Mémorial national de la guerre d’Hiver de 1939-1940, de Pekka Kauhanen (2017)
En 1938, une des grandes préoccupations de Joseph Staline est la frontière russo-finlandaise. Celle-ci est alors située à seulement 32 km de la deuxième plus grande ville de Russie, soit Leningrad (aujourd’hui appelée Saint-Pétersbourg).
À l’époque où la Finlande était un duché russe, cette proximité n’avait pas d’importance. Toutefois après l’indépendance (obtenue de la Russie en 1917), la Finlande avait développé des relations amicales avec l’Allemagne afin de faire contrepoids à son redoutable voisin.
En 1938, l’Allemagne et la Russie ne sont pas encore liées par leur pacte de non-agression (qui sera signé en aout 1939).
En cas de guerre, Staline sait que Finlande refusera que l’armée rouge traverse son territoire par crainte d’être annexée à cette occasion. Par contre, il sait que ce pays accordera cette permission à l’armée du Troisième Reich.
Le résultat, c’est qu’en cas d’invasion allemande, les troupes ennemies pourraient avancer jusqu’à 32 km de Leningrad sans rencontrer la moindre résistance.
Pour pallier cette menace, Staline offre à la Finlande un échange de territoires; la frontière russo-finlandaise serait repoussée de cent kilomètres alors qu’en contrepartie, la Russie offre à la Finlande de nouveaux territoires situés plus au nord.
Puisque ceux-ci sont de moindre importance économique, la Finlande décline l’offre. Ce qui est son droit.
Mais droit ou non, Staline veut repousser cette frontière.
Une guerre entre ces deux pays éclate donc en novembre 1939. Elle prendra fin en mars 1940. À cette occasion, l’armée finlandaise tiendra tête à l’armée russe (qui essuiera des pertes considérables).
À l’issue du conflit, le traité de Moscou est signé entre les belligérants. Concrètement, il correspond aux demandes territoriales originelles de Staline.
L’importance de cette guerre vient du fait qu’un tout petit pays avait réussi à résister à un pays présumé beaucoup plus puissant qui s’est avéré être un tigre de papier.
Ce détail n’a pas échappé à Adolf Hitler. Ce qui l’a incité à rompre sa parole et à envahir la Russie à peine deux ans après la signature du Pacte germano-soviétique.
Pourquoi l’armée russe s’est-elle avérée si faible ?
Au cours des années 1930, Joseph Staline était devenu de plus en plus paranoïaque. Par crainte d’un coup d’État, il avait peu à peu ‘éliminé’ tous les généraux compétents pour les remplacer par des gens de moindre envergure, moins capables de le renverser s’ils devaient tenter de le faire.
De plus, chacun d’eux était couplé à un conseiller politique qui servait d’espion et dont le rôle était officiellement de s’assurer de sa pureté idéologique.
À la suite de l’humiliation infligée par la Finlande, Staline changea de politique, promut des stratèges compétents à la tête de son armée et s’engagea dans une course aux armements.
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump commet la même erreur que Joseph Staline.
Il s’est d’abord entouré de ministres remarquablement incompétents.
En tant que commandant suprême des armées, Donald Trump veut que les dirigeants militaires de son pays n’hésitent pas à mettre en exécution des menaces qui sont clairement des violations du Droit international. Bref, qu’ils soient dépourvus de scrupules.
À cette fin, il a limogé le chef d’état-major des armées, les chefs de la marine, des garde-côtes, de l’Agence de sécurité nationale (NSA), ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie.
Le 3 avril dernier, son ministre de la Guerre a limogé le chef d’état-major de l’armée de terre afin de le remplacer par quelqu’un qui pourra appliquer sa propre vision et celle de Donald Trump.
Au total, à l’occasion de cette purge, une douzaine de militaires de haut niveau ont été poussés vers la sortie.
Tout cela en quinze mois.
À Washington, Donald Trump est devenu aussi puissant que Staline l’était à Moscou. Dans l’armée, personne n’ose le contredire.
Maintenant que des milliers de soldats américains s’apprêtent à envahir le territoire iranien, est-ce que les dirigeants militaires nommés par Trump feront mieux que ceux de Staline au cours de la guerre d’Hiver de 1939 ?
C’est ce que nous verrons…
Références :
Armée américaine: «La plupart des licenciements de hauts gradés concernent des femmes ou des Afro-Américains»
Guerre d’Hiver
Le patron du Pentagone, Pete Hegseth, obtient le départ du chef d’état-major de l’armée de terre
Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
Écrit par Jean-Pierre Martel