Le PQ est-il un parti de droite ?

Publié le 14 octobre 2026 | Temps de lecture : 3 minutes


 
Introduction

Le PQ est une coalition de gens de droite, de centre et de gauche qui ont une chose en commun; le désir de faire du Québec un pays indépendant.

Selon la tendance politique d’un ministre péquiste, il pensera et agira comme une personne de droite, de centre ou de gauche, et les politiques du gouvernement s’en ressentiront.

Ce qui fait que même quand un gouvernement péquiste est majoritaire, il agit comme un gouvernement de coalition. Et à l’interne, il est l’objet des mêmes tiraillements qu’un tel gouvernement.

Rappel historique

La notion qu’un parti puisse être de droite ou de gauche est née en France, un peu avant la Révolution.

Lors des états généraux de 1789, les représentants (ou ‘députés’) de la noblesse et du clergé furent assis à droite de Louis XVI alors que le ‘tiers état’ (représentant le peuple) prit place à gauche.

Pendant tout le XXe siècle, un parti de droite était celui qui promettait la prospérité économique et/ou l’amélioration de la société par le biais de l’enrichissement des riches.

À l’opposé, un parti de gauche était celui qui s’engageait à redistribuer de la richesse au profit de la classe moyenne ou des milieux défavorisés par le biais de mesures sociales.

Sous l’influence du wokisme, on en est venus à penser que le véritable prolétariat n’était pas les travailleurs ni les salariés à faible revenu, mais plutôt les peuples opprimés à travers le monde, auxquels s’ajoutent les victimes de discrimination raciale, sexuelle et de genre.

Au sujet de l’immigration

Autrefois, le Parti communiste français et les syndicats influencés par lui estimaient que les flux migratoires incontrôlés étaient voulus par le grand capital afin que l’abondance du ‘cheap labour’ maintienne au plus bas la rémunération des travailleurs.

L’intellectuel Juan Branco déclarait l’an dernier que les partis de gauche en Occident étaient en train de s’effondrer parce qu’ils n’arrivent pas à substituer autre chose à l’abandon de l’espoir émancipateur de la redistribution de la richesse.

Leur appui à l’immigration massive fait en sorte que leur électorat migre vers les partis de droite, heureux d’exploiter ce thème électoralement payant.

Si bien que le discours antimigratoire est passé de la gauche à la droite. C’est même devenu un des thèmes favoris des partis de droite et d’extrême droite.

Mais on aurait tort d’y voir là un critère qui définit la nature même de ce qu’est un parti de droite.

Au Québec, la crise du logement, la pression sur les services étatiques (notamment en santé et en éducation), de même que notre difficulté à franciser les néoQuébécois dans la région de Montréal, justifient les politiques du PQ à l’égard de l’immigration.

Bref, tracer une adéquation entre ces dernières et l’étiquette ‘de parti de droite’ est un raccourci fallacieux.

Références :
Aperçu de l’idéologie de Juan Branco
C’est quoi un parti de droite ou un parti de gauche ?
Il y a vingt ans, le référendum français du 29 mai 2005
L’abus du qualificatif ‘extrême droite’ par l’AFP
L’engrenage ukrainien
Le PQ n’est pas de gauche…

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark III, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8 — 1/320 sec. — F/2,8 — ISO 5000 — 150 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le fleuve aux mille sources
par Marc-Olivier Caffier, romancier et philosophe

Publié le 18 juillet 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

La France n’est pas née d’un seul peuple, d’une seule langue, ni d’un seul visage; elle est un fleuve patient alimenté par d’innombrables ruisseaux.

Bien avant qu’un royaume ne dessine ses frontières, les tribus gauloises formaient déjà une mosaïque de peuples. Les Arvernes, Éduens, Parisii, Vénètes, Séquanes… Chacune portait ses coutumes, ses croyances, son génie propre.

Leur unité ne résidait pas dans l’uniformité, mais dans leur capacité à cohabiter malgré leurs différences.

Puis vinrent les Romains, apportant le droit, les routes et les villes. Les Francs offrirent leur nom au pays. Les Visigoths, les Burgondes, les Bretons, les Normands, les Flamands, les Italiens, les Espagnols, les Polonais, les Arméniens, les Portugais, les Magrébins, les Africains, les Asiatiques. Chacun ajouta une pierre à cette cathédrale invisible que l’on appelle aujourd’hui la France.

Nous oublions parfois que la richesse ne nait jamais de la répétition; une forêt où ne pousserait qu’une seule essence deviendrait fragile face aux maladies et aux tempêtes.

La biodiversité est la condition de la résilience du vivant. Il en va de même des civilisations. Une culture qui cesse de rencontrer l’autre se dessèche peu à peu, prisonnière de ses certitudes. À l’inverse, la rencontre oblige à penser autrement. Elle crée, invente, transforme.

L’identité française n’est donc pas un bloc de pierre gravé une fois pour toutes. Elle ressemble davantage à une tapisserie dont chaque génération tisse un nouveau fil sans effacer les précédents.

Les fils celtes demeurent visibles sous ceux de Rome. Ceux du Moyen Âge dialoguent avec ceux des Lumières. Ceux des migrations contemporaines prolongent une histoire qui, depuis plus de deux-mille ans, ne cesse de s’écrire.

Confondre identité et immobilité est sans doute l’une des grandes illusions de notre époque.

Ce qui demeure n’est pas la matière, mais la forme; non les visages mais les valeurs qui permettent à des visages différents de bâtir un destin commun.

Une nation ne s’affaiblit pas parce qu’elle accueille; elle s’affaiblit lorsqu’elle renonce à transmettre ce qui la rassemble : la langue, le droit, la liberté, la fraternité, la laïcité, la volonté de faire société.

La véritable menace n’est donc pas dans la diversité; elle est dans la fragmentation lorsque chacun cesse de reconnaitre l’autre comme un compagnon de route.

La diversité est une promesse. La division est un renoncement.

Depuis les tribus gauloises jusqu’à la République, la France avance comme un fleuve qui ne cesse de recevoir de nouvelles eaux sans perdre son nom. Et précisément parce qu’il accueille tant de sources qu’il demeure un fleuve vivant.

Car la plus grande richesse d’une civilisation n’est jamais la pureté de ses origines, mais la fécondité de ses rencontres.

Complément de lecture : La convergence culturelle : communion et symbiose

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Écrit par Jean-Pierre Martel


DPCP : Crimes graves et immigration

Publié le 16 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Au Québec, n’importe qui peut intenter une cause civile. Mais en droit criminel, le monopole de l’accusation est confié à un organisme d’État appelé le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Ce monopole existe afin d’empêcher que le système judiciaire soit paralysé par une multitude d’accusations frivoles.

Les faits

Le 12 mai 2024, Guzman Bladimir-Castillo vole une Toyota Highlander. Repéré par les policiers, il tente alors de leur échapper pendant trente minutes en roulant à plus de 200 km/h sur les autoroutes 40, 13 et 15 Sud. À noter : il n’a pas de permis de conduire.

Au cours de son témoignage devant la Cour du Québec, l’accusé a présenté une version des faits jugée invraisemblable par le tribunal. De plus, il se dit victime de harcèlement de la part d’une agence de recouvrement lui qui lui réclame plus de 24 000$ pour couvrir les dommages qu’il a causés au véhicule, estimant qu’il préfèrerait consacrer cette somme à autre chose.

En droit pénal, un rapport ‘présentenciel’ (c’est-à-dire avant la sentence) est un rapport préparé par un agent de probation afin d’orienter le juge sur la sanction qu’il doit imposer à l’accusé déclaré coupable.

Dans ce cas-ci, ce rapport a été préparé par une travailleuse sociale. On y apprend que l’accusé a connu une enfance difficile du fait d’avoir eu un père violent et d’avoir grandi dans un milieu défavorisé.

Selon la travailleuse sociale, l’accusé est un être vulnérable. En effet, il est “vulnérable à la tentation de saisir des opportunités de faire de l’argent facilement et rapidement, ce qui le met à risque de récidive.”

D’autre part, l’accusé n’est pas citoyen canadien; il est résident permanent.

Or la Loi fédérale sur l’immigration et la protection des réfugiés prévoit une interdiction de territoire lorsqu’une peine d’emprisonnement de plus de six mois est imposée à une personne qui n’est pas citoyenne du Canada.

Cela limite la tolérance du pays à l’égard des crimes qui peuvent être commis en sol canadien par des immigrés.

Même si le DPCP reconnait qu’en vertu de la jurisprudence actuelle, un citoyen canadien qui commettrait les mêmes infractions que l’accusé devrait recevoir une peine d’emprisonnement de 9 mois, il suggère, dans ce cas-ci, de réduire la durée de son emprisonnement à 6 mois moins 1 jour afin d’éviter à l’accusé le risque de déportation du pays.

Le blâme du juge à l’égard du DPCP

S’appuyant sur des observations faites par ses collègues, les juges Alexandre Dalmau et Dennis Galiatsatos, le juge Antoine Piché blâme explicitement le DPCP d’avoir pris l’habitude de réclamer des peines indulgentes à des criminels qui n’ont pas obtenu la citoyenneté canadienne afin de leur éviter la déportation.

Aux paragraphes 155 et 166 de sa décision, le juge déclare :

[Cela] contrecarre l’intention du législateur fédéral et [va] à l’encontre des enseignements de la Cour suprême, créant un régime [de détermination de la peine] distinct qui n’a pas lieu d’être [entre les citoyens et ceux qui ne le sont pas].
[…]
Avec égards, le pouvoir judiciaire ne peut être instrumentalisé afin de contourner le pouvoir législatif.

À la suite de ce jugement, le ministre de la Justice du Québec, M. Simon Jolin-Barrette, a invité le DPCP à faire les rappels à l’ordre qui s’imposent.

Au sein de la classe politique du Québec, seul Québec Solidaire s’est porté à la défense du DPCP en estimant que dans l’imposition de la sanction, les tribunaux devraient tenir compte de l’ensemble des conséquences sur la vie du coupable, y compris le risque d’expulsion dans le cas des crimes graves.

Références :
Peine réduite pour les non-citoyens – le DPCP réplique : il n’existe pas de système « pparallèle »
Sanction de Guzman Blavimir-Castillo
Un juge écorche le DPCP

Compléments de lecture :
La DPCP et l’esprit de caste
L’affaire Camara : la justice différenciée
La judiciarisation extrême
Les familles Caïn et Abel
MMA : Maudite justice de merde !

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pénuries de main-d’œuvre, immigration et âge de retraite

Publié le 15 mai 2023 | Temps de lecture : 11 minutes

De 37 millions de Canadiens en 2021 à 100 millions en 2100

Jusqu’en 2015, le Canada accueillait environ 250 000 immigrants par année. Compte tenu du taux de fertilité actuel au Canada, ce nombre d’immigrants, s’il avait été maintenu, aurait fait en sorte que la population du pays aurait avoisiné 53 millions de personnes en 2100.

Toutefois, en 2016, le Conseil consultatif en matière de croissance économique — un comité fédéral composé de quatorze personnes dont aucun Québécois francophone — recommandait de presque doubler le nombre d’immigrants accueillis au pays, soit 450 000 par année. Et ce, afin de contrer les effets du vieillissement de la population et de répondre aux besoins de main-d’œuvre.

Le 14 février 2022, Ottawa dévoilait son plan d’accueillir 1,3 million de néoCanadiens au cours des trois prochaines années. En gros, c’était ce que recommandait le Conseil consultatif six ans plus tôt.

De 2023 à 2025, cela devrait comprendre :
• 762 000 immigrants économiques,
• 327 500 personnes admises au motif de réunification familiale, et
• 239 000 réfugiés.

À cela s’ajoute l’immigration irrégulière comme celle des personnes qui, jusqu’à tout récemment, empruntaient le chemin Roxham.

Cela ne comprend pas non plus les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers. En effet, ceux-ci habitent le territoire une partie ou la totalité de l’année sans faire partie, officiellement, de la population canadienne.

En 2022 (l’année qui a précédé l’entrée en vigueur de ce plan), la population du Canada augmentait déjà de plus d’un million de citoyens pour la première fois de son histoire. Essentiellement par le biais de l’immigration.

Cette année-là, rien qu’au Québec, sur les 149 900 personnes qui se sont ajoutées, 146 000 étaient des immigrants permanents ou temporaires. L’écart entre les naissances et les décès, n’a ajouté que 2 300 personnes.

Le groupe de pression politique modestement appelé Initiative du siècle comprend des gens d’affaires et des ex-politiciens torontois. Le document qu’il a élaboré, Pour un Canada qui voit grand, veut faire en sorte que la suggestion du Conseil consultatif, prévue pour trois ans, devienne permanente. Ce qui fait que la population canadienne atteindrait cent-millions d’habitants en 2100.

L’objectif de soumettre le Canada à une immigration massive fait donc son chemin à Ottawa depuis des années.

Le texte de l’économiste Rodrigue Tremblay, paru dans l’Action nationale en juin 2022, l’entrevue accordée à la même époque par son collègue Pierre Fortin à Radio-Canada, et l’article de l’urbaniste Richard Bergeron, paru dans La Presse en novembre 2022, n’ont pas suffi à alerter l’opinion publique.

Il a fallu la manchette du Journal de Montréal du 6 mai dernier pour que, soudainement, on se réveille.

Depuis ce temps, les chroniqueurs et les éditorialistes québécois sont unanimes à condamner le plan d’immigration massive du fédéral. Un plan qui n’a fait l’objet d’aucune consultation populaire.

Mercredi dernier, les députés de l’Assemblée nationale du Québec adoptaient unanimement une motion gouvernementale jugeant le document torontois incompatible avec la protection de la langue française au Québec.

Face à ce tollé, le ministre fédéral de l’Immigration a senti le besoin de s’en distancier… sans toutefois le désavouer explicitement puisque son ministère suit déjà ses recommandations.

Comble d’hypocrisie, les députés libéraux et néodémocrates ont battu aujourd’hui une résolution présentée par le Bloc Québécois (et appuyée par le Parti conservateur) demandant le rejet des objectifs de la Century Initiative par la Chambre des Communes, et demandant au gouvernement fédéral de ne pas s’en inspirer pour développer ses seuils d’immigration à venir.

Pénurie de main-d’œuvre et immigration

Lorsqu’une pénurie de main-d’œuvre est ponctuelle, l’immigration est un excellent moyen de la corriger. Cela consiste à faire appel à l’Étranger pour combler des besoins que le marché intérieur n’arrive pas à corriger de lui-même.

Mais cela n’est plus vrai lorsque la pénurie est généralisée.

Par exemple, les centaines de milliers de néoCanadiens et les 1,5 million de résidents non permanents au Canada (dont 346 000 au Québec) doivent se loger. Ce qui aggrave la pénurie actuelle de logements au pays.

Ces personnes sont également des consommateurs de biens et de services. Entre autres, ils achètent ce qui leur faut pour se nourrir, pour se vêtir contre le froid, et pour de se déplacer en ville.

Et leurs enfants vont à la garderie ou à l’école.

Bref, chaque néoCanadien aggrave la pénurie de main-d’œuvre partout sauf dans le domaine précis où il a été embauché.

Une fois naturalisés, lorsque ces néoCanadiens veulent que leurs aïeuls les rejoignent, même si les règles canadiennes obligent les premiers à assumer tous les frais médicaux dont leurs aïeuls auraient besoin pendant cinq (?) ans, cela ne change pas la pression exercée sur notre système de santé, déjà au point de rupture.

Bref, dans un contexte de pénurie généralisée de main-d’œuvre, tout effet positif de l’arrivée d’un néoQuébécois est contrebalancé par la pression qu’il exerce en raison de l’ensemble des biens et des services qu’il requiert.

En 315 pages, c’était la conclusion à laquelle arrivait ‘Le Remède imaginaire : pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec’ publié en 2011 par le philosophe Benoît Dubreuil et le démographe Guillaume Marois.

Pénurie de main-d’œuvre et âge de la retraite

Il y a un demi-siècle, il y avait sept travailleurs pour chaque retraité. Actuellement, ce rapport est de trois pour un. Et dans moins de quinze ans, il sera de seulement deux pour un.

Les retraités se distinguent par le fait que leur consommation de biens et de services requiert de la main-d’œuvre — pour regarnir les tablettes d’un magasin où ils ont acheté quelque chose, pour effectuer un paiement à la caisse, etc.— sans qu’à leur tour, ils œuvrent à satisfaire la demande de biens et de services des autres.

En somme, il y a une relation directe entre le vieillissement de la population et la pénurie généralisée de main-d’œuvre. Et ce, par le biais de la baisse de la proportion de la population active.

Au sein des pays de l’OCDE, le pourcentage de la population âgée de 65 ans ou plus est passé de 9 % en 1960 à plus de 17 % en 2019.

Dans l’édition de septembre 2019 de L’Action Nationale, Michel Paillé, le plus respecté des démographes québécois, écrivait :

Le Québec se montre, depuis bientôt 50 ans, indifférent au cumul des naissances manquantes qui auraient été nécessaires pour assurer à long terme le remplacement des générations.

D’autre part, pendant des décennies, la baisse de la proportion de la population active a été compensée par ces coupures de personnel que les gestionnaires imposaient aux grandes entreprises. Même lorsque celles-ci enregistraient de profits records.

Dans nos hôpitaux, le recours aux heures supplémentaires obligatoires palliait le manque chronique de personnel.

Puis, la plus importante pandémie depuis un siècle a causé six-millions de morts, dont des centaines de milliers de travailleurs. Et elle a occasionné la ‘Grande Démission’ chez beaucoup de personnes pour qui les bouleversements occasionnés par cette pandémie furent une occasion de repenser leur vie.

Comme un grain de sable dans un engrenage bien huilé, les conséquences de la baisse progressive de la population active sont soudainement apparues évidentes.

Dans les pays dotés d’un régime de pensions de vieillesse qui évite de plonger dans la misère ses retraités, les mesures volontaires qui sont destinées à motiver les gens à demeurer sur le marché du travail au-delà de l’âge de la retraite donnent peu de résultats.

Au Japon, on a préféré compter sur des politiques natalistes pour pallier (sans grand succès) le vieillissement de sa population.

La seule mesure qui permet de combattre progressivement une pénurie généralisée de main-d’œuvre, c’est de hausser l’âge où les gens quittent le marché du travail et non d’ouvrir les vannes de l’immigration.

Mais la colère sociale suscitée récemment en France par la hausse de l’âge des retraites est de nature à refroidir l’ardeur de tout gouvernement qui voudrait imiter ce pays.

On peut donc s’attendre à ce que les pénuries de main-d’œuvre persistent dans tous les pays occidentaux pour encore très longtemps.

Conclusion

Dans son rapport présenté à Londres en 1839, Lord Durham écrivait :

Le meilleur moyen de résoudre l’opposition des deux groupes français et anglais [au Canada], c’est de noyer la population française sous le flot continu d’une immigration organisée méthodiquement, contrôlée au départ, accueillie à l’arrivée, assurée d’une situation privilégiée dans [ce pays].

En dépit du fait que la plus importante minorité ethnique au Canada est le peuple francoQuébécois, le gouvernement canadien a toujours considéré qu’il était de son devoir de protéger ce qu’on appelle la ‘minorité anglaise du Québec’. Alors que celle-ci est plutôt l’annexe québécoise de la majorité angloCanadienne.

En favorisant cette annexe par le biais, notamment, de sa politique migratoire, Ottawa suit les recommandations du rapport Durham.

Lorsque le gouvernement de René Lévesque adoptait la Loi 101 en 1977, cette dernière ajoutait au droit canadien la notion de droits collectifs; elle établissait les bases juridiques du droit du peuple francoQuébécois d’assurer sa survie en protégeant le français au Québec.

C’est ce qui a motivé Ottawa à entreprendre la rédaction d’une nouvelle constitution qui, cinq ans plus tard, consacrait la suprématie des droits individuels sur les droits collectifs.

En somme, son but était de retirer au Québec une bonne partie des moyens dont il avait besoin pour lutter contre son anglicisation.

Si l’ethnie dominante au Canada a pu adopter sans nous cette camisole de force constitutionnelle, on voit mal ce qui la ferait hésiter à se doter de cibles migratoires qui lui conviennent… même si cela devrait accélérer l’anglicisation du Québec.

Une anglicisation à laquelle elle travaille déjà depuis 150 ans et qui s’approche dangereusement du point de non-retour, si on en juge par les résultats du dernier recensement…

Références :
Anglicisation de Montréal depuis quinze ans
Canada wants to welcome 500,000 immigrants a year by 2025. Can our country keep up?
100 millions de Canadiens d’ici 2100 : Ottawa dit non à l’« Initiative du siècle »
Immigration : entrevue avec l’économiste Pierre Fortin (vidéo)
Justin Trudeau et la camisole de force constitutionnelle de 1982
La cible d’Ottawa «incompatible» avec la protection du français, dit Québec
La façade ministérielle de l’État canadien
La Grande démission aux États-Unis
Le Canada à 100 millions d’habitants en 2100
Libéraux et néodémocrates refusent de «rejeter» l’Initiative du siècle
L’immigration permet-elle de régler la pénurie de main-d’œuvre?
L’Initiative du siècle est une menace pour le Québec, dit Legault
Pénurie de logements : une crise sociale nous guette
Pour un Canada qui voit grand
Un nouveau plan en matière d’immigration

Parus depuis :
Ottawa accusé de retarder l’immigration francophone (2023-05-18)
Immigration : l’appel du patronat entendu par François Legault (2023-05-27)
Le Canada ne peut pas loger plus d’immigrants (2023-08-08)Une croissance de la population « insoutenable », avertissent des économistes (2024-01-11)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’immigration et le français au Québec

Publié le 1 juillet 2020 | Temps de lecture : 2 minutes

La langue, facteur de rétention

Après avoir obtenu leur citoyenneté, 81 % des néoQuébécois vivaient toujours au Québec cinq ans plus tard. Ce taux de rétention est moindre qu’en Ontario (91 %), qu’en Alberta (90 %), et qu’en Colombie-Britannique (87 %).

Au Québec, ce taux est toutefois très élevé (95 %) chez les immigrants qui, à leur arrivée, connaissaient le français sans savoir l’anglais.

Ce taux tombe à 84 % chez ceux qui parlaient les deux langues officielles du pays, à 73 % chez ceux qui parlaient anglais sans savoir le français, et à seulement 53 % chez ceux qui ne parlaient aucun des deux.

On peut donc présumer que l’unilinguisme français au travail (là, par exemple, où l’anglais n’est pas nécessaire) favorise à la rétention des immigrants au Québec.

L’ascension sociale

Selon Statistique Canada, le revenu annuel médian des Canadiens était d’environ 35 000$ en 2017.

En 2015, les personnes qui avaient déjà acquis de l’expérience au Canada à l’occasion d’un permis temporaire de travail ou d’un permis d’études et qui demandaient ensuite la citoyenneté canadienne avaient un salaire médian de 34 400$ un an après leur demande, contre 19 800$ pour ceux sans expérience.

De 2006 à 2016, l’immigrant au Québec passait d’un salaire annuel de 15 600$ (un an après son arrivée en 2006) à 30 700$ dix ans plus tard (en 2016). En Ontario, il passait de 18 200$ à 30 300$. Dans l’ensemble du Canada, c’était de 19 100$ à 31 700$.

Références :
Le français, un facteur essentiel de la rétention des immigrants au Québec
Les poches percées de la classe moyenne

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| Anglicisation du Québec, Immigration, Langue française | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Immigration : expulsions et droits de la personne

Publié le 28 novembre 2019 | Temps de lecture : 4 minutes

C’est hier soir que les cinq membres de la famille Batalla-Charris ont été expulsés vers l’Espagne par ordre d’Ottawa.

Cette famille a été accueillie à titre de réfugiés colombiens, après avoir séjourné huit ans en Espagne. Les parents avaient deux enfants à leur arrivée au Canada. Depuis, un troisième est né au Québec.

Les autorités fédérales ont estimé que les membres de cette famille ne pouvaient invoquer le danger qu’ils courent dans leur pays d’origine puisqu’ils avaient refait leur vie en Espagne.

C’est donc vers ce pays qu’ils ont été expulsés.

On peut se demander pourquoi cela prend cinq ans pour en arriver à une décision aussi évidente.

À sa face même, des gens qui vivent depuis huit ans en Espagne — qui ont probablement la citoyenneté de ce pays — ne peuvent prétendre être encore en danger en Colombie alors qu’ils n’y vivent plus depuis des années.

Normalement leur demande aurait dû être rejetée immédiatement.

Mais à Ottawa, une âme bienveillante a décidé de les accueillir à titre de réfugiés, en attente d’une décision. Une décision longuement évaluée par des commissaires fédéraux payés de l’heure et rendue par un tribunal administratif où des avocats se sont graissé la patte.

Bref, tout cela aura pris cinq ans et probablement couté une petite fortune aux contribuables canadiens.

Entretemps, cette famille s’était établie à Sherbrooke. Toute la famille parlait français et les parents occupaient un emploi dans cette ville. Ils payaient des taxes et des impôts, en plus de contribuer à l’activité économique de la ville en tant que consommateurs.

Or partout au Québec, on manque de main-d’œuvre. Qui est gagnant dans cette décision de corriger maintenant une erreur commise il y a cinq ans ?

En d’autres mots, y a-t-il encore quelqu’un qui a du jugement à Ottawa et qui est capable de se demander s’il est raisonnable de jeter des gens à la rue en raison de l’incurie administrative du ministère fédéral de l’Immigration ?

Représentante de Sherbrooke à l’Assemblée nationale du Québec, la députée Christine Labrie (de Québec Solidaire) s’est dite déçue que le ministre québécois de l’Immigration ne se soit pas empressé de délivrer aux parents un certificat de sélection à titre de travailleurs qualifiés. Ce qui, selon elle, les aurait rendus aptes à demeurer au pays à ce titre (et non en tant que réfugiés).

Rappelons qu’en décembre 2017, les huit membres de la famille Lawrence (établie à Montréal et décrite comme un modèle d’intégration) avaient alors été expulsés du pays en dépit du fait que le ministre québécois de l’Immigration de l’époque leur avait délivré d’urgence un certificat de sélection.

Ottawa avait été impitoyable. Si bien que ces gens avaient, eux aussi, quitté le pays.

En matière migratoire, il serait peut-être temps de faire en sorte que tout dossier qui traine à Ottawa depuis plus de deux ans est automatiquement accepté. Quitte à prévoir des exceptions dans des cas d’une extrême complexité.

Et même deux ans, je me demande si cela n’est pas encore trop. Certainement, cela serait un pas dans la bonne direction.

Références :
À quelques heures de leur expulsion, la famille Batalla-Charris garde toujours espoir
Élan de solidarité contre l’expulsion d’une famille colombienne installée à Sherbrooke
La famille Lawrence expulsée du Canada
Les Batalla-Charris expulsés en Espagne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Immigration : une solution digne du 14 février

Publié le 14 février 2019 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

De tous les sujets d’actualité, celui m’attriste le plus présentement, c’est la décision du gouvernement québécois d’annuler 18 000 demandes d’immigration en attente d’une décision.

De ces 18 000 demandes, 3 700 ont été présentées par des demandeurs qui vivent déjà sur le territoire québécois tandis que les autres demandes ont été présentées de l’Étranger par des demandeurs qui y sont demeurés.

Cette décision affecte environ 50 000 personnes.

Ce qui me déçoit, ce n’est pas le ministre de l’Immigration, ni le gouvernement Legault, ni les sympathisants de la CAQ qui y consentent.

Ce qui me déçoit, c’est nous tous.

Non pas que j’éprouve la moindre culpabilité à l’égard de cette décision, mais parce que cela jure avec la conception flatteuse que je me fais du peuple francoQuébécois.

Dans l’éventail des décisions que l’opinion publique d’ici juge acceptables, comment cette politique brutale et inhumaine peut-elle trouver le moindre écho favorable ?

L’humanité en régression

En conclusion d’un autre texte, j’écrivais que depuis quelque temps, le monde est entré en régression.

Entre autres, cette régression se caractérise par une déshumanisation des peuples.

Quand l’administration Trump punit les immigrants illégaux en emprisonnant séparément les enfants de leurs mères — alors que ces dernières sont les plus compétente au monde pour déchiffrer le langage non verbal de leurs petits — cela est d’une telle cruauté qu’on s’étonne que le peuple américain tout entier n’en soit pas scandalisé.

Tout ce qu’on a vu aux États-Unis, c’est un regret après que quelques enfants soient morts parce que les agents de l’État ont mal interprété l’expression par ces enfants de leurs besoins les plus élémentaires (dont la soif).

Ce résultat était la conséquence inévitable d’une telle politique.

De manière analogue, quand le gouvernement québécois se propose de détruire d’un trait de crayon tous les efforts accomplis par cinquante-mille personnes pour refaire leur vie au Québec, je m’attends à une indignation beaucoup plus vive que la petite controverse que cette nouvelle suscite au sein de la classe politique.

Parmi ces gens, 3 700 couples ont déménagé au Québec et meublé un appartement ou la maison qu’ils ont achetée. Ils occupent des métiers depuis des mois ou des années. Ils paient des impôts. Certains de leurs enfants sont nés au Québec tandis que d’autres vont à l’école française et n’ont d’amis que d’autres petits Québécois.

Qui voudrait être à la place de ces parents, paniqués et plongés dans les limbes, qui doivent cacher cette nouvelle à leurs enfants pour ne pas les inquiéter ?

Une alternative plus humaine

Les fonctionnaires sont les bras de l’État. Un gouvernement peut adopter n’importe quelle politique, mais celle-ci demeurera lettre morte s’il n’y a pas d’employés de l’État pour la mettre en application.

Les 18 000 dossiers en attente sont le résultat de l’austérité libérale. En somme, le ministère de l’Immigration manque de bras.

Cela ne veut pas dire que l’embauche de nouveaux fonctionnaires soit la seule issue à l’accumulation des dossiers non traités.

La seule autre solution est la simplification draconienne du processus d’approbation des demandes.

Aux États-Unis, à chaque mois de mai depuis 1995, cent-mille candidats à l’immigration sont choisis au hasard parmi les vingt millions de demandeurs. Les gagnants de la Green Card Lottery voient leurs dossiers traités de manière prioritaire.

Le Québec pourrait s’inspirer de cette idée pour accepter aveuglément tous les dossiers en attente s’ils remplissent les conditions suivantes :
• les personnes concernées vivent déjà au Québec depuis un nombre minimal de mois,
• tous les membres de la famille parlent couramment français,
• cette famille ne doit pas avoir été dépendante de l’aide publique depuis plus de 10% du temps vécu ici, et
• aucun des membres de cette famille ne soit sous le coup d’une accusation portée devant les tribunaux du Québec.

Cela ne supprimerait pas tous les cas en attente, mais en réduirait immédiatement le nombre. Et elle supprimerait l’injustice criante qui est exercée à l’égard de gens qui sont déjà parfaitement intégrés au Québec.

En ce jour de la Saint-Valentin, une telle suggestion mériterait d’être envisagée.

Références :
Cafouillage et insensibilité dans les dossiers d’immigration annulés
Etats-Unis: une loterie à 900 millions de dollars
Immigration : le ministre Jolin-Barrette clarifie la situation

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La politique migratoire de la CAQ

Publié le 11 septembre 2018 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Le pourcentage d’immigrants au Québec qui choisissent de s’angliciser est passé de 65% à 60% en une décennie. C’est encore trop.

François Legault a raison de dire ‘qu’importer’ un demi-million d’immigrants par décennie qui choisissent à 60% de s’angliciser, c’est compromettre la pérennité à long terme du français au Québec.

Cela ne se voit pas en région ni dans les banlieues montréalaises (massivement francophones). Mais c’est déjà évident à Montréal à la lecture des résultats inquiétants du dernier recensement canadien, alors que tous les voyants lumineux clignotent au rouge.

Si le diagnostic de François Legault est bon, quels sont les remèdes qu’il prescrit ?

Réduire l’immigration au Québec de 24%

Entre autres, la Coalition Avenir Québec se propose de réduire à quarante-mille le nombre d’immigrants accueillis annuellement au Québec, et ce dès 2019.

Selon les données du gouvernement québécois, le Québec aura accueilli cette année 53 900 immigrants.

De ce nombre, 31 800 auront été choisis par Québec à titre de travailleurs qualifiés et 22 100 auront été choisis par Ottawa à titre de réfugiés ou en vertu de sa politique de réunification des familles.

Afin de ne pas assumer seule la tâche de réduire le flot migratoire au Québec, la CAQ espère convaincre le fédéral de contribuer proportionnellement à cette réduction.

Les responsabilités canadiennes en matière d’immigration

Au Canada, la compétence constitutionnelle en matière d’immigration est exclusivement fédérale.

Toutefois, en 1991, le gouvernement fédéral a délégué au Québec le droit de choisir les requérants à titre de travailleurs qualifiés.

Néanmoins, le fédéral a conservé ses prérogatives en matière d’accueil des réfugiés parce qu’il doit répondre de ses obligations internationales à ce sujet.

Quant à ses décisions en matière de réunification des familles, elles peuvent être contestées devant les tribunaux. Afin de s’assurer qu’elles soient prises de manière équitable, celles-ci sont déléguées à des tribunaux administratifs qui jouissent d’une grande autonomie.

L’imposition un quota de réduction de 24% à ces tribunaux administratifs provoquerait un tollé d’autant plus prévisible que cette contrainte serait imposée à la demande du Québec, une province que de nombreux commentateurs anglophones aiment dépeindre comme raciste et xénophobe.

Bref, il n’y a pas la moindre chance que le fédéral accepte de contribuer à une réduction du nombre d’immigrants au Québec à la demande de la CAQ.

La seule manière pour elle d’avoir autorité à ce sujet est de réaliser d’abord l’indépendance du Québec.

La démission de la CAQ en matière migratoire

D’ici là, la CAQ devra se débrouiller seule.

Compte tenu de la part fédérale, pour faire passer de 53 900 à 40 000 le nombre total d’immigrants au Québec, un gouvernement caquiste sera obligé de réduire le nombre d’immigrants qu’il accepte de 31 800 à 17 900.

Des 40 000 immigrants au Québec en 2019, 17 900 seraient donc choisis par Québec et 22 100 (la majorité) seraient choisis par Ottawa.

Les besoins de main-d’œuvre des entreprises québécoises, au lieu d’être assurés principalement par des politiques québécoises spécialement adaptées à cette fin, seront assurés par des politiques migratoires fédérales dictés par des considérations humanitaires totalement étrangères aux besoins économiques du Québec.

De plus, en donnant à Ottawa le contrôle majoritaire de notre immigration, la CAQ espère que la pérennité du français soit assurée dorénavant par des fonctionnaires fédéraux à 92% unilingues anglais.

Parce qu’il faut le dire : la fonction publique fédérale est massivement anglophone. Même les postes ‘bilingues’ à Ottawa sont confiés à des unilingues anglais qui disent vouloir apprendre le français et qui quittent leur poste plusieurs années plus tard sans jamais l’avoir appris.

Bref, c’est sur eux que François Legault compte pour expulser les immigrants qui n’auront pas appris le français après trois ans de séjour au Québec et pour sélectionner des réfugiés majoritairement francophones.

Disons les choses clairement : la politique migratoire de la CAQ est une trahison au profit du gouvernement colonial canadien.

Références :
Accord Canada-Québec relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains
Québec prévoit recevoir jusqu’à 53 000 immigrants en 2018
Un fonctionnaire fédéral défend son droit de travailler en français

Paru depuis :
Kafka en Québec (2021-05-03)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le ‘Test des valeurs’ de la CAQ : distinguer entre la connaissance et l’allégeance

Publié le 18 mai 2018 | Temps de lecture : 5 minutes

L’immigration est un des thèmes récurrents de la Coalition Avenir Québec (CAQ).

Alors que le Québec manque de main d’œuvre pour soutenir son développement économique, ce parti politique veut réduire le nombre annuel d’immigrants. Et on croit que la venue d’un nombre jugé excessif d’étrangers créerait un risque de perversion de nos valeurs.

Dans ce contexte, la politique migratoire de la CAQ joue un rôle capital dans son programme électoral.

Dans celui-ci, la CAQ se propose d’imposer la réussite d’un Test des valeurs à tout immigrant et cela, trois ou quatre ans après son accueil chez nous.

Elle compte sur la menace d’une expulsion du pays pour motiver les immigrants à la réussite. Une expulsion qui, doit-on le préciser, ne dépendrait pas d’un gouvernement de la CAQ puisque celle-ci compterait sur Ottawa pour ce faire.

Cet examen serait un test de connaissance et non un serment d’allégeance. En d’autres mots, il ne s’agirait pas d’un engagement solennel à y adhérer.

Il est donc illusoire d’imaginer qu’un tel test protègerait la société québécoise de la ‘perversion’ causée par l’accueil de gens différents de nous; on peut savoir ce que sont les valeurs québécoises sans avoir la moindre intention de s’y conformer.

Dans le texte ‘Le serment d’allégeance aux valeurs du pays’, je suggérais que soit modifié le serment que l’immigrant doit prêter lors de la cérémonie de naturalisation, c’est-à-dire lors de l’étape ultime qui lui permet de devenir citoyen canadien.

Ce serment ne peut être exigé que par Ottawa.

Si la CAQ veut que le gouvernement québécois ait le pouvoir de l’imposer, il lui faudra réaliser l’indépendance du Québec (ce qui n’est pas dans son programme politique, je crois).

Au sein du Canada, il ne reste plus à la CAQ que le pouvoir d’exiger la connaissance de valeurs dites québécoises.

Mais pour exercer ce pouvoir limité, elle doit le faire avant l’émission d’un certificat de sélection. C’est-à-dire avant que le requérant mette les pieds au Québec.

Or cela se fait déjà.

Lorsqu’une personne demande à immigrer au Québec, elle doit signer une Déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise.

Le requérant y déclare vouloir respecter ces valeurs et apprendre le français.

Tant que ce document n’est pas signé, le dossier du requérant est incomplet et ce dernier ne peut recevoir le certificat de sélection émis par Québec.

Tout comme un test de connaissance, une déclaration d’intention est moins contraignant qu’un serment d’allégeance. On peut très bien déclarer vouloir une chose et changer d’idée le lendemain, alors qu’il est plus difficile de renier un serment qui faisait de vous un citoyen du pays.

En somme, la déclaration d’intention est l’équivalent d’une résolution du Nouvel An.

Mais la CAQ n’a pas le choix; une fois que la personne concernée est admise au pays, un gouvernement caquiste ne pourrait rien exiger de plus. Cette impuissance est le prix du fédéralisme.

En effet, l’appartenance au Canada se paie par la soumission de la CAQ à une constitution adoptée en 1982 par le Canada anglais à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Cet ordre constitutionnel condamne tout gouvernement provincial à n’être que l’intendant régional du gouvernement canadian. Parce que c’est ce que veut l’ethnie dominante du pays.

La CAQ contribue à une psychose antimigratoire alors que sa politique à ce sujet, clé de voute de son programme électoral, est son talon d’Achille. Et c’est précisément parce que cette faille met en péril sa crédibilité que ses adversaires s’acharnent à ce sujet.

À quelques mois des élections, la CAQ pourrait in extremis apporter les changements nécessaires à son programme électoral.

À défaut de cela, ce parti enfourchera une picouille — sa politique migratoire actuelle — comme cheval de bataille de son combat contre l’immigration. De toute évidence, la CAQ risque de payer cher ce choix de monture.

En faisant la promotion de mesures coercitives qu’elle ne peut réaliser qu’après l’indépendance du Québec, la CAQ suscite des espoirs qui ne peuvent trouver leur aboutissement que si ses sympathisants portent au pouvoir une autre formation politique…

Tout un paradoxe !
 
Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la politique québécoise, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Pères Noël libéraux

Publié le 19 décembre 2017 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Le Comité fédéral sur la citoyenneté et l’immigration recommandait récemment l’abolition des entraves à l’immigration des personnes handicapées au pays.

Actuellement, le gouvernement fédéral rejette automatiquement toute demande d’immigration de nature à entrainer une charge annuelle supérieure à 6 655$ au système de soins du pays.

Précisons que cette disposition ne s’applique pas aux réfugiés.

Majoritaires sur ce comité, les représentants libéraux estiment qu’une telle discrimination est contraire aux valeurs canadiennes en plus de violer la Convention relative aux droits des personnes handicapées (dont le Canada est signataire).

La convention de l’ONU

L’article 18 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées porte sur le droit de circuler librement et sur la nationalité.

L’alinéa 18.1.1 précise que les pays signataires reconnaissent aux personnes handicapées «…le droit d’acquérir une nationalité et de changer de nationalité et ne soient pas privées de leur nationalité arbitrairement ou en raison de leur handicap.»

Si on lit attentivement cet article, il ne crée pas d’obligation pour les États signataires à accepter les demandes d’immigration de personnes handicapés.

À titre de comparaison, le droit de divorcer et de se remarier ne signifie pas que le divorcé peut épouser en secondes noces quelqu’un contre son gré.

De manière analogue, les pays signataires de cette convention (presque tous les membres de l’ONU) ne se sont pas engagés à ouvrir leurs frontières à tous les handicapés de la Terre.

Si tel était le cas, des millions de désespérés n’hésiteraient pas à se mutiler pour échapper aux persécutions dont ils sont victimes et afin d’assurer un meilleur avenir à leur famille.

Donc les handicapés sont libres d’émigrer… dans les pays qui voudront bien d’eux. C’est tout. Voilà ce que stipule la convention.

Les valeurs canadiennes

Il n’y a aucun doute que la notion du partage est une des grandes valeurs canadiennes.

Le peuplement de ce vaste pays n’aurait pas été possible sans le partage forcé de terres autochtones — notamment celle des Métis des provinces des Prairies — au profit de colons anglais.

Le gouvernement Trudeau a donc raison de souligner l’importance de cette grande valeur canadienne. Toutefois, il ne donne pas un très bon exemple à ce sujet.

Son ministre des Finances, multimillionnaire, a négligé de révéler son patrimoine familial. Ce qui lui permettait de dissimuler — involontairement, bien sûr — les avantages personnels qu’il pouvait retirer des politiques que son ministère adoptait.

En mai 2017, le gouvernement Trudeau a reconnu officiellement un nouveau paradis fiscal, les iles Cook, où les riches Canadiens pourront dorénavant faire de l’évasion fiscale en toute impunité.

Le ministre de l’Immigration, avocat de métier, fait lui-même partie du 1%. Comme probablement tous les ministres fédéraux.

Et ce sont ces ministres richissimes — dont la classe sociale n’a de cesse que de trouver les moyens d’éviter de payer sa juste part du financement de l’État — qui font la morale aux autres Canadiens au sujet de leur devoir d’adhérer aux valeurs de partage du pays.

Les conséquences

Si le Canada avait accepté toutes les demandes d’immigration reçues de la part de personnes handicapées, cela n’aurait occasionné qu’une dépense supplémentaire annuelle d’à peine 135 millions$ pour le système de soins du pays.

Toutefois, cette estimation n’est possible qu’à la condition que personne n’entende dire que le Canada songe à devenir un pays refuge pour les personnes handicapées. Si, à travers le monde, les centaines de millions d’entre eux l’apprennent et frappent à nos portes, comment cela va-t-il couter ?

D’autre part, même si un grand nombre de personnes saisissaient alors l’offre qui leur serait faite par le fédéral, l’essentiel des dépenses supplémentaires serait assumé par les gouvernements provinciaux, dont la Santé est un domaine exclusif de compétence constitutionnelle.

Dans les faits, ces sommes seraient payées par les contribuables de la classe moyenne puisque c’est eux qui assument véritablement le fardeau du financement de l’État.

Quant à l’engorgement du système de santé occasionné par la prise en charge de ces nouveaux arrivants, on se demande pourquoi un ministre attendrait des heures à l’urgence quand il lui est si facile d’aller à la clinique privée qu’il a les moyens de se payer…

Références :
Committee urges federal government to repeal law that bans disabled immigrants
Immigration: le Canada s’ouvrirait aux handicapés
L’Accord avec les Îles Cook critiqué
Les «affaires» Bill Morneau: les scandales collent à la peau du ministre des Finances du Canada
Texte intégral de la Convention relative aux droits des personnes handicapées

Paru depuis :
Ottawa ne veut plus rejeter les immigrants sur la seule base de leur handicap (2018-04-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel