L’art de se jeter dans la gueule du loup
Tout navire qui entre dans le golfe Persique ne peut en sortir qu’en empruntant ce détroit dans le sens inverse.
Hier, le président américain a annoncé l’envoi de deux navires dans le détroit d’Ormuz afin d’y mener des opérations de déminage.
Puisque les pourparlers américano-iraniens étaient alors en cours au Pakistan, cette nouvelle laissait croire que ce déminage s’effectuait avec le consentement de l’Iran.
Il n’en est rien.
Après l’annonce ce matin de l’échec des pourparlers, l’Iran a réitéré que seuls les navires civils sont autorisés à traverser le détroit (sous certaines conditions) et que tout navire militaire s’y aventurant sera traité sévèrement.
Il est à noter qu’on ne rapporte aucune explosion de mine dans le golfe Persique depuis le début de la guerre. Voilà pourquoi on doit accueillir avec beaucoup de scepticisme la rumeur iranienne selon laquelle le golfe serait infesté de mines.
Pourrait-il s’agir d’un piège ?
Dans les pétromonarchies — en somme, de l’autre côté du golfe — les États-Unis sont incapables de protéger leurs bases militaires des drones et des missiles iraniens.
D’autre part, leurs porte-avions sont stationnés en haute mer par crainte d’être détruits par les missiles supersoniques iraniens.
Ils sont tellement loin des côtes iraniennes que leurs chasseurs-bombardiers sont incapables d’effectuer l’aller-retour sans être ravitaillés en plein vol par des avions-citernes (appelés justement ravitailleurs).
Conséquemment, envoyer des centaines de marins américains dans le détroit d’Ormuz pour y mener des activités de déminage, c’est les jeter dans la gueule du loup.
Du point de vue militaire, cela anticipe une répétition de la victoire décisive des Vietnamiens sur l’armée française dans la cuvette de Diên Biên Phu, en 1954.
Peu importe l’importance des efforts déployés par l’armée américaine pour sauver ses marins, les avions et les hélicoptères appelés en renfort seront abattus les uns après les autres dans ce qui sera alors un colossal exercice de tir aux plateaux d’argile.
L’Iran se contente de répliquer
Jusqu’ici, l’Iran s’est contenté de répliquer aux attaques israélo-américaines.
Après l’assassinat d’une partie de ses dirigeants, l’Iran a détruit la résidence personnelle de Benyamin Netanyahou.
Après le bombardement israélien d’installations nucléaires de l’Iran, ce dernier a endommagé la principale centrale nucléaire israélienne (Dimona).
Après le bombardement américain d’une usine de dessalement , l’Iran a fait de même contre un allié américain, soit le Bahreïn. Etc.
Mais dans le cas des navires américains de déminage, quel serait le précédent ? Tout simplement l’anéantissement de la flotte maritime iranienne par les États-Unis et par Israël dès le premier jour de la guerre.
Le Droit international
À plusieurs reprises sur ce blogue, nous avons soutenu que le Droit international était facultatif. À Davos, c’est ce que le premier ministre Mark Carney a affirmé en d’autres mots.
Dans le cas de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, elle ne s’applique pas à l’Iran puisque ce pays n’a pas ratifié le Traité de Montego Bay de 1982.
De nos jours, l’Iran est dans une situation juridique identique à celle de la Grande-Bretagne au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À l’époque, cette dernière détruisait les sous-marins et les navires marchands allemands qui s’aventuraient dans le détroit du Pas-de-Calais.
De nos jours, en raison de la guerre, l’Iran est parfaitement justifié d’interdire le passage des navires qui appartiennent à des pays hostiles.
Signalons que les États-Unis, eux non plus, n’ont pas ratifié le Traité de Montego Bay. Or ce pays pratique effrontément la piraterie en haute mer.
Quand la marine américaine arraisonne un pétrolier appartenant à la flotte ‘fantôme’ russe — ce qui signifie simplement que ce pétrolier n’est pas assuré à la Lloyd’s de Londres — et vole son pétrole, cela est de la piraterie.
Le péage iranien
La largeur du détroit d’Ormuz est d’une cinquantaine de kilomètres. Au sud, on trouve les eaux territoriales du Bahreïn, larges de 12 milles nautiques (environ 21 km). Au nord, les eaux territoriales d’Iran, également larges d’environ 21 km. Et entre les deux, une dizaine de kilomètres en eaux internationales.
Dans les eaux qui lui sont propres, l’Iran a délimité très précisément d’étroits chenaux dans lesquels il garantit la navigation. Et c’est là que l’immense majorité des navires qui empruntent le détroit d’Ormuz préfèrent naviguer.
Ces chenaux doivent périodiquement être dragués pour évier leur ensablement. Les couts d’entretien justifient des frais de péage.
Ce qui doit nous étonner, c’est que l’Iran ne l’aie pas fait avant.
Le blocage américain du détroit
Plus tôt aujourd’hui, Donald Trump a annoncé la fermeture complète du détroit d’Ormuz, probablement afin de faciliter les activités de déminage.
Concrètement, cette mesure a pour effet d’empêcher le passage des pétroliers que l’Iran, jusqu’ici, laissait passer. Notamment, ceux qui transportent son pétrole à lui.
Pour l’Iran, cela rend impérieux l’anéantissement des navires américains mandatés unilatéralement pour déminer le détroit… en supposant que ce déminage soit justifié.
Références :
Bataille de Diên Biên Phu
Convention des Nations unies sur le droit de la mer
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Guerre au Moyen-Orient : en représailles aux frappes contre Natanz, l’Iran bombarde Dimona et Arad, plus de 100 blessés à déplorer
Guerre en Iran : « S’en prendre à une usine de dessalement équivaut à sortir l’arme nucléaire”
Trump annonce un blocus du détroit d’Ormuz après l’échec des négociations avec l’Iran
US-Iran talks in Islamabad stretch on as Hormuz stand-off fuels duelling claims
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La.guerre est une roulette russe qui cause dans toutes les langues.
On ne sait rien de ce qui en sortira.
Alors, quel est ton camp ?
Même si les USA sont gouvernés par un Caligula, c’est une démocratie.
Et Trump tripotant des adolescentes, c’est moins pire que les mollahs et les gardiens de la révolution qui ont violé et tué des milliers de femmes depuis 1979.
Que l’Amérique en finisse avec ce régime !
…. et sans tuer des innocents.
Qui peut faire ce travail ?
Au cours de mon premier voyage en Chine, j’ai choisi de photographier tout et n’importe quoi afin d’en ramener globalement une image qui reflète la réalité au sujet de la Chine contemporaine. Et ce, afin d’éviter d’entretenir les clichés passéistes au sujet de ce à quoi la Chine devrait ressembler.
De manière analogue, je chemine au travers de l’actualité relative à la Troisième guerre du Golfe pour essayer de dépasser les interprétations simplistes que nous proposent nos médias.
Ce qui exige de comprendre l’autre, voire de se mettre à la place d’un régime antipathique à nos yeux.
Et une fois que je crois avoir compris ce qui se passe réellement, je partage cette compréhension avec mes lecteurs dans l’espoir que cela leur sera utile.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, je ne me réjouis pas de voir les choix catastrophiques de l’administration Trump puisque je suis conscient que notre avenir économique, en tant que Québécois, est lié à celui des États-Unis.