Voyage à La Havane — Dix-huitième jour

Publié le 16 novembre 2012 | Temps de lecture : 4 minutes

Aujourd’hui, le temps est gris. Une fine pluie tombera de manière intermittente.


 
La journée commence par une visite du Gran Teatro. Pour y avoir assisté à plusieurs spectacles de ballet, j’en connais déjà la salle principale, relativement sobre, qui contraste avec l’extérieur exubérant de l’édifice.

Essentiellement, la visite guidée permet de voir en plus la grande Salle de bal qui, malgré qu’elle soit un peu défraîchie, a conservé beaucoup de son panache.


 
La rumeur courait déjà mais en me rendant à l’hôtel Saratoga pour acheter un billet, c’est officiel : la Manufacture royale de cigares Partagás a cessé ses opérations pour une période indéfinie.


 
Puis je remonte le Prado afin de visiter un de ses rares édifices ouverts au public, soit le Palacio de los Matrimonios (la Palais des mariages), érigé en 1914.

Récemment restauré, le palais a retrouvé une splendeur originellement partagée par un bon nombre d’édifices construits le long du Prado et qui explique le prestige autrefois attaché à cette promenade.


 
À deux rues, dans le quartier du Centro, je visite ensuite le Musée José Lezama Lima, consacré à cet écrivain, et situé là où il demeura pendant 49 ans.

Le musée permet de visiter un appartement typique de l’époque, avec ses murs blancs et son mobilier d’origine en bois foncé. Mais ce lieu a ceci de particulier : on y a conservé la majorité des œuvres d’art que l’auteur collectionna, offrant ainsi une mini-rétrospective de l’art cubain moderne.

J’en profite pour arpenter deux rues commerciales typiques du quartier du Centro, soit la rue piétonne San Rafael et l’avenue Simon-Bolivar (ou avenue de la Reine).


 
Devant l’Iglesia de Sagrado Corazón de Jesus (ou église du Sacré-Coeur), une foule se presse devant un magasin. Se frayant un chemin, des clientes en sortent avec une ou plusieurs douzaines d’oeufs.


 
La plupart du temps, les taxis que j’empruntais pour revenir des quartiers du Centro et du Vedado passaient sur l’avenue Simon-Bolivar et donc, devant l’église du Sacré-Cœur. Or celle-ci n’est jugée digne d’intérêt par aucun des deux guides de voyages que j’ai amenés avec moi.

Par curiosité, j’y suis allé. Quelle surprise; c’est une des deux plus belles églises que j’ai vues jusqu’ici à La Havane.

Couronnant les colonnes, les chapiteaux décrivent des scènes bibliques taillées dans une pierre noire. Et surtout, cette église possède des vitraux remarquables.


 
Doté d’une maîtrise exceptionnelle du clair-obscur, le créateur des vitraux utilise la couleur pour disposer les personnages sur différents plans : les sujets principaux, toujours au premier plan, sont dotés d’une riche palette de couleurs saturées, alors que les personnages secondaires se perdent derrière eux dans la grisaille.


 
Puis je saute dans un taxi pour me rendre à l’université.
Dans la partie centrale du campus, les pavillons de style néo-classique sont assez près les uns des autres, regroupés autour d’un îlot de verdure. Je ne suis pas certain que ce soit tout à fait une attraction touristique.


 
Au début du quartier de Vedado se trouve le Museo Napoleónico, installé dans une magnifique villa de style florentin construite en 1928. On y présente la collection extraordinaire amassée par Julio Lobo, un magnat du sucre et un fervent admirateur de l’empereur.

Parmi des meubles français et italiens de style empire, on trouve, entre autres, une montre de poche ayant appartenue à Napoléon, une de ses dents, une mèche de cheveux, et l’original de son masque mortuaire.

Dans le cas du masque, le dernier médecin de l’empereur, le Corse Francesco Antommarchi, a pris sa retraite dans la capitale cubaine, emportant dans ses bagages son précieux trésor (qui fut acquis par Lobo quelques années plus tard).

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8
1re photo : 1/640 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 35 mm
2e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 23 mm
3e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1600 — 12 mm
4e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 5000 — 12 mm
5e  photo : 1/320 sec. — F/5.6 — ISO 200 — 25 mm
6e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 2500 — 22 mm
7e  photo : 1/160 sec. — F/4,5 — ISO 200 — 23 mm
8e  photo : 1/200 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 20 mm
9e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1250 — 12 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Seizième et dix-septième jours

Publié le 15 novembre 2012 | Temps de lecture : 6 minutes

Depuis mon arrivée à La Havane, il a plu une nuit. Aujourd’hui il pleuvra cet avant-midi alors que le reste de la journée sera partiellement nuageux. Au programme : les deux forts construits à l’Est de la Vieille ville, de l’autre côté de la baie.

Fondée en 1519, La Havane devint le port le plus important d’Amérique dans les décennies qui suivirent.

À l’origine, c’était simplement une base logistique pour la conquête du continent. Mais à partir du moment où les Espagnols pillaient les richesses du Nouveau monde pour les ramener en Espagne, La Havane prit une importance stratégique.

En effet, sur le chemin du retour, les convois en provenance du Mexique et du Pérou passaient par le golfe de Floride et s’arrêtaient dans cette ville à chaque printemps pour y faire provision avant d’entamer leur traversée de l’Atlantique.

Cela attira la convoitise des pirates. En 1555, la ville fut pillée par le corsaire français Jacques de Sores.

Conséquemment, en 1577, on édifia le Castillo de la Real Fuerza (le Château de la force royale). En 1586, ce fort fut suffisant pour protéger la ville des attaques de l’Anglais Francis Drake.

Mais on pouvait bombarder la ville de la rive opposée. Consciente du danger, l’Espagne prit alors les grands moyens. De 1589 à 1630, la couronne espagnole ajouta deux forts supplémentaires, un de chaque côté de l’entrée de la baie de La Havane.

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Du côté de la ville, c’était le Castillo de San Salvador de la Punta (ou Château Saint-Sauveur de la pointe, fermé au public) et de l’autre côté de la rive, le Castillo de los Tres Reyes del Morro (ce qui signifie le Château des trois rois du promontoire). C’est ce dernier qu’on aperçoit en fin de journée, vu du Malecón.


 
Il ne semble pas que le Castillo de los Tres Reyes del Morro possède une entrée principale accessible par un pont-levis. L’accès se fait par une petite porte qu’on peut voir dans le coin inférieur gauche de la photo ci-dessus. À droite, ce sont les étals des marchands d’artisanat et de souvenirs.


 
Je présume donc que les canons ont été hissés dans le fort par un système de poulies.


 
De nos jours, ces canons sont recouverts d’une gaine métallique peinte en noir qui masque la rouille sous-jacente. Cette rouille a fait gonfler le métal et rendu les canons inopérants.


 
À l’origine, les canons pointaient dans toutes les directions afin de protéger la ville d’attaques de toutes parts.

Puisqu’il n’y avait pas de système d’égouts, des cabinets d’aisance sont aménagés sur les remparts, de manière à ce que les déjections tombent à l’extérieur du fort.

On prenait vite l’habitude de faire ses besoins assis puisque le vent du large a tendance à remonter par l’ouverture de ces cabinets et à asperger le visage du soldat qui urinerait debout (ce qui m’est arrivé).

Le tarif de l’admission au château est le même pour les touristes (en pesos convertibles) que pour les Cubains (en monnaie nationale). Puisque celle-ci vaut 24 fois moins, les Cubains paient donc le 24e.

Dans différentes salles du château, on a aménagé des expositions thématiques : sur l’électrification du phare (ajouté en 1845), sur les expéditions de Christophe Colomb (qui a découvert Cuba en explorant le sud de l’île seulement), sur la conquête anglaise de La Havane en 1762, etc.

En 1761, l’Espagne signait un traité d’alliance avec la France (en guerre avec la Grande-Bretagne depuis 1756). Lorsque l’Espagne entra en conflit armé avec l’Angleterre, l’émissaire qui devait annoncer la nouvelle aux autorités de La Havane fut capturé par les Anglais, si bien que la ville fut totalement prise de surprise le 6 juin 1762, vers 10h du matin, lorsqu’apparut à l’horizon une flotte de plus de 200 vaisseaux anglais équipés de 2292 canons et peuplés de 25 000 soldats. À ce jour, c’était la plus grande flotte de guerre à traverser l’océan Atlantique.

Pour y faire face, La Havane disposait de dix navires, de 1 200 canons et d’une garnison de 10 000 hommes.

L’investissement massif mis en œuvre pour capturer La Havane — qu’on peut comparer avec les ressources beaucoup moindres dont disposait le général Wolfe pour conquérir la ville de Québec — illustre l’importance stratégique de la capitale cubaine à l’époque.

L’année suivante, un traité de paix signé entre l’Espagne et l’Angleterre redonnait Cuba aux Espagnols en échange de la Floride (colonie espagnole jusque-là).

Parmi les moyens de renforcer les défenses de La Havane, les Espagnols décidèrent de protéger la ville d’un mur de 1,4 mètre d’épaisseur, de dix mètres de haut et de 4,8 km de long.


 
De plus, dès la fin de l’occupation anglaise et ce, jusqu’en 1774, on construisit une deuxième forteresse du côté opposé de le baie, soit la Fortaleza de San Carlo de la Cabaña. Celle-ci est construite sur le promontoire de Cabaña, duquel les Anglais avaient bombardé le Castillo de los Tres Reyes del Morro et la ville.


 
Cette forteresse est immense, mesurant 0,7 km par 2,3 km. À chaque soir à 21h, des fantassins costumés aux couleurs de l’Espagne tirent un coup de canon. Originellement, cette coutume visait à annoncer la fermeture des portes de la ville.

Pendant la période coloniale, la forteresse servit de baraquement pour quelques milliers de soldats. Ce fut une prison et un lieu de torture avant la révolution et finalement, le quartier-général de Che Guevara.


 
De nos jours, on y trouve deux restaurants (complètement déserts au moment de ma visite), un exposition d’armes et armures, une chapelle, quelques missiles russes, un minuscule musée de la torture, et un musée dédié à Che Guevara (photo de son bureau ci-dessus).

Après avoir marché tout cela, le lendemain (17e jour du voyage) fut une journée complète de repos, occupée à dormir et à rédiger le présent texte tout en mangeant de la crème glacée.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150 mm R (première photo) et objectif Lumix 12-35 mm F/2,8 (les autres photos)
1re photo : 1/640 sec. — F/9,0 — ISO 200 — 96 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 14 mm
3e  photo : 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 26 mm
4e  photo : 1/250 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 12 mm
5e  photo : 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 29 mm
6e  photo : 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 24 mm
7e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 16 mm
8e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 17 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Quinzième jour

Publié le 13 novembre 2012 | Temps de lecture : 5 minutes

Au cours de mes préparatifs en vue de ce voyage pour La Havane, j’avais voulu voir un film cubain qui avait connu un grand succès international dans les années 1970, soit « Fraises et chocolat ». Or ce film n’a jamais été réédité en DVD ou s’il l’a été, est épuisé et est devenu introuvable sur l’internet.


 
Ce matin je suis allé dans deux magasins afin de voir s’il serait disponible dans la capitale cubaine. L’un de ces deux magasins est « La Moderna Poesia », situé dans un imposant édifice Art déco de la rue Obispo.

Les vitrines du magasin annoncent qu’on y vend livres, CD et DVD. En réalité, l’intérieur, assez vaste, est presque vide. Parmi la marchandise disponible, il n’y a pas ce film.

J’en profite pour acheter plutôt le CD « Vincentico Valdés y su Orquesta » dans la série « Les voix du siècle » à 3 pesos (le prix fixe pour les enregistrements cubains), et le CD du « Stabat Mater » de Pergolèse, dirigé par Vincent Dumestre à 2,15 pesos (le prix fixe pour les œuvres classiques enregistrés par des groupes étrangers).


 
Je prends le repas du midi au restaurant El Floridita. C’était l’endroit préféré de l’écrivain américain Esnest Hemingway lors de ses séjours dans la capitale cubaine.

Si vous cliquez sur la photo ci-dessus afin de voir la version à haute résolution, le monsieur qui semble parler à la dame en rose au centre de l’image, c’est une statue de bronze de l’écrivain.

Puis je prends le taxi pour me rendre au Jardin botanique national, situé à quelques dizaines de km de la capitale. La course en taxi monte à 20 pesos convertibles. Le chauffeur m’offre de revenir me chercher à la fermeture, à 16h30.

Le guide de voyage de l’éditeur Ulysse consacré à La Havane mentionne que ce jardin botanique est ouvert tous les jours. Toutefois, à notre arrivée, mauvaise nouvelle : il n’est ouvert que du mercredi au dimanche (nous sommes un lundi). En somme, c’est fermé.

Mais on m’offre de me permettre de visiter le Jardin botanique quand même, accompagné pendant deux heures d’une guide parlant anglais, sans frais supplémentaire autre que le coût de l’admission, soit 4 pesos. Et plutôt que de retourner à La Havane et de revenir à 16h30, le chauffeur m’attendra.

À noter : lorsque vous dites aux Cubains « Je me sens traité comme un roi », ils ne réagissent pas. Mais si vous leur dites « Je me sens traité comme Fidel Castro », ils partent à rire.

Mais revenons au jardin botanique. Créé à l’initiative justement de Fidel Castro, il accueille une grande variété de plantes tropicales et subtropicales de différents continents.


 
La visite débute par les serres. Celles-ci sont de forme triangulaire et ne sont pas fermées. Si elles l’étaient, au gros soleil, la température intérieure serait étouffante.

Elles font partie de ce mouvement architectural révolutionnaire cubain qui consistait à repenser l’architecture moderne, parfois totalement inadapté au climat tropical ou subtropical.


 
Ce jardin botanique couvre 6 km², dont une bonne partie est occupée par deux forêts : de pins et de palmiers. Dans cette dernière, entre autres, on trouve une variété de palmier royal natif de Cuba, d’apparence identique à l’espèce floridienne, mais beaucoup plus résistante.

Le jardin héberge un exemplaire de la faune originelle de Cuba, avant sa transformation sous l’effet de l’agriculture coloniale. Tout comme celui de Vienne, le Jardin botanique national est dirigé par des chercheurs universitaires.

Il y a très peu de fleurs (et conséquemment peu de papillons). Celles qui y poussent suffisent à nourrir une petite colonie d’oiseaux-mouches.

À l’heure convenue, mon taxi m’attend. Nous partons alors pour un lieu entièrement minéral, soit la Place de la Révolution.


 
Celle-ci est dominée par le Monument à José Martí (1853-1895), écrivain et poète national dont les écrits ont nourri la Révolution cubaine. La tour de 140 mètres sert également de relai pour les communications et de perchoir à de grands oiseaux.


 
La place est entourée de différents édifices publics : au Nord par les bureaux du redoutable ministère de l’Intérieur (ci-dessus), à l’Ouest par le Théâtre national (fermé pour rénovation), et à l’Est par deux immeubles : celui du ministère de la Défense et celui de la Bibliothèque nationale (dont le vestibule contient une petite exposition de livres anciens et où se trouve également l’original de l’attestation médicale du décès de Napoléon Bonaparte).

Détails techniques : Lumix GH1 (transformé pour prendre des photos infrarouges), objectif Lumix 14-45 mm (3e et 4e photos), Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35 mm F/2,8 (les autres photos)
1re photo : 1/400 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 12 mm
2e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 3200 — 12 mm
3e  photo : 1/40 sec. — F/5,2 — ISO 100 — 29 mm
4e  photo : 1/250 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 29 mm
5e  photo : 1/500 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 27 mm
6e  photo : 1/640 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 31 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Quatorzième jour

Publié le 12 novembre 2012 | Temps de lecture : 6 minutes

À cause de la lenteur de la connexion internet à Cuba, je lis tous vos messages mais je ne peux pas me permettre de prendre de longues minutes à essayer de rédiger une réponse intelligente à vos commentaires (que j’apprécie).


 
Une question qui s’est posée récemment est relative au taux de change entre l’euro et le peso convertible. Puisque cette dernière monnaie n’a aucune valeur hors de pays, je soupçonne qu’il est très difficile sur l’internet de savoir sa valeur relative.

Ce matin, je me suis rendu sur la rue Obispo à un des plus recommandables bureaux de change de la ville. Sur un tableau électronique, on pouvait lire que l’euro valait 1,2304 peso convertible.

À la caissière qui m’est attribuée par le gardien, je tends 750 euros. Quelques instants plus tard, elle me tend un bout de papier sur lequel elle a écrit le nombre « 700 ». Puisque cela ne correspond pas au nombre d’euros que je lui ai donnés, je me dis : « Je ne vais quand même pas accepter de recevoir 700 pesos en échange de 750 euros. »

Sans élever le ton, je lui lance quatre « no » en rafale et lui fait signe de me redonner mon argent.

Je sors et me remets dans la courte file d’attente. Mon tour arrivé, je précise au gardien que je veux une caissière qui parle anglais. À celle-ci je tends mes 750 euros. Elle calcule que je recevrai 922,85 pesos, ce que j’accepte.

À un jet de pierre, toujours sur Obispo, je visite le Musée numismatique.


 
Dans des présentoirs vitrés pyramidaux, ce musée présente des pièces de monnaie, des médailles et quelques billets de banque. Le rez-de-chaussée est réservé à la monnaie cubaine et accessoirement, celle des États-Unis.

À l’étage, ce sont des pièces de monnaie de l’antiquité et, si ma mémoire est bonne, de quelques autres pays. Les collections du musée comprendraient 160 000 pièces mais seulement quelques centaines sont exposées.

Celles de la Grèce antique sont dans un état exceptionnel de conservation. Elles proviennent de la collection du Comte de Lagunella (dont la collection des terres-cuites antiques au Musée des Beaux-Arts est également remarquable).

Dès la publication de mon récit de voyage d’hier, je prends un taxi pour l’église Notre-Seigneur-du-Carmel, située dans le quartier du Centro.


 
Il s’agit d’une église érigée en 1925 dont les colonnes et le bas des murs sont ornés de tuiles de céramique assez intéressantes mais dont les plafonds sont peints de fresques (en voie de restauration) qui ne m’ont rien dit.

Au fond du bas-côté gauche, l’autel dédié à l’Enfant Jésus, entièrement doré, est spectaculairement beau.


 
Je me rends ensuite au Collejón de Hamel où, sur cette ruelle colorée, des artistes présentent leurs œuvres. Pour illustrer que la nécessité est la mère de l’invention, un de ces artistes est le Dr Hugo A. Gonzáles-Fernández, psychiatre, sexologue et artiste graphique.

On y présente quotidiennement un spectacle gratuit de danse et de rythmes africains.


 
À l’Hôtel Nacional, perché sur un roc qui surplombe le détroit de Floride, je prends le repas du midi, soit une pizza Quatre-saisons (garnie de jambon, d’olives, de crevettes et de champignons). Avec un verre de vin : 11,50 pesos convertibles.

À un comptoir situé près de la réception, j’achète pour 30 pesos un billet pour le spectacle qui se donnera ce soir au Café parisien.


 
À quelques rues, je me rends à l’hôtel Habana libre. Avant la révolution, c’était le Hilton. Sur l’internet, les touristes qui y ont séjourné, disent le plus grand mal de la propreté de ses chambres. D’après ce que j’ai vu au rez-de-chaussée, les aires communes ont encore beaucoup de classe et n’ont pas vieillies.


 
Je traverse la rue pour aller au parc Coppelia, où se trouve le bar laitier (ou un glacier) du même nom. De partout à La Havane, on vient y savourer ses glaces. Certains jours, une seule saveur est au menu. Aujourd’hui, jour d’abondance, on a le choix entre trois variétés.

Dans la file d’attente, quelqu’un veut m’échanger quelques pesos convertibles pour de la monnaie nationale. Méfiant, je refuse. Il fait venir un gardien qui m’explique, en anglais, que cette file est pour les Cubains. Les touristes doivent plutôt se rendre à deux pas, où leurs pesos convertibles seront acceptés (et où il n’y a aucune attente). Deux boules de crême glacée au chocolat me coûteront 1,85 ou 2,85 pesos (je ne me rappelle plus).

Le trottoir des environs est en terrazzo. À certains endroits, on y a inséré des carrés d’environ 60 cm de côté où sont représentés des œuvres modernes polychromes où chaque couleur est limité par une mince tige de métal doré, comme s’il s’agissait de cloisonné.


 
Après une sieste à la maison, je retourne à l’Hôtel Nacional pour le spectacle dont je me suis procuré un billet plus tôt aujourd’hui.

Intitulé « Cubano, Cubano », ce spectacle commence à 22h. Il se veut la version latine des grands spectacles du Lido à Paris.

Moins de plumes, moins de nudité, mais une orgie de couleurs décorant des coiffes et des vêtements satinés.

La chorégraphie n’a pas de temps mort; on passe d’un tableau à un autre sans interruption pendant toute l’heure que dure ce spectacle. On y présente l’histoire de Cuba, de la période précoloniale aux années 1950. Étonnamment, aucun tableau ne montre la période révolutionnaire.

Ce spectacle divertissant, au son de musique latino-américaine, vaut largement son prix. Mais il faut être à Cuba pour en jouir. Désolé…

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8
1re photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 400 — 12 mm
2e  photo : 1/100 sec. — F/3,5 — ISO 200 — 19 mm
3e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 2500 — 19 mm
4e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm
5e  photo : 1/640 sec. — F/9,0 — ISO 200 — 22 mm
6e  photo : 1/500 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 12 mm
7e  photo : 1/250 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 14 mm
8e  photo : 1/80 sec. — F/3,2 — ISO 200 — 12 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Treizième jour

Publié le 11 novembre 2012 | Temps de lecture : 4 minutes


 
Avec la rédaction et la publication de deux récits de voyage (le 11e et le 12e jour), j’ai comblé mon retard mais ma visite d’aujourd’hui ne commence qu’au repas du midi au restaurant Piña de Plata (en français, l’Ananas d’argent).

J’y prends un spaghetti aux crevettes et un verre de vin pour six pesos convertibles (6$ ou environ 4 euros).

Le restaurant est décoré d’une grande toile représentant l’écrivain américain Ernest Hemingway à l’œuvre. Durant ses séjours à La Havane, celui-ci venait quotidiennement au bar El Floridita, adjacent, à l’époque où cet établissement portait le nom de Piña de Plata.


 
À 200 mètres du restaurant, je me rends à l’Hôtel d’Angleterre qui, au moment de son inauguration en 1875, était l’hôtel le plus luxueux de la ville.


 
Sur le toit de cet hôtel, on a une vue superbe du Parc central et des immeubles à son pourtour. Parmi ceux-ci, le Palacio del Centro Asturiano (ci-dessus), construit en 1927. Il loge le pavillon du Musée des Beaux-Arts consacré à l’art international (vu le 11e jour de ma visite).


 
Quelques-unes des plus belles voitures de La Havane sont stationnées devant le Capitolio. Leurs propriétaires invitent les passants à y prendre place ou à les photographier.

Toutefois, une fois vos photos prises, ils vous informeront que ce privilège n’était pas gratuit. Étant prévenu du stratagème, j’ai demandé au préalable « ¿ Cuánto ? » (c’est-à-dire  » Combien ? »). Ce devait être deux pesos pour une seule photo. J’ai marchandé à un peso pour le droit d’en prendre autant que je voulais.

Sur la photo ci-dessus, au centre du pare-brise, on voit le Gran Teatro et, dans le rétroviseur, un aperçu du Capitolio.


 
À l’ouest du Capitole se trouve le Barro Chino (le « quartier » chinois). Avec le départ massif des Chinois de La Havane au début de la révolution, il ne reste presque rien de ce quartier, sauf quelques restaurants dont certains sont regroupés sur la rue Tien Tan (ci-dessus).



 
La Havane s’est développée d’Est en Ouest. Après la Vieille ville, le Prado, le quartier suivant est le Centro, un quartier populaire grouillant d’activité mais où sont situés peu d’attractions touristiques.

C’est dans ce quartier que se trouve le gymnase de boxe dont j’ai parlé précédemment. Ci-dessus, voici deux photos stylisées qui donnent un aperçu du quartier.


 
Puis je prends un taxi pour traverser le quartier de Vedado et atteindre finalement celui de Miramar où se trouve l’Acuarío Nacíonal (l’Aquarium national).

Ses installations vieillottes hébergent une variété limitée de poissons et d’animaux marins.

Mais ses spectacles, dans deux bassins différents — qui mettent en vedette des phoques, puis des dauphins — valent amplement le déplacement. Comme on peut s’attendre d’un pays communiste, animaux dressés (et athlètes) font preuve d’une discipline impeccable.

Je prends le repas du soir de nouveau au Piña de Plata. Une pizza au thon et une bière (sans pourboire) me coûte 6,25 pesos convertibles.

La croute de la pizza est croustillante et friable comme de pain sec rôti, ce qui est très agréable.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8
1re photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 2500 — 24 mm
2e  photo : 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 17 mm
3e  photo : 1/400 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 21 mm
4e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm
5e  photo : 1/250 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 25 mm
6e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 35 mm
7e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 2000 — 24 mm
8e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 2000 — 12 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Douzième jour

Publié le 10 novembre 2012 | Temps de lecture : 3 minutes

Aujourd’hui, c’est ensoleillé avec passages nuageux. Depuis la pluie dans la nuit d’hier, les températures sont très agréables.

Au programme, une seule visite : l’immense cimetière Christophe-Colomb, dans le quartier de Vedado. Aménagé en 1876, on y trouve 800 000 sépultures.


 
Contrairement au Québec — où on creuse la terre pour y placer les tombes — ce cimetière est entièrement minéral. Extérieurement, presque tout est en marbre.

Pour ajouter le corps d’un autre membre de la famille, on soulève une plaque de marbre d’environ 10 cm d’épaisseur par les quatre anneaux qui y sont presque toujours fixés.

Évidemment, le marbre étant un matériau fragile, il est fréquent qu’il se brise au cours de sa manipulation.

Et comme cette plaque n’est pas toujours replacée exactement comme elle devrait l’être, ma toute première impression a été que la majorité des tombes avaient été profanées (quoique, dans certains cas, je ne peux pas exclure cette hypothèse).


 
Les tombes sont ordonnées selon un damier qui facilite à la fois la circulation et la recherche d’une tombe en particulier. Le long de l’allée centrale sont alignées des monuments impressionnants, comme celui (ci-dessus) en hommage aux 28 pompiers décédés lors du grand incendie de mai 1890.


 
Presqu’en face, il s’agit d’une tombe Art déco qui, si ma mémoire est bonne, aurait été conçue par le bijoutier et verrier français René Lalique.


 
On y trouve des sépultures collectives, comme ce Panthéon aux Forces navales révolutionnaires.


 
Se voisinent sans discrimination, révolutionnaires et colonels anti-communistes, écrivains idéalistes et entrepreneurs véreux, personnages illustres et simples citoyens, Chrétiens et Juifs, Blancs et Noirs, reposent ici en paix.


 
Pour terminer la journée sur une atmosphère différente, je me rends en soirée au restaurant et bar « La Bodeguita del Medio » (un nom dont je n’ai pas trouvé de traduction) à deux pas de la Cathédrale St-Christophe.

À La Havane, il y a beaucoup de bars animés en soirée. Mais celui-ci est la place où aller pour apprécier l’exubérance et la chaleur du peuple cubain (en dépit du fait que sa clientèle est majoritairement touristique).

Les murs du bar (et surtout du restaurant, à l’arrière) sont couverts des signatures et des très brefs messages écrits par les personnages célèbres (ou moins connus) qui se sont succédés dans ce lieu mythique.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8
1re photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 14 mm
3e  photo : 1/125 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 23 mm
4e  photo : 1/400 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 18 mm
5e  photo : 1/400 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 19 mm
6e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 27 mm
7e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 2000 — 20 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Onzième jour

Publié le 10 novembre 2012 | Temps de lecture : 4 minutes

Aujourd’hui, je me rends d’abord au comptoir d’un artiste qui se trouve un jour sur deux dans une petite foire d’artisanat qui se tient quotidiennement sur la rue Obispo, en face du Parc des ruines.

Comme convenu la semaine dernière, je lui achète l’eau-forte ci-contre, que je m’empresse d’apporter à la maison.

Puis je prends le repas du midi dans le restaurant Colon, situé sur la rue San Rafael qui longe le Gran Teatro de La Habana.

La soupe au poulet est faite à partir d’un concentré de bœuf auquel on a ajouté de nombreux petits morceaux de peaux de poulet et de la salade déchiquetée. Le spaghetti, cuit al dente, est nappé de ketchup qui fait office de sauce aux tomates. Le repas est accompagné d’un verre de vin rouge sucré. Dans la toilette des hommes, les deux éviers pour se laver les mains ne sont pas reliés à l’eau courante. Avec le pourboire, l’addition monte à 13,75 pesos convertibles (13,75$ ou environ 8 euros).


 
Je me rends ensuite au Capitolio, inspiré du Capitole américain et inauguré en 1929. Avant la révolution, il fut le siège de l’État cubain. Il est maintenant fermé pour rénovation.


 
À l’extrémité sud du Prado (la rue qui passe devant le Capitolio), on peut admirer la Fontaine de l’Indienne (au sens moderne de l’Autochtone), d’un blanc éclatant et qu’on peut entrevoir en gris pâle vers le centre, sur la photo ci-dessous.


 
Je me rends ensuite au pavillon du Musée des Beaux-Arts consacré à l’Art international. Ce pavillon est un édifice majestueux qui fait face au côté sud-est du Parc central.

On y trouve la plus importante collection d’objets en terre cuite (peintes en noir à la grecque) d’Amérique latine, don des Comtes de la Lagunella.

Les trésors du musée reflètent les goûts des collectionneurs espagnols (ou Cubains d’origine ibérique) de Cuba. Conséquemment, l’Art espagnol y occupe une place de choix, avec une quantité de Velázquez à faire rougir d’envie bien des musées à travers le Monde.

L’Art des Pays-Bas et de Flandres (longtemps possessions espagnoles) est également bien représenté.

L’Art allemand est surtout présent par des toiles de l’époque Biedermeier. Quant au reste, rien n’a attiré mon attention sauf une exposition temporaire remarquable de peinture chinoise.

Cette exposition ne comprend que treize toiles, mais d’une exceptionnelle qualité. Je ne me rappelle pas d’avoir vu au Musée de Shanghai (pourtant un des plus importants de Chine) des œuvres qui m’aient autant séduit.

Mentionnons qu’il n’y a pas de caméras de surveillance au Musée des Beaux-Arts. Toutefois, au moment de la visite, il y avait probablement dix fois plus de gardiens que de visiteurs.


 
Puis je parcoure le Prado, les Champs-Élysées de La Havane. Il s’agissait de la promenade la plus luxueuse de la capitale cubaine au début du XXe siècle. On y avait aligné toute ne collection d’immeubles de prestige qui, après des années de négligence (sinon d’abandon), montrent des signes évidents de détérioration.


 
Une des rares exceptions est l’Hôtel Parc Central (photo ci-dessus), dont je vous ai parlé précédemment.

Pour terminer la journée, je me rends sur la rue Obispo afin de visiter deux petits musées que je n’ai pas encore vus.

D’abord le Musée de l’orfèvrerie. Dans des présentoirs vitrés, on expose des épées, montres et objets d’usage domestique en argent (surtout) ou en or.

Puis finalement le Musée de la peinture murale, est d’intérêt plutôt limité. Essentiellement, on peut y voir la première fresque représentant une vue de La Havane.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8
1re photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 24 mm
2e  photo : 1/500 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 13 mm
3e  photo : 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 35 mm
4e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1600 — 12 mm
5e  photo : 1/125 sec. — F/3,5 — ISO 200 — 19 mm
6e  photo : 1/400 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 12 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Dixième jour

Publié le 9 novembre 2012 | Temps de lecture : 7 minutes

Aujourd’hui, au lever, deux surprises. Premièrement, il a plu. C’est la première averse depuis mon arrivée à Cuba. Le ciel est gris ce matin mais deviendra ensoleillé cet après-midi.

Deuxièmement, pas de réveil au chant du coq. Je dois avouer que la veille, j’avais demandé à mes hôtes d’acheter le coq du voisin qui me réveillait jusqu’ici très tôt le matin. Évidemment le prix offert comprenait l’engagement de ne pas en racheter un autre d’ici mon départ.

À la blague, j’avais précisé que j’aimerais qu’on en fasse une soupe qui mijoterait très, très longtemps afin d’être absolument certain qu’il est bien mort.

Mais hier après-midi, on m’informait que le voisin avait refusé catégoriquement de vendre son coq, peu importe le prix, insulté par mon offre.

Mais mes hôtes avaient aperçu ce voisin quitter son logis avec une grosse boite sous le bras. Et ce matin, silence. On présume qu’il l’a envoyé en pension ou l’a échangé pour une poule.

Aujourd’hui j’entame ma visite de La Havane hors la Vieille ville. Au cours des deux prochains jours je parcourrai trois rues parallèles situées soit sur la frontière de ce quartier (la rue Monserrate) ou immédiatement à l’ouest de celui-ci, dont le Prado (les Champs Élysées de La Havane au début du XXe siècle).


 
En empruntant un passage voûté sur la rue Monserrate, derrière une grille, j’aperçois une enseigne sur laquelle est écrit : « Kid Chocolate ». C’est le surnom d’un jeune boxeur Cubain noir qui, après avoir conquis le championnat international dans sa catégorie, est devenu un héros national.

J’ai donc l’idée de tenter d’obtenir des billets pour un combat de boxe à cet endroit, histoire de me changer des ballerines en tutu. Après bien des palabres, je finis par tomber sur quelqu’un qui m’invite à revenir pour un combat à 17h30.

Entretemps, je poursuis ma visite vers le nord. J’arrive au pavillon du Musée des Beaux-Arts consacré à l’art cubain.


 
Dans un pays qui manque de tout, on comprendra que la restauration des œuvres anciennes ne soit pas une priorité. Conséquemment, toutes les toiles antérieures à environ 1850 sont noircies par la suie des bougies (dans le cas des œuvres religieuses) ou des lampes à l’huile ou des cigares (dans le cas des portraits), ou par le vieillissement des vernis utilisés.

Quant aux œuvres profanes, tous les courants de l’art occidental y sont représentés mais semblent avoir atteint les rives cubaines avec quelques années de retard.

Évidemment, on y trouve aussi des sculptures et des installations modernes.

Là où les artistes cubains semblent s’exprimer avec le plus de vigueur, c’est lorsqu’ils sont stimulés par les idées révolutionnaires et les remises en question qui l’accompagnent.


 
Et puisqu’il en est question, deux rues plus loin se trouve le Musée de la révolution. On y explique dans les menus détails, comment s’est fait le combat qui a conduit Fidel Castro à prendre le pouvoir.


 
Entre le Musée des Beaux-Arts et le Musée de la révolution, un parc présente des jeeps — troués de balles — utilisés par Castro, des avions utilisés par les forces gouvernementales contre les révolutionnaires et surtout, dans un édifice vitré qui lui sert d’écrin, le yacht Granma qui transporta Fidel et ses 81 compagnons (dont Che Guevara) du Mexique à Cuba. On accède à ce parc par le biais du Musée de la révolution.

Tous ces objets sont sous la haute surveillance de gardes armés. En effet, plus que des artéfacts, ces objets sont des reliques aux yeux des Cubains.


 
En tournant à droite au bout de la rue Montserrate, on accède à la rue Chacon. C’est sur cette rue que fut construit en 1774 l’austère Séminaire St-Charles et St-Ambroise. Il suffit pourtant de franchir sa lourde porte de bois pour accéder à un des plus charmants patios de la ville. J’ai vraiment hâte de vous montrer les photos infrarouges prises dans ce petit jardin merveilleux déserté par les touristes.


 
J’ai pris le repas du midi au restaurant La Geraldilla, situé au deuxième étage d’un édifice. Ce restaurant tire son nom de celui d’une girouette placée au sommet de la tour de l’espérance du Castillo de la Real Fuerza (le Château de force royale) situé juste en face du restaurant.

Comment ai-je déniché cet endroit ? Par hasard, en acceptant l’invitation à le suivre d’un employé devant l’entrée. J’ai demandé : « Servez-vous des pâtes ? ». Il m’a répondu oui. Ce n’était pas au menu mais on en a fait cuire spécialement pour moi.

À deux rues, plus précisément sur l’impasse Collejon del Chorro, j’entre dans l’Atelier graphique, un lieu d’apprentissage et d’expérimentation pour les graphistes cubains depuis plusieurs décennies. On y voit des presses, des gravures, des eaux-fortes et des sérigraphies (dont certaines en train de sécher), des affiches, etc.

Mais je dois être à 17h30 à l’arène « Kid Chocolate ».

Sur le chemin du retour, je monte sur le toit de l’édifice Art déco Bacardi (sur la rue Monserrate) pour y prendre quelques vues panoramiques. Au moment de sa construction en 1930, c’était l’édifice le plus haut du pays.

À 17h30 pile, je suis au rendez-vous. Mais il n’y a personne. En revenant sur mes pas, on m’appelle. Je me retourne. Le gars de ce matin, accompagné d’une dizaine de jeunes est là.

Il me demande 20 pesos pour assister au spectacle de boxe. Je lui en offre dix. Il baisse son prix à quinze. Je reste ferme à dix. Il finit par accepter et m’invite à le suive non pas dans l’aréna mais quelque part, à plusieurs rues de là. Je crains l’arnaque ou le guette-apens.

Au-delà de cette crainte, je ne veux pas non plus que ces jeunes se tapent dessus sauvagement, quelque part, n’importe où, pour le plaisir sadique d’un touriste. À plusieurs reprises, je lui demande si nous allons vraiment dans une arène de boxe. À chaque fois, il me réitère que oui.

Effectivement, nous arrivons sur la rue St-Martin dans un gymnase de boxe à ciel ouvert, limité sur trois côtés par de grands immeubles locatifs.


 
Je reconnais l’endroit, illustré dans un de mes guides de voyage.

Ce soir-là, parmi des dizaines de jeunes boxeurs amateurs, je serai le seul touriste à assister (et à filmer) plusieurs combats en bonne et due forme (ring surélevé, gants de boxe, arbitre, entraineurs, cloche qui annonce la fin d’un combat, etc.).

J’assiste aux combats de trois des poulains de cet entraineur.

Et la pratique terminée, il me raccompagne au Parc central, plus éclairé, d’où je rentre calmement à la maison.

C’était le premier combat de boxe auquel j’ai assisté de toute ma vie.

Quel voyage !

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8
1re photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 320 — 12 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm
3e  photo : 1/500 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 12 mm
4e  photo : 1/250 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 21 mm
5e  photo : 1/400 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 12 mm
6e  photo : 1/250 sec. — F/11,0 — ISO 200 — 23 mm
7e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 800 — 12 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Neuvième jour

Publié le 8 novembre 2012 | Temps de lecture : 3 minutes

Lever à 6H45, au chant du coq.

Aujourd’hui je fais la dernière rue Est-Ouest de la Vieille ville que je n’ai pas encore vue : la rue O’Reilly.


 
C’est sur cette rue que se trouve le Musée Victor-Hugo. Au rez-de-chaussée, dans des présentoirs vitrés, on peut voir des lettres et des journaux d’époque où des écrits de l’auteur ont été publiés. À l’étage, on trouve des assiettes décoratives sur lesquels sont reproduits des toiles de peintres impressionnistes français. Bref, ce musée constitue une attraction touristique mineure de La Havane.


 
Plus loin, on croise une ancienne succursale de la Banque de Nouvelle-Écosse (une banque canadienne toujours en opération) dont la façade affiche un luxe ostentatoire.

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Tout près de la Place d’Armes, immédiatement à l’ouest du Musée municipal (vu le 7e jour de ma visite), se trouve l’ancien couvent de St-Dominique et St-Jean-de-Latran. Il renferme un petit musée où sont exposés les objets religieux ayant appartenus au couvent.


 
Arrivé à la Place d’Armes, je me rends compte qu’El Templete (le Petit temple) est ouvert. Il est à noter que la maison jaune, à l’arrière sur la photo ci-dessus, n’en fait pas partie.

Inauguré en 1828, ce minuscule temple est le premier édifice néoclassique de La Havane.

À l’intérieur trois grandes toiles monumentales décorent la totalité de la surface de trois ses murs. Œuvres du peintre français Jean-Baptiste Vermay (1876-1833) ­— décédé à La Havane et inhumé avec son épouse dans ce temple — ces toiles commémorent trois événements importants; la première messe donnée à La Havane (le jour de la fondation de la ville), la constitution du premier Conseil municipal et, sur le mur du fond, la cérémonie inaugurale de ce temple. Récemment restaurées, ces toiles sont très réussies.


 
Je me rends ensuite au Jardin dédié à Mère Thérèsa de Calcuta, adjacent à l’église St-François-d’Assise. On y trouve quelques sculptures de bronze ou en terre cuite et, au fond, l’église orthodoxe St-Nicolas-de-Mira, consacrée en 2004 par sa Sainteté le Patriarche Bartholomée.

En soirée j’assiste au dernier gala du Festival international de ballet de La Havane Ce festival se tient à tous les deux ans.

La soirée célèbre le centième anniversaire de naissance du danseur russe d’origine ukrainienne Igor Youkevitch. La soirée commence par un montage d’extraits de films qui montrent la technique ahurissante de cet athlète.

Parmi les neuf ballets présentés (séparés par deux entractes), certains reproduisent à l’identique les chorégraphies de quelques-uns des plus grands chorégraphes du XXe siècle; Vaslav Nijinski (Prélude à l’après-midi d’un faune), Marius Petipa (La Belle au bois dormant), et George Balanchine (Thème et variations).

Dois-je préciser que cette soirée fut extraordinaire ?

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8
1re photo : 1/200 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 22 mm
2e  photo : 1/250 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 30 mm
3e  photo : 1/200 sec. — F/4,5 — ISO 200 — 12 mm
4e  photo : 1/400 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 23 mm
5e  photo : 1/100 sec. — F/3,2 — ISO 200 — 16 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Voyage à La Havane — Huitième jour

Publié le 7 novembre 2012 | Temps de lecture : 5 minutes

Lever à 5h25, au chant du coq.

Certains musées de La Havane sont fermés le lundi. J’en profite donc pour retourner à la Catedral de San Cristóbal de la Habana (c’est-à-dire la Cathédrale St-Christophe de La Havane), ouverte non seulement durant la messe du dimanche, mais également tous les autres jours de 11h30 à 15h.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la cathédrale n’a pas été nommée ainsi en l’honneur de Christophe Colomb — qui a découvert l’île de Cuba en 1492 — mais plutôt parce que la capitale cubaine a été fondée de 16 novembre 1519, le jour de Saint Christophe.

Cette deuxième visite à la cathédrale a pour buts d’en photographier l’intérieur et surtout pour voir la tombe de Pierre Le Moyne d’Iberville.

Ce dernier est mort en 1706 dans la capitale cubaine alors qu’il préparait une expédition contre les Anglais installés en Caroline.

Pour le bénéfice de mes lecteurs européens — qui comptent pour environ 90% des visiteurs sur ce blogue québécois — permettez-moi de vous présenter ce personnage, le plus grand héros de la Nouvelle France, né à Montréal en 1661.

Détesté et craint par les Anglais, il n’a jamais perdu une seule bataille de sa vie. Il a chassé ceux-ci de Terre-Neuve et, à au moins deux reprises, de la Baie d’Hudson. Il a attaqué les colonies de Nouvelle-Angleterre et fondé la première ville de Louisiane.

À la fin de chaque expédition à la Baie d’Hudson, il revenait en Nouvelle France le bateau plein de fourrures confisquées des forts anglais ou des bateaux ennemis saisis au large. Il a même eu l’audace d’attaquer un fort anglais à partir d’un bateau battant pavillon de sa majesté britannique.

Mais sa plus grande bataille navale s’est déroulée à 1 contre 3 dans la Baie d’Hudson. S’étant approché suffisamment près de trois navires anglais tout en demeurant hors de leurs canons, il feint une fuite. Poursuivi par les trois bateaux ennemis à la queue leu leu, il fait volteface et les détruit l’un après l’autre.

Mais à la fin de chaque guerre avec l’Angleterre, la monarchie française redonnait aux Anglais les territoires conquis par d’Iberville en échange de quelques iles des Antilles.

D’Iberville n’a jamais protesté que ses conquêtes étaient réduites au néant par ces traités de paix, comprenant bien que la raison d’État pouvait justifier qu’elles servent de monnaie d’échange au bénéfice de la France.


 
La dépouille de ce héros est encastrée dans le mur extérieur droit de la cathédrale, sur le chemin que les touristes empruntent pour monter dans le clocher.


 
Les deux clochers de la cathédrale sont de tailles différentes. Celui de gauche est plus petit car autrement il aurait obstrué partiellement la rue qui longe l’église à cet endroit. Le clocher accessible par les touristes est celui de droite. Il offre une vue intéressante non seulement sur la place devant la cathédrale, mais aussi des installations défensives construites de l’autre côté de la Baie de La Havane.

Je prends le repas du midi au Restaurant La Republica, situé sur rue Chacon. J’y mange des tranches froides de rôti de porc (savoureux) accompagnées de riz, de tranches d’avocats et d’un verre de vin, le tout pour environ dix pesos convertibles.


 
Jusqu’à maintenant, je me suis refusé à la facilité de photographier des vieilles voitures américaines des années 1950 à La Havane. Avec de vielles Lada, elles sont innombrables dans cette ville mais cela me semblait paradoxal de faire de ces voitures étrangères, des représentantes de l’âme cubaine.

Mais elles font partie du paysage caractéristique de la ville et elles sont sans doute aussi naturalisées que les maisons victoriennes le sont à Montréal.

Et puis je me suis souvenu que mon appareil permet de doter les photos d’un style particulier. La photo ci-dessus est la toute première que j’ai faite de ce genre à La Havane. J’ai tellement aimée le résultat que j’ai décidé de créer tout un diaporama basé exclusivement sur elles.


 
En soirée, je vais au Gran Teatro de La Habana afin d’assister à un Gala de remise des prix du 8e Concours ibéro-américain de chorégraphie. Cinq ballets très réussis étaient au programme. La photo ci-dessus représente Bodas de Sangre (Les noces de sang), d’après l’œuvre homonyme de Federico Garciá Lorca

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150 mm R (4e photo) et objectif Lumix 12-35 mm F/2,8 (les trois premières)
1re photo : 1/250 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 35 mm
2e  photo : 1/400 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 33 mm
3e  photo : 1/400 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 23 mm
4e  photo : 1/125 sec. — F/4,5 — ISO 400 — 62 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel