L’appartenance inutile du Canada à l’OTAN

Publié le 16 mai 2018 | Temps de lecture : 5 minutes
Le ministre canadien de la Défense, M. Harjit Sajjan

Une promesse non tenue

Le 25 juin 1968, Pierre-Elliott Trudeau — de père de l’actuel premier ministre du Canada — était élu pour la première fois à la tête du gouvernement canadien.

Les deux engagements qui avaient dominé sa campagne électorale furent ses promesses de faire du Canada une société juste et de retirer le Canada de l’OTAN.

Grâce aux 155 députés libéraux élus sur les 263 que comptait alors la Chambre des Communes, M. Trudeau Père avait toute la latitude pour réaliser ses promesses.

Ce deuxième grand engagement n’eut jamais de suite. On présuma à l’époque que cela faisait partie d’une stratégie de négociation dont on ignorait les dessous.

Mais techniquement, ce scrutin était une élection référendaire. Même cinquante ans plus tard, le gouvernement canadien est toujours lié par le mandat qu’il a reçu des Canadiens (même si la majorité d’entre eux sont morts entretemps).

Doubler les dépenses militaires

En septembre 2014, les pays membres de l’OTAN se sont entendus pour augmenter leurs budgets militaires de manière à ce qu’en 2024, le niveau de leurs dépenses atteigne un minimum de deux pour cent de leur produit intérieur brut (PIB).

Par conséquent, lorsqu’on laisse entendre que le Canada est tenu de respecter ses engagements internationaux, on dit n’importe quoi.

Il ne s’agit pas d’un critère d’appartenance à l’OTAN, mais d’un engagement volontaire du Canada. Un engagement auquel notre pays pourrait renoncer aussi facilement que Donald Trump se retire de l’Accord de Paris sur le climat ou qu’il remet en question l’ALÉNA.

Conséquences économiques

Présentement, le risque de guerre mondiale est nul. Il l’est à court et à moyen terme. La force militaire des États-Unis est de cinq à dix fois plus puissante que celle de la Russie.

L’an dernier, le produit intérieur brut de la Russie était de quatre-trillions$. Celui des États-Unis était de 19,36 trillions$. Presque cinq fois plus.

L’OTAN a tendance à exagérer la menace russe pour justifier son existence.

De la même manière, les gazouillis belliqueux de Donald Trump servent à entretenir une psychose qui a pour but de promouvoir la vente d’armement américain.

Sur les 250 milliards$ de dépenses fédérales, la majorité de cette somme est incompressible.

Pour accroitre les dépenses militaires de quinze-milliards$ — un pour cent du PIB de plus — le choix de l’État fédéral sera entre :
• hausser de beaucoup la fiscalité des particuliers (puisqu’entretemps on aura diminué celle des entreprises) ou
• effectuer des coupures draconiennes dans les postes budgétaires autres que celui de la Défense nationale.

Pensez que quinze-milliards$, c’est environ cinq-cents dollars de plus d’impôts à payer pour chaque homme, femme et enfant du pays. Ou deux-mille dollars pour une famille moyenne de quatre personnes. Et ce, chaque année, tant et aussi longtemps que le Canada fait partie de l’OTAN.

Ce qui incitera la droite canadienne à soutenir que les contribuables sont trop taxés et qu’on doit mettre fin à un État-providence ruineux…

La machine invisible de l’État canadien

Augmenter les dépenses militaires, peu importe le contexte, cela est typique d’un gouvernement de droite.

Il est donc normal que le gouvernement Harper ait pris cet engagement en 2014.

Mais pourquoi est-il maintenu par un gouvernement libéral qui se veut de centre-gauche ?

Parce que ce gouvernement élu n’est que l’interface ministérielle d’une machine étatique qui est la véritable détentrice du pouvoir.

La direction militaire du pays est formée d’experts, de meneurs d’hommes et de gens déterminés.

Ceux-ci rédigent les rapports qui guident les ‘décideurs’ publics. Ce sont eux qui, en coulisse, menacent de démissionner si on ne tient pas compte de leur point de vue. Et quand on les remplace, c’est du pareil au même.

Bref, en dépit des orientations politiques des différents partis politiques qui se sont succédé à la tête de l’État depuis cinquante ans, ceux-ci semblent se comporter comme à la belle époque où ils étaient financés par une caisse occulte à laquelle le complexe militaro-industriel pouvait contribuer significativement.

La permanence des orientations de l’État est une preuve supplémentaire que la machine de l’État fédéral est formée de grands mandarins qui exercent le pouvoir dans l’ombre, animés par leur propre conception de l’intérêt national.

Références :
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Être payé pour apprendre le français, puis démissionner
Les États-Unis et la Corée du Nord
Russia
Service et OTAN: Mélenchon détaille son programme de défense
Un fonctionnaire fédéral défend son droit de travailler en français
United States

Paru depuis :
Trump Discussed Pulling U.S. From NATO, Aides Say Amid New Concerns Over Russia (2019-01-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les armes de Daech en Irak et en Syrie

Publié le 15 décembre 2017 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

Après l’effondrement du califat, l’heure est aux bilans.

L’organisme britannique Conflict Armament Research dévoilait hier les résultats d’une enquête effectuée de juillet 2014 à novembre 2017 sur l’origine de l’équipement militaire dont disposait l’État islamique (ÉI) en Irak et en Syrie.

Il est à noter que dans le cas précis de la Syrie, les enquêtes se sont déroulées de juillet 2014 à septembre 2015 et ce, seulement sur le territoire contrôlé par les forces kurdes, les seules qui, essentiellement, ont fait reculer l’ÉI dans ce pays.

De plus, réitérons qu’il ne s’agit pas de tout le matériel mis en œuvre au cours de cette guerre, mais très précisément de celui de l’ÉI.

L’étude porte sur des dizaines de milliers d’items ayant appartenu aux miliciens de l’ÉI; 1 832 armes, 40 984 munitions, sans compter divers ingrédients nécessaires à la fabrication de bombes artisanales.

Dates de fabrication

À partir des numéros de série, on peut juger de la date de fabrication de l’équipement militaire utilisé par l’ÉI. De manière générale, cet équipement était ancien.

Environ 60% de cet équipement avait été fabriqué avant 1990. Près de 40%, entre 1990 et 2009. Seulement 2% des armes (et 15% des munitions), depuis 2010.

Les armes les plus sophistiquées sont évidemment les plus récentes. Elles sont celles dont l’ÉI a fait l’acquisition le plus rapidement.

Seulement deux mois s’écoulent entre la sortie d’usine de certains missiles sol-sol antitanks et leur utilisation par l’ÉI.

Fabriqués en Bulgarie, ces missiles ont été achetés par les États-Unis, fournis aux forces antigouvernementales de Syrie pour détruire les tanks de l’armée de Bachar el-Assad, mais qui ont été refilés plutôt aux mercenaires de l’ÉI en Irak.

D’autres missiles plus anciens — fabriqués en Roumanie et vendus aux États-Unis ou vendues par la Bulgarie à l’Arabie saoudite — ont mis davantage de temps avant de tomber entre les mains de l’ÉI.

En plus du butin de guerre gagné sur le champ de bataille, une partie des armes utilisées par l’ÉI provient donc du transfert de matériel militaire des milices islamistes vers l’ÉI.

On ne doit jamais perdre de vue que toute l’essence consommée par le matériel roulant des milices islamiques provenait des puits de pétrole de l’ÉI (directement ou par le biais du marché noir).

L’armement servait donc parfois de monnaie d’échange pour obtenir du pétrole.

Pays producteurs

Environ 90% des armes et 87% des munitions avaient été produits en Chine, en Russie et dans d’anciennes républiques soviétiques. À eux seuls, le matériel russe ou chinois représente un peu plus de la moitié de cet approvisionnement.

À titre d’anecdote, signalons que dans une cache trouvée près de Mossoul, des sachets de Captagon™ (la drogue stimulante utilisée par les miliciens de l’ÉI) avaient été préalablement attachés à chacune des mitraillettes chinoises qui y étaient entreposées.

Dans le cas de l’armement fabriqué par d’anciennes républiques soviétiques (30% des armes et 20% des munitions), ils proviennent de Roumanie, de Hongrie, de Bulgarie, de Serbie, de Pologne, et de République tchèque.

Seulement 3% des armes et 13% des munitions avaient été fabriqués par des pays membres de l’OTAN (autres que des pays d’Europe de l’Est). Ce fut principalement le butin de guerre dont l’ÉI hérita lors de la prise de Mossoul (la deuxième ville d’Irak). De ce 3%, les deux tiers sont américains.

Quant aux explosifs, leurs ingrédients et composants — nitrate d’ammonium, nitrate de potassium, détonateurs, mèches, etc.— avaient été achetés en Turquie (et secondairement de Jordanie) sur une longue période temps auprès d’un petit nombre de fournisseurs.

Conclusion

Lorsque la branche irakienne d’Al Qaïda, discréditée dans ce pays et presque complètement anéantie, part faire le djihad en Syrie, elle bénéficie des largesses de l’Arabie saoudite et du Quatar offertes à n’importe quelle milice désireuse d’abattre le régime de Bachar el-Assad.

Très tôt, cet ‘équipement de départ’ est supplanté par le butin obtenu lors des conquêtes territoriales qui mènent à la création du califat et au changement de nom pour État islamique.

Or le califat chevauche deux pays, l’Irak et la Syrie. Le premier est un ancien allié de Moscou tandis que le second l’est toujours.

L’armement des forces gouvernementales de chacun de ses pays est le reflet de ses allégeances géopolitiques. On y trouve donc beaucoup d’armes russes, chinoises et d’anciennes républiques soviétiques.

Lorsque ces forces gouvernementales reculent devant l’avancée de l’ÉI ou d’autres milices islamistes, elles laissent sur place du vieux matériel ‘communiste’.

En Syrie, le recul des forces gouvernementales vers la Syrie dite ‘utile’ (à l’ouest) fait en sorte que le califat s’est retrouvé menacé sur le terrain par les milices islamistes soutenues par les États-Unis et l’Arabie saoudite.

Dans un premier temps, en équipant ces milices, on leur fournissait de nouvelles munitions compatibles avec leurs vieilles armes. Puis bientôt de nouvelles armes compatibles avec leurs vieilles munitions.

Puis, pour aider ces mercenaires à vaincre les milices de l’ÉI et les forces gouvernementales, leurs commanditaires leur ont bientôt fait parvenir des armes plus puissantes.

Dans le cas des missiles antitanks, leur fourniture s’effectue à l’encontre des résolutions de l’ONU et alors que les services de renseignements américains sont parfaitement conscients du danger que ces armes tombent entre les mains de l’ÉI.

Voilà pourquoi les États-Unis et l’Arabie saoudite préfèreront expédier des missiles bulgares et roumains, moins compromettants.

Référence :
Weapons of the Islamic State

Paru depuis :
La valse des armes au Proche-Orient (2017-12-16)


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada

Publié le 25 mai 2017 | Temps de lecture : 7 minutes
Le ministre canadien de la Défense, M. Harjit Sajjan

Introduction

Depuis l’élection de Donald Trump, les États-Unis accusent les autres membres de l’OTAN de ne pas faire leur juste part dans la défense du monde occidental en raison de l’insuffisance de leur budget militaire.

En réalité, ce reproche n’est pas nouveau mais le nouveau chef d’État américain s’est fait beaucoup plus instant que son prédécesseur à ce sujet.

Qu’en est-il ?

Les dépenses militaires des membres de l’OTAN

En septembre 2014, les pays membres de l’OTAN se sont entendus pour augmenter leurs budgets militaires de manière à ce qu’en 2024, le niveau de leurs dépenses atteigne un minimum de 2% de leur produit intérieur brut (PIB).

Les motifs d’un tel engagement sont obscurs.

D’une part, il est vrai que depuis plusieurs années, la Russie et la Chine augmentent leurs dépenses militaires.

Si on exclut le cas particulier du nombre d’ogives nucléaires (dont la Russie possède un stock vieillissant mais toujours supérieure à celui des États-Unis), la supériorité américaine est écrasante; on estime que la force militaire américaine est de cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie.

Conséquemment, même au taux d’augmentation actuel, ni la Russie ni la Chine ne sont en train de rattraper leur retard sur les États-Unis.


 
En 2016, des 28 membres de l’OTAN, seuls six respectaient déjà l’engagement pris pour 2024 : ce sont Les États-Unis, la Grèce, l’Estonie, le Royaume-Uni et la Pologne.

En montants absolus, leurs budgets militaires ne sont pas nécessairement les plus élevés mais ils sont les plus importants relativement à la taille de leur économie.

À 3,6% du PIB, le budget militaire américain est le plus élevé en raison d’une politique étrangère belliqueuse qui les amène utiliser la force militaire et à déclencher des guerres prédatrices sous n’importe quel prétexte. Par la même occasion, cela leur permet de tester l’efficacité et la fiabilité de leur matériel de pointe.

Pourquoi la Grèce, si endettée, est-elle en deuxième position avec 2,4% ? Parce qu’elle inclut le cout de la défense de ses frontières dans le calcul de ses dépenses militaires. Or la Grèce est à l’avant-scène de la crise migratoire européenne.

Ex-république soviétique et pays voisin de la Russie, l’Estonie vit dans la hantise d’un envahissement russe et de la déstabilisation de son économie par des agitateurs à la solde de Moscou. Son budget militaire (2,2%) en est le reflet.

De la troisième place en 2015, le Royaume-Uni occupe maintenant la quatrième en 2016 (avec 2,2%) puisque ce pays n’a plus les moyens de continuer d’être le fidèle accompagnateur des États-Unis dans leurs entreprises guerrières.

De 1990 à 2013, la Pologne a réduit ses dépenses militaires de 2,4% à 1,8%. Elles ont remonté à 2,0% depuis pour une raison précise; ce pays ambitionne de devenir un exportateur d’armement et, entretemps, subventionne massivement le développement d’un complexe militaro-industriel national.

Le cas canadien

Le Canada n’a que quatre voisins : la Russie, les États-Unis, les iles Saint-Pierre et Miquelon, et le Groenland.

La Russie ne se risquerait pas à envahir le Canada puisque cela mettrait en péril l’approvisionnement des États-Unis en matières premières et provoquerait immédiatement l’entrée de ce pays en guerre.

Si devenir un champ de bataille n’est jamais une perspective intéressante pour aucun pays, il est illusoire de penser que doubler nos dépenses militaires changerait l’issue d’un conflit.

Pour ce qui est des Américains, on voit mal pourquoi ils utiliseraient la force afin de s’emparer de ressources qu’ils obtiennent déjà pacifiquement.

Quant à la menace d’une attaque par les milices de Saint-Pierre et Miquelon ou par les Esquimaux du Groenland, notre budget militaire actuel devrait suffire à nos protéger de cette redoutable menace.

La dénaturation du Canada

Ce dont il est question ici, ce n’est pas de hausser de 1% le budget fédéral consacré aux dépenses militaires mais de consacrer à ce poste budgétaire une somme supplémentaire équivalent à 1% du PIB.

Le PIB du Canada est de 1 551 milliards$. Il s’agit donc de dépenser quinze-milliards$ de plus par année à ce sujet.

C’est l’équivalent de l’important contrat de blindés canadiens achetés par l’Arabie saoudite. Sauf qu’il ne s’agira pas d’une dépense étalée sur plus d’une décennie, mais répétée annuellement par le Canada.

De plus, comme le contrat défunt des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira en bonne partie pour le Canada d’achats d’armements américains pour lesquels notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

Les différents postes budgétaires de l’État sont des vases communicants. Dans la perspective où les États-Unis s’apprêtent à réduire substantiellement l’impôt des entreprises, où donc l’État canadien trouvera-t-il l’argent supplémentaire pour la Défense nationale sinon en diminuant le filet de protection sociale qui constitue une caractéristique fondamentale du pays ?

En somme, que les Canadiens élisent un gouvernement de gauche ou de droite, il suffit de doubler les dépenses militaires canadiennes pour forcer le gouvernement fédéral à virer à Droite, peu importe la volonté exprimée démocratiquement par les citoyens du pays.

Et toute réduction appréciable du taux d’imposition aux entreprises décrété par Washington rendra encore plus inévitable et dramatique le démantèlement du filet de protection sociale canadien, devenu trop onéreux.

Sur les 250 milliards$ de dépenses fédérales, la majorité de cette somme est incompressible. Pour accroitre les dépenses militaires de quinze-milliards$, le choix de l’État fédéral sera entre hausser de beaucoup la fiscalité des particuliers ou effectuer des coupures draconiennes dans les postes budgétaires autres que celui de la Défense nationale.

Sous les motifs obscurs d’engagements internationaux, ce dont il est question est d’obliger le Canada à revêtir volontairement une camisole de force budgétaire qui le condamne à appauvrir son propre peuple pour engraisser le complexe militaro-industriel américain.

Références :
Le Canada prêt à doubler son budget de défense d’ici 2024
Les dépenses de défense des pays de l’OTAN (2009-2016)
Les pays de l’Otan dépensent toujours moins en matière de défense
Les 25 ans de l’OTAN
Ottawa tente de comptabiliser différemment ses dépenses militaires
Sommet de l’OTAN sous pression pour Justin Trudeau
Trump qualifie l’OTAN d’organisation «obsolète»
Quels pays ont le plus augmenté leur budget militaire? La réponse en carte

Parus depuis :
OTAN : Le Canada n’atteindra jamais les cibles de dépenses, a admis Trudeau (2023-04-19)
L’OTAN et le secret canadien : l’argent n’est pas le plus gros problème de notre armée (2024-07-04)
Pour augmenter leurs dépenses militaires, les pays européens tentés de réduire l’Etat-providence (2025-09-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les dépenses militaires au Moyen-Orient en 2014

Publié le 15 janvier 2016 | Temps de lecture : 2 minutes

L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) a été fondé en 1966 afin de célébrer les 150 ans de paix ininterrompue en Suède.

Cet organisme publie des données relatives aux dépenses militaires.

À partir de ses données, voici les dépenses militaires en 2014 de plusieurs pays du Moyen-Orient et, à titre comparatif, de trois pays : la Tunisie, la France et le Canada.

La première colonne après le nom du pays indique les sommes dépensées en milliards de dollars américains, en pourcentage du produit intérieur brut du pays, par personne, et le pourcentage que cela représente de l’ensemble des dépenses de l’État.

MMM$US PIB /capita Budget
Arabie saoudite 80,8 10,4% 2 747$ 25,9%
Émirats arabes unis 22,8 5,1% 2 421$ 23,9%
Turquie 22,6 2,2% 298$ 5,8%
Israël 15,9 5,2% 2 040$ 13,0%
Oman 9,6 11,6% 2 467$ 25,5%
Irak 9,5 4,2% 273$ 9,1%
Égypte 4,9 1,6% 60$ 5,1%
Liban 2,1 4,5% 424$ 14,0%
Jordanie 1,3 3,5% 169$ 9,0%
Tunisie 0,9 1,8% 82$ 5,3%
France 62,3 2,2% 964$ 3,8%
Canada 17,5 1,0% 492$ 2,3%

On voit donc que l’Arabie saoudite, un pays de 27 millions d’habitants, dépense davantage en équipement militaire que la France, 2,5 fois plus peuplée.

De plus, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et dans la république d’Oman, les dépenses militaires accaparent environ le quart des dépenses publiques, soit beaucoup plus que dans les pays moins menacés par la guerre.

Parce que peuplés respectivement de 81 et 85 millions de personnes, la Turquie et l’Égypte dépensent par personne beaucoup moins que la moyenne même si, en montants absolus, cela représente une somme appréciable.

Paru depuis : US economy’s heavy dependence on arms sales should worry the world (2025-05-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Parenthèse canadienne : armement vs matériel militaire

Publié le 12 octobre 2015 | Temps de lecture : 3 minutes

Préambule : Un des avantages de posséder son propre blogue, c’est qu’on est libre de publier ce qu’on veut.

Ce matin, j’ai pris quelques instants pour écrire un commentaire à la suite de la parution d’un article dans quotidien québécois Le Devoir (que je lis en vacances afin de demeurer informé ce ce qui se passe dans mon pays).

Cet article nous informait que le Parti libéral du Canada entend honorer le contrat de véhicules blindés qu’une compagnie canadienne fabriquera pour l’Arabie saoudite.

Selon le chef libéral, ces véhicules ne sont que des jeeps et ne constituent donc pas de l’armement.

Pour des raisons certainement très valables, mon commentaire a été refusé par Le Devoir. Le voici donc ci-dessous.

 
Que ce soit des véhicules blindés ou des hélicoptères, cela demeure du matériel militaire.

Or dans tous les pays du monde, on ne peut exporter du matériel militaire sans l’autorisation des dirigeants du pays puisque cela a une incidence directe sur la politique extérieure de ce pays.

Le contrat de la General Dynamics ne peut avoir été signé sans la permission explicite et secrète du gouvernement Harper.

En accordant cette permission, le gouvernement Harper a violé la loi canadienne. Mais une loi, ça se change. Surtout lorsqu’on est fermement décidé à militariser le pays, comme c’est le cas du gouvernement Harper.

Au-delà de son aspect moral, ce contrat est surtout un marché de dupes.

L’Arabie saoudite possède une longue tradition d’asservir à ses intérêts géostratégiques les armées des pays bénéficiaires de ses contrats lucratifs.

En d’autres mots, par ses contrats, l’Arabie saoudite transforme les soldats étrangers en mercenaires involontaires de ses intérêts.

Après avoir soutenu financièrement les milices de l’État islamique pendant des années, l’Arabie saoudite s’est retourné contre lui le jour où il s’est mis à vendre le pétrole extrait du territoire qu’il contrôle à 10$ le baril, devenant ainsi un concurrent déloyal.

La contrepartie secrète de ce contrat — qui vaut entre 760 millions et 1,5 milliard$ par année — l’Arabie saoudite exige que le Canada bombarde l’État islamique.

Donc pour un contrat au bénéfice d’une compagnie privée (dont les profits seront probablement exportés dans un paradis fiscal), les contribuables canadiens doivent financer des bombardements qui leur coutent plus de 500 millions par année.

Faites le calcul, c’est un marché de dupes.

Mais la question fondamentale est la suivante : dans quel pays voulons-nous vivre ?

Dès qu’on accepte que notre économie repose de manière importante sur la vente d’armements, nous devenons un pays dont les dirigeants ont le devoir de semer la guerre afin de soutenir notre économie.

Parus depuis :
Londres se retire d’un appel d’offres saoudien pour une question de principe (2015-09-14)
Les jeeps de Justin – Le «deal» avec Riyad fait éclater la vitrine morale d’Ottawa (2016-02-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les dépenses militaires en 2009

Publié le 7 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis dix ans, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 49%. Pour la dernière année dont les chiffres sont connus avec précision, soit 2009, elles ont augmenté de 5,9% (en dollars constants) en comparaison avec l’année précédente.

En 2009, huit pays effectuaient à eux seuls 70% des dépenses militaires de la planète.
   1 – les États-Unis : 43,2% (661 milliards$)
   2 – la Chine : 6,5% (100 milliards$)
   3 – la France : 4,2% (64 milliards$)
   4 – le Royaume-Uni : 3,8% (58 milliards$)
   5 – la Russie : 3,5% (53 milliards$)
   6 – le Japon : 3,4% (52 milliards$)
   7 – l’Allemagne : 3,0% (46 milliards$)
   8 – l’Arabie Saoudite : 2,7% (41 milliards$)

Toujours en 2009, par habitant, les cinq pays les plus dépensiers étaient…
   1 – les États-Unis (2 100$)
   2 – l’Arabie saoudite (1 603$)
   3 – la France (1 026$)
   4 – le Royaume-Uni (966$)
   5 – l’Australie (892$)

Loin derrière, la Chine dépense 75$ par habitant, soit 28 fois moins que les États-Unis. Toutefois, le budget militaire chinois est en croissance rapide ; il s’est accru de 15% en 2009.

En pourcentage du Produit intérieur brut, cela représente…
   • l’Arabie saoudite : 8,2%
   • les États-Unis : 4,3%
   • la Russie : 3,5%
   • la Corée du Sud : 2,8%
   • MOYENNE MONDIALE : 2,7%
   • le Royaume-Unis : 2,5%
   • la France : 2,3%

De 1988 à 1997, en dollars constants, le Canada a réduit ses dépenses militaires pour les augmenter progressivement par la suite. Si bien que 2008 fut la première année où elles ont dépassé leur niveau d’il y a vingt ans. De plus, le Canada consacre une proportion relativement faible de son produit intérieur brut aux dépenses militaires.


Dépenses militaires de cinq pays (en milliards de dollars de 2008)

  1988 1993 1998 2003 2008
États-Unis 533,6  $ 443,6  $ 362,3  $ 486,0  $ 616,1  $
Chine 20,4  $ 25,9  $ 48,5  $ 86,2  $
France 71,0  $ 69,0  $ 62,9  $ 65,7  $ 66,9  $
Arabie saoudite 17,8  $ 20,1  $ 24,0  $ 22,2  $ 38,2  $
Canada 18,3  $ 16,6  $ 13,5  $ 14,5  $ 19,3  $

 

Dépenses militaires de cinq pays (en pourcentage de leur PIB)

  1988 1993 1998 2003 2008
États-Unis 5,7% 4,5% 3,1% 3,8% 4,3%
Chine   2,0% 1,7% 2,1% 2,0%
France 3,6% 3,3% 2,7% 2,6% 2,3%
Arabie saoudite 15,2% 12,5% 14,3% 8,7% 9,2%
Canada 2,0% 1,8% 1,3% 1,1% 1,3%


 
Références :
Copel É, Des armes à tout prix, La Revue, 2010; 8: 58-61
The SIPRI Military Expenditure Database

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’armement populaire en Haïti

Publié le 13 décembre 2010 | Temps de lecture : 3 minutes

Avant-propos : De tous les billets que j’ai publiés jusqu’ici, le texte suivant est le mois documenté.

Samedi dernier, ma mère et moi avons pris le taxi pour aller voir l’opéra Don Carlo, retransmis à partir du Met de New York. Puisque notre chauffeur était d’origine haïtienne, j’en ai profité pour lui demander son avis sur les moyens de réduire la violence dans son pays d’origine.

C’est alors qu’il nous a révélé faire partie d’une famille intimement liée aux milices armées de ce pays. Il a d’ailleurs fui au Canada après que la presque totalité de ses cousins eurent été assassinés.

À l’époque où le président Jean-Bertrand Aristide était au pouvoir, un de ces cousins s’est rendu à Atlanta (aux États-Unis) afin d’acheter pour 6 millions$ d’armes. Celles-ci furent expédiées par bateau à Haïti où elles arrivèrent huit jours plus tard.

Ces armes étaient destinées à « armer le peuple » ou plus exactement, les milices du président Aristide : celui-ci voulait se préparer à l’éventualité où l’armée tenterait un coup d’État afin de le renverser.

En 1995, Aristide dissout l’armée et la remplace par la Police nationale. En 2003, il donne l’ordre d’assassiner certains chefs de ses milices, déclenchant la rébellion de ceux qui ont échappé au complot (dont le cousin en question).

Une partie du pays tombe aux mains des rebelles. Le 22 février 2004, ceux-ci s’emparent de Cap-Haïtien (la deuxième ville du pays). Une semaine plus tard, la capitale est prise par les rebelles.

Selon mon chauffeur de taxi, ce serait son cousin qui aurait donné 24 heures à Aristide pour quitter le pays à défaut de quoi le palais présidentiel serait pris d’assaut par ses hommes. Le 29 février 2004, le président Aristide quitte Haïti à bord d’un avion américain, accompagné par le personnel de sécurité de l’armée américaine.

Depuis ce temps, on a tenté de racheter les armes en circulation parmi la population. Ces programmes de rachat ont échoué.

Selon une rumeur persistante au sein de la diaspora haïtienne, grâce à la fortune accumulée au cours des années où il a été au pouvoir, l’ex-président Aristide (en exil en Afrique du Sud) financerait toujours les milices qui lui sont demeurées fidèles, utilisées pour favoriser l’accession au pouvoir de ses protégés.

Personnellement, je ne suis pas tout à fait convaincu par cette rumeur puisque pour tirer ainsi les ficelles, Aristide devrait suivre de très près l’actualité d’Haïti. Or il effectue en Afrique du Sud des études universitaires et des recherches linguistiques qui doivent certainement accaparer beaucoup de son temps. De plus, n’oublions pas qu’une partie de ses anciennes milices se sont retournées contre lui.

Ne serait-il pas plus plausible que des 1,5 milliards$ que la diaspora haïtienne envoie annuellement dans ce pays, une partie serve à financer des milices opposées. Cette division reflèterait le profond clivage social de ce pays dont la population est partagée entre des pauvres (chez qui Aristide est demeuré immensément populaire) et une bourgeoise (au sein de laquelle Aristide est un personnage controversé).

Référence : Coup d’État de 2004 à Haïti

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Écrit par Jean-Pierre Martel