Introduction
La Lituanie est une des trois républiques baltes. Elle est située au sud de la Lettonie, à l’ouest de la Biélorussie, et à la fois au nord de la Pologne et d’une enclave russe appelée Kaliningrad.
Stratégiquement, ses frontières sont à 500 km de Saint-Pétersbourg — la deuxième ville la plus importante de Russie — comme les frontières de l’Ukraine sont à 500 km de Moscou.
Les leçons de la guerre
En 1962, la Crise des missiles a été déclenchée parce qu’il était intolérable aux yeux de Washington que la Russie déploie des missiles dans la cour arrière des États-Unis, soit Cuba.
En 2003, la deuxième guerre du Golfe est survenue parce qu’il était inacceptable aux yeux de l’Occident que l’Irak détienne, croyait-on, des armes de destruction massive. Une menace inacceptable pour l’Europe, pourtant située à des milliers de kilomètres.
De manière similaire, à la suite du Sommet de Bucarest de 2008, Moscou a fait savoir que l’adhésion à l’Otan de la Biélorussie, de l’Ukraine ou de la Géorgie (l’un ou l’autre de ces trois pays limitrophes) serait un casus belli, c’est-à-dire un motif qu’elle juge suffisant pour déclarer la guerre.
En somme, la Russie ne pouvait pas tolérer que l’Otan déploie des armes de destruction massive dans sa cour arrière. L’Otan n’en a pas tenu compte.
Si bien que la guerre en Ukraine a une cause profonde, soit la candidature de l’Ukraine à l’Otan. Quant au facteur déclenchant, c’est le décret ukrainien du 21 mars 2021, signé par Volodymyr Zelensky, ordonnant à l’armée ukrainienne de donner l’assaut contre la population civile des provinces peuplées majoritairement d’Ukrainiens russophones.
On aurait pu penser que la guerre en Ukraine aurait été, pour l’Otan, matière à réflexion. Il n’en est rien.
La nouvelle menace nucléaire contre la Russie
Le 9 septembre dernier, on apprenait que la Lituanie s’apprête à supprimer l’article 137 de sa constitution afin d’autoriser l’Otan à entreposer des armes nucléaires sur son territoire.
Pour être adopté, l’amendement de la constitution lituanienne devra être adopté deux fois par les deux tiers des députés, avec un intervalle minimal de trois mois entre les deux votes. Ce qui devrait être un fait accompli au début de 2027.
D’autre part, l’Allemagne se propose en 2027 de porter ses effectifs en Lituanie à 5 000 soldats, ce qui suggère la construction d’une base militaire importante, probablement gardienne des ogives nucléaires de l’Otan.
Dans l’éventualité d’une Troisième Guerre mondiale, les ogives nucléaires en Lituanie devront être tirées dès son déclenchement. À défaut de quoi, ce pays deviendra une cible prioritaire de Moscou.
Quel pays est assez stupide pour consentir à ce que son territoire devienne le théâtre d’une guerre thermonucléaire ? C’est pourtant le choix des parlementaires lituaniens.
Effectivement, le 11 septembre, Moscou a prévenue la Lituanie que cela placerait ce pays dans le viseur des armes nucléaires russes.
L’initiative lituanienne découle d’une campagne diplomatique menée depuis mars 2026 par Emmanuel Macron auprès des membres de l’Otan, les invitant à s’aligner sur une politique (volontaire) de dissuasion plus agressive envers la Russie. Cette politique autorise le transport, la fourniture et le stockage d’armes nucléaires sur le territoire.
Déjà, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne, le Royaume-Uni et tous les pays scandinaves s’y sont joints. De ceux-ci, la Finlande est le pays le plus proche de la Russie (exception faite d’une petite bande de terre au nord de la Suède).
Le 30 septembre dernier, le Kremlin a déclaré que les usines d’armement des pays européens qui produisent des armes pour l’Ukraine sont dorénavant des cibles sujettes au sabotage par la Russie.
La veille, l’Estonie (autre pays balte) accusait la Russie d’avoir commandité une explosion survenue le 15 aout à une de ses usines de drones qui approvisionnent l’Ukraine.
Lituanie vs Finlande
Puisque la Finlande (à seulement 125 km de Saint-Pétersbourg) fait pareil, pourquoi est-ce plus grave dans le cas de la Lituanie ?

C’est que depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les relations entre la Russie et la Finlande ont été relativement harmonieuses. La confiance était telle qu’avant 1970, la Finlande dépensait presque rien pour sa défense militaire.
Avant la guerre en Ukraine, des dizaines de milliers de Russes prenaient leurs vacances ‘occidentales’ à Helsinki. De plus, les immenses forêts de la Fédération de Russie approvisionnaient en bois l’importante industrie du meuble en Finlande.
Bref, les Finlandais n’ont jamais connu autre chose qu’une Russie redoutable, mais bienveillante. Comme nous, Canadiens, face aux États-Unis.
Par contre, les citoyens des pays baltes n’ont conservé que de mauvais souvenirs de l’époque soviétique. Voilà pourquoi, au sein de l’Union européenne, les ‘chihuahuas’ baltes n’ont de cesse que de japper contre la Russie.
Pour faire comprendre à l’Otan que les menaces russes contre le déploiement d’armes de destruction massive en Biélorussie, en Ukraine et en Géorgie sont également valables pour les autres pays limitrophes que sont les pays baltes et la Finlande, une attaque est beaucoup plus probable contre la Lituanie que contre la Finlande.
D’une part parce que la population russe n’a que de bons souvenirs de la Finlande alors que la Lituanie est dépourvue d’intérêt.
À l’opposé, il est beaucoup plus facile de convaincre les peuples occidentaux de verser leur sang pour un peuple frère comme le peuple finlandais que pour les Lituaniens dont 99,9 % des Occidentaux n’ont jamais entendu parler.
Conclusion
Lorsque la guerre en Ukraine a éclaté, les puissances occidentales pouvaient prétendre qu’elles ne se doutaient pas que la Russie était sérieuse et qu’elle mettrait en application ses menaces.
Ces menaces, c’était que Moscou n’hésiterait pas à guerroyer si la Biélorussie, l’Ukraine ou la Géorgie se transformait en lieu de stockage des armes de destruction massive de l’Otan.
En pavant la voie à ce que deux autres pays limitrophes (la Lituanie et la Finlande) prennent la relève, l’Otan oblige Moscou à attaquer un membre de l’Otan s’il veut réellement éviter d’être menacé au plus près.
Or les modifications constitutionnelles que s’apprête à adopter la Lituanie expriment une volonté beaucoup plus concrète que l’adoption par la Finlande d’une politique qui pourrait être remise en question par un changement de gouvernement.
En somme, tout cela laisse à penser que l’Otan veut déclencher la guerre avec la Russie et est prête à prendre tous les moyens pour y parvenir en prenant soin toutefois de créer l’illusion que la Russie, en Lituanie comme en Ukraine, sera l’agresseur.
Références :
Crise des missiles de Cuba
Guerre d’Irak
La Finlande lève l’interdiction des armes nucléaires pour renforcer la dissuasion de l’OTAN
La Lituanie s’apprête à autoriser le déploiement d’armes nucléaires de l’OTAN sur son territoire
La régression finlandaise
La Russie avertit que les usines européennes d’armement destinées à l’Ukraine sont des cibles militaires potentielles
La Russie sabote des usines de défense européennes
Le Kremlin met en garde la Lituanie contre un éventuel déploiement d’armes nucléaires sur son sol
L’Estonie accuse la Russie d’avoir commandité un « acte de sabotage » sur l’une de ses entreprises de drones
Litanie en Lituanie, le pays sur le point d’amender sa constitution pour faire partie « de la dissuasion nucléaire » occidentale contre la Russie
Lituanie
Sommet de l’OTAN de 2008
Ukraine : le quatrième anniversaire d’une guerre inutile
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