Depuis plusieurs mois, le Parti Québécois trône au sommet des intentions de vote.
En conséquence, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a élaboré une stratégie électorale basée sur le clientélisme (c’est-à-dire la promesse de ‘bonbons’ aux uns et aux autres) et sur un thème central : le Parti Québécois (PQ) cherche à diviser le Canada et donc, fait le jeu de Donald Trump.
En réalité, la partition du Canada ne se fera pas tant que Trump sera au pouvoir et la critique attendue d’un gouvernement péquiste envers Mark Carney sera sélective. Comme l’est celle des partis d’opposition à Ottawa.
Pour étayer ses accusations contre le PQ, la CAQ a sorti des boules à mites un document publié en février dernier par un groupe de réflexion américain appelé ‘The Defense Analyses and Research Corporation’.
Si les journalistes n’ont pas mordu à l’hameçon, c’est moins parce que tout cela n’était plus une ‘nouvelle’ depuis longtemps, mais parce qu’ils ont lu ce document.
Or que dit-il ?
[…]
La résurgence du séparatisme québécois offre une occasion unique aux États-Unis.
[…]
Les États-Unis devraient envisager un soutien discret au PQ avant les élections. Ce soutien pourrait inclure :
• un soutien financier manifeste au PQ pendant la campagne électorale,
• des opérations psychologiques visant à attiser le séparatisme québécois et albertain, et
• des négociations commerciales secrètes avec le PQ, dans le cadre desquelles les États-Unis s’engageraient à appliquer des tarifs douaniers inférieurs à ceux appliqués au Québec par rapport au reste du Canada.
L’auteur semble ignorer que la loi québécoise sur le financement politique empêche la corruption d’un parti québécois par des intérêts étrangers. Contrairement à ce que peuvent faire les États-Unis à peu près partout ailleurs sur la planète.
Malgré la loi, un parti peut toujours se laisser corrompre illégalement. Mais quelle formation politique aimerait être éclaboussée par un autre ’Scandale des commandites’?
Dans l’ensemble, l’auteur du document ‘The Centrifugal Strategy’ ne dresse pas la liste précise des moyens à utiliser (autres que les généralités ci-dessus). De plus, il ne présente pas d’échéancier.
Dans sa propre conclusion, l’auteur va jusqu’à dire que les guerres tarifaires américaines contre le Canada — celle de Trump et toutes celles qui l’ont précédée — favorisent l’unité canadienne et que…
En réalité, le Canada est déjà en train de se fragmenter et pourrait s’effondrer en tant qu’État-nation, même sans intervention américaine.
Il nous suffit de les accompagner graduellement sur la voie de leur déclin.
Pour forcer les journalistes à parler de ce document anodin, Christine Fréchette a commis une grave erreur tactique; celle de prétendre faussement que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) était à ce point inquiet à ce sujet qu’il avait convoqué la directrice générale de la CAQ à ses bureaux.
En réalité, c’est l’inverse. C’est la directrice générale de la CAQ qui a sollicité une rencontre urgente avec le SCRS afin de porter à leur attention un document ‘préoccupant’ que les agents canadiens connaissaient déjà. Le tout afin de manipuler les journalistes.
Malheureusement pour la CAQ, ceux-ci ont fini par découvrir la vérité. Ils ont talonné la première ministre sortante pendant plusieurs jours, sabotant sa campagne électorale jusqu’à ce qu’elle avoue finalement la vérité.
Les électeurs en ont vu d’autres; voilà pourquoi ils pardonnent facilement les contrevérités des politiciens. Mais pas quand ceux-ci mentent afin de voler l’élection.
Christine Fréchette a franchi cette ligne rouge et en paie maintenant le prix alors que les intentions de vote en faveur de son parti sont en chute libre.
Références :
The Centrifugal Strategy
Our Canadian Problem
Écrit par Jean-Pierre Martel