la caisse de Parti libéral du Québec.

Alors que le Conseil supérieur de la langue française recommandait de soumettre les écoles privées non subventionnées à la loi 101, ce qui nécessitait le recours à la clause nonobstant de la Constitution canadienne, le gouvernement Charest a choisi d’ignorer cet avis et de légaliser les écoles passerelles en limitant toutefois, de son propre aveu, leur accès par des mesures administratives dilatoires. Il faut une naïveté que je n’ai plus pour croire qu’on peut légalement empêcher indirectement ce qu’on ne peut pas empêcher directement.

Pourquoi donc le gouvernement libéral refuse-t-il d’utiliser la clause nonobstant ? Parce qu’une telle dérogation irrite le Canada anglais. À mon avis, le Québec ne doit jamais hésiter à y recourir quand son avenir en dépend. N’oublions pas que la Constitution canadienne, ce n’est pas notre constitution; c’est celle du Canada anglais. Elle fut adoptée grâce à un déblocage survenu le lendemain d’une nuit de négociation intensive à laquelle le Québec n’avait pas été invité mais à laquelle toutes les provinces anglophones ont participé. Jamais le Québec n’a voté pour cette Constitution. Elle fut passée sur notre dos.

Donc cette Constitution, on s’en sert quand ça fait notre affaire et on invoque sans hésiter la clause nonobstant lorsque c’est nécessaire. Si le Canada anglais n’aime pas cela, c’est son problème et non le nôtre.

On me dit qu’il est normal pour un immigrant au Québec de souhaiter le meilleur avenir possible pour ses enfants, ce qui signifie les envoyer à l’école anglaise. Je réponds qu’en tant que payeur de taxe, je refuse de payer pour l’anglicisation du Québec. Si cet immigrant veut payer en totalité pour l’école privée non-subventionné, cela ne me regarde pas.

Mais s’il s’imagine que je vais payer stupidement pour que le français disparaisse du Québec, il est mieux de prier le Ciel pour que le Parti libéral du Québec demeure au pouvoir jusqu’à notre extinction.

Références :
Coalition contre le projet de loi 103
Jugement de la Cour suprême du Canada
L’école anglaise ouverte aux parents fortunés
Loi 103: la dictature de l’arbitraire
Une passerelle plus étroite

Paru depuis : Augmentation des résidents non permanents dans les écoles anglaises (2021-03-19)

Note : Photo de M. Charest par le journal Le Devoir.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La francisation des immigrants et le gouvernement libéral du Québec

Publié le 9 avril 2010 | Temps de lecture : 1 minute

Il y a plusieurs années, le gouvernement du Québec (dirigé alors par le Parti Québécois) avait institué des cours de francisation destinés aux immigrants afin de faciliter leur intégration au Québec.

Depuis ce temps, ces cours sont immensément populaires. En effet, près du quart des immigrants y sont inscrits à plein temps et une proportion encore plus importante le serait si davantage de places étaient disponibles.

Au lieu d’augmenter leur nombre, le gouvernement a décidé d’abolir 31 des 300 classes de francisation. En conséquence, cela rendra encore plus criante la pénurie de places alors que le Québec accueillera cette année 55 000 immigrants, soit 3 000 immigrants de plus que l’an dernier.

Cela représente une économie de 5 millions de dollars. Cette décision se justifie par le besoin d’épargner afin de compenser pour la gestion déficiente des finances publiques par le gouvernement actuel, ce même gouvernement qui, il y a pas si longtemps, utilisait la péréquation obtenue du gouvernement fédéral pour accorder une réduction d’impôt aux contribuables les plus riches du Québec.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Amir et la loi 101

Publié le 15 mars 2010 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis la loi 101, adoptée par le gouvernement du Parti Québécois en 1976, tout québécois francophone a le droit d’être servi dans sa langue au Québec. Un employeur peut embaucher du personnel unilingue anglais si ce personnel n’aura pas à servir de clients francophones.

Depuis l’élection du Parti Libéral du Québec, les employeurs prennent de plus en plus de libertés avec la loi 101. Un exemple est le restaurant Amir situé au 4483 rue St-Denis, dans le Plateau Mont-Royal (un quartier de la métropole qui s’anglicise rapidement depuis quelques années).

Il y a quelques mois, le livreur de ce restaurant m’avait apporté mon dîner et, malgré deux demandes répétées, ne m’avait répondu qu’en anglais. En conséquence, je lui avait laissé un pourboire dérisoire (25 cents, si ma mémoire est bonne). La livraison suivante, il savait dire le montant de l’addition et merci, ce qui le qualifiait à un pourboire généreux.

Toutefois ce midi, le livreur d’Amir (un homme qui m’a semblé être dans la trentaine), a refusé de me parler en français en dépit de mes demandes répétées. Comble d’audace, il a exigé que je lui parle en anglais. Lorsque je lui ai dit que c’est lui qui avait l’obligation de parler français aux clients francophones, il a répondu : « I don’t need to speak French ». Évidemment, il est reparti sans pourboire.

Je me proposais de porter plainte à l’Office de la langue français dès mercredi prochain (c’est $250 d’amende pour les contrevenants). Toutefois, plus tôt ce soir, la fille du patron m’a téléphoné — cette fille a une voix charmante — et elle m’a donné sa parole que cela ne se reproduirait plus.

Je lui ai dit que je publierais un billet à ce sujet sur mon bloque (c’était non négociable) mais que je renonçais pour l’instant à porter plainte si elle tenait parole. À suivre…

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Écrit par Jean-Pierre Martel