L’Europe et la Troisième guerre du Golfe

Publié le 11 avril 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Le début de la pénurie d’hydrocarbures en Europe

Il n’existe pas de pipeline ou de gazoduc qui relie le Moyen-Orient à l’Europe. Ce qui signifie que tout approvisionnement européen en provenance du golfe Persique doit nécessairement arriver par voie maritime.

L’obligation de contourner le cap de Bonne-Espérance (au sud de l’Afrique) fait en sorte que les pétroliers et les méthaniers qui franchissent le détroit d’Ormuz mettent environ un mois pour arriver en Europe.

Les derniers navires qui ont réussi à le faire avant sa fermeture, le 28 février dernier, sont arrivés en Europe plus tôt cette semaine.

Pour les cinq prochaines semaines (au moins), aucun pétrolier ni aucun méthanier n’apportera en Europe des hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient.

Rappel géostratégique

Malgré l’écrasante supériorité militaire des États-Unis, le pays que les stratèges américains craignaient le plus, pendant des décennies, c’était la Russie.

À leurs yeux, une intégration économique entre la Russie et les pays d’Europe apparaissait comme une menace existentielle à l’hégémonie américaine.

Voilà pourquoi Washington s’est employé pendant des années à couper l’Europe de l’approvisionnement en hydrocarbures russes, notamment son gaz fossile (le moins cher au monde), qui donnait à l’industrie lourde européenne un avantage compétitif.

La guerre russo-ukrainienne a été l’occasion pour Washington de briser ce lien. En cessant volontairement cet approvisionnement, l’Europe s’est tirée dans le pied.

Et pour compenser, les pays européens se sont tournés vers d’autres fournisseurs; les États-Unis et le Qatar.

Comble de malchance, la Troisième guerre du Golfe a entrainé la fermeture du détroit d’Ormuz et le bombardement par l’Iran des installations gazières du Qatar.

Voilà pourquoi, les analystes prévoient que ce mois-ci, les États-Unis devraient bénéficier d’une augmentation du tiers de leurs exportations de pétrole, principalement vers l’Asie et accessoirement vers l’Europe.

Quant au gaz fossile, on peut s’attendre à ce que les pays européens deviennent encore plus dépendants des États-Unis. Ce qui accroit la vassalisation de l’Europe aux diktats de Washington.

Les conséquences concrètes

En France

En début de semaine, environ 18 % des stations-service dans tout le pays étaient en rupture de stock pour l’un ou l’autre des carburants qu’ils offraient. Aujourd’hui, ce pourcentage était tombé à 12 %.

Mardi dernier, des ouvriers du bâtiment et des artisans des travaux publics ont bloqué le boulevard périphérique de Nantes pour dénoncer la hausse du prix du diésel.

Selon France24, les six principaux ports de Corse sont bloqués depuis mardi matin par des pêcheurs qui protestent contre le prix élevé des carburants, déjà plus chers sur l’ile que sur le continent.

En Irlande

En République d’Irlande, une centaine de stations-service sont à court d’essence. Depuis cinq jours, des fermiers et des camionneurs bloquent certaines des autoroutes qui mènent à la capitale.

Le mois dernier, le gouvernement irlandais a décidé de consacrer 250 millions d’euros à la réduction du prix de l’essence. Parmi les mesures annoncées, on a réduit les taxes sur les carburants.

Dans l’urgence, l’État a mis sur pied un groupe pour coordonner les mesures destinées à pallier la pénurie. Déjà celui-ci prévient que la moitié des stations-service du pays pourraient bientôt fermer temporairement.

La plus grande entreprise privée de livraison de colis a suspendu ses activités.

L’Association médicale irlandaise s’est inquiétée publiquement du sort des patients incapables de se rendre à leurs rendez-vous et des difficultés rencontrées par les ambulanciers à faire le plein.

En raison de la rupture anticipée de l’approvisionnement en nourriture, en eau potable, et en moulée animale, le gouvernement a mis l’armée sur un pied d’alerte, prête à intervenir.

De plus, il a accusé les protestataires de prendre le pays en otage, ce qui a jeté de l’huile sur le feu… à défaut d’essence.

En Norvège

Le 1er avril, le gouvernement norvégien a supprimé les taxes sur l’essence. Cela n’a pas réussi à empêcher le prix du diésel d’augmenter de 23,6 %. D’où l’échec à calmer le mécontentement populaire.

Hier, un convoi de 70 à 80 camions s’est dirigé vers le parlement. Toutefois, les forces policières les ont empêchés d’atteindre leur destination.

Le carburant d’avion

Les pays du Golfe sont responsables de 40 à 60 % de l’approvisionnement européen en carburant d’avion.

Le dernier cargo transportant ce combustible a déchargé une partie de sa cargaison lundi dernier à Rotterdam et le reste à Copenhagen ce matin même.

Depuis le 28 février 2026, plus aucune goutte de carburant d’avion n’a franchi le détroit d’Ormuz à destination de l’Europe.

Hier, de son siège social mondial (situé à Montréal), le Conseil international des aéroports a prévenu les compagnies aériennes que le carburant d’avion pourrait manquer d’ici trois semaines en Europe si on ne débloquait pas le détroit d’Ormuz d’ici là.

En réalité, même si l’Iran permettait aujourd’hui la réouverture complète du détroit, l’Europe manquerait brièvement de carburant d’avion, compte tenu du temps du transport maritime. De manière urgente, l’Europe devra donc en trouver ailleurs entretemps.

En anticipation d’une crise pétrolière, le prix du carburant d’avion a augmenté de 138 % en Europe et de 163 % en Asie.

Au fur et à mesure que les réserves européennes s’épuiseront, on s’attend à ce que les prix flambent et que d’importantes surcharges soient facturées aux passagers des vols en partance des aéroports européens.

Conclusion

Avant cette semaine, l’augmentation du prix des hydrocarbures en Europe était spéculative puisque ce continent recevait encore normalement les navires qui avaient quitté le détroit d’Ormuz avant sa fermeture.

Depuis quelques jours s’amorcent les véritables pénuries de carburants.

Dans l’histoire de l’Humanité, les pénuries de pain étaient de mauvais augure. De nos jours, on doit également ajouter les pénuries de carburants. Or celles-ci ne font que commencer…

Références :
Blocages et tensions autour du prix des carburants
Fears of UK and EU flight cancellations as airports warn of jet fuel shortages
Fuel-price protests cause chaos in Ireland and spread to Norway
Guerre au Moyen-Orient : les ventes de pétrole des Etats-Unis n’ont jamais été aussi importantes
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
Les conséquences en France de la guerre au Moyen-Orient : le dossier explosif des carburants
Près d’une station service sur cinq en rupture en France, nouvelles aides envisagées

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

Avez-vous aimé ce texte ?

Prière de choisir un nombre d’étoiles.

Moyenne : 0 / 5. Nombre de votes : 0

Soyez la première personne à voter.

We are sorry that this post was not useful for you!

Let us improve this post!

Tell us how we can improve this post?

2 commentaires à L’Europe et la Troisième guerre du Golfe

  1. Jacques Légaré dit :

    Très bonne nouvelle pour les batteries, le nucléaire et les énergies vertes.

    Répit aussi pour la nature suffoquée de carbone.

    C’est fou d’ être involontairement vertueux par une bêtise toute volontaire.

    Au Canada et au Québec, avons-nous réalisé que nous sommes au Paradis quand la planète est en enfer ?

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Au Canada et au Québec, avons-nous réalisé que nous sommes au Paradis quand la planète est en enfer ?

      Tout à fait d’accord.Nous sommes au crépuscule d’un âge d’or…

Répondre à Jacques Légaré Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

>