Introduction
À quelques heures de l’échéance fixée par Donald Trump, Washington et Téhéran se sont entendus pour suspendre la Troisième guerre du Golfe pour deux semaines.
L’Iran a accepté de rouvrir le détroit d’Ormuz à deux conditions.
Premièrement, l’arrêt des combats pour deux semaines. Et deuxièmement, l’acceptation par Washington que son plan en dix points servira de base de discussion à des négociations futures en vue de l’arrêt définitif du conflit.
Une erreur stratégique de l’Iran
La condition fondamentale de tout cessez-le-feu est l’arrêt des combats.
Dans son plan, l’Iran exige des garanties de non-agression par les États-Unis, le retrait des forces américaines de la région (c’est-à-dire le démantèlement des bases américaines au Moyen-Orient) et la cessation des combats sur tous les fronts, dont celui du Liban.
En permettant la réouverture du détroit d’Ormuz, l’Iran commet une erreur stratégique. Accepter qu’un document serve de base de discussion, cela ne signifie pas qu’on en accepte les clauses. Si tel était le cas, nous n’aurions pas affaire à un cessez-le-feu, mais à un armistice.
L’an dernier, à l’issue de la guerre des Douze Jours, la décision de Téhéran de mettre fin aux hostilités — alors que le pays avait mollement répliqué aux attaques israéliennes — avait profondément mécontenté les faucons au sein de l’armée iranienne et des gardiens de la révolution.
Cette fois-ci, tant que la guerre se poursuivait, toutes les factions du régime étaient unies dans la défense nationale contre les agresseurs occidentaux.
Mais l’annonce de cette trêve, présentée triomphalement au peuple iranien comme une victoire, masque une fracture au sein du pouvoir. Les opposants estiment, à juste titre, que l’Iran perd l’initiative (en anglais, le ‘momentum’).
Heureusement pour eux, la sale besogne de saboter cette entente est venue d’Israël.
Le déplaisir israélien
Jusqu’ici, la Troisième guerre du Golfe marquait l’apogée de la puissance de Benyamin Nétanyahou.
Sous sa gouverne, la bande de Gaza est en ruine. Les colons israéliens massacrent les Palestiniens de Cisjordanie dans l’indifférence totale de l’Occident. Le Hezbollah libanais a été décimé par des téléavertisseurs explosifs. Les installations militaires de la Syrie ont été anéanties par l’armée israélienne.
Partout en Europe, les tribunaux bâillonnent ceux qui critiquent son gouvernement en les condamnant pour antisémitisme.
Et cerise sur le gâteau, le premier ministre israélien a réussi à entrainer les États-Unis dans une guerre en Iran grâce à son ascendant sur Donald Trump.
Ce matin, en apprenant que l’administration Trump a pris l’engagement que l’armée israélienne cesserait de guerroyer contre l’Iran sans lui demander son avis, Nétanyahou est furieux.
Il appelle aussitôt Trump et réussit à lui faire dire que le cessez-le-feu ne s’applique pas aux frappes israéliennes contre le Hezbollah libanais.
Pour manifester sa contrariété, il ordonne à l’armée israélienne de bombarder le sud du Liban avec une violence inégalée depuis le début de la Troisième guerre du Golfe, faisant plus de 250 morts depuis ce matin.
En croyant que les États-Unis avaient une fois de plus renié leur parole — alors que, techniquement, Washington n’a jamais consenti au dernier item du plan iranien — Téhéran ordonne de nouveau le blocage du détroit d’Ormuz et lance quelques dizaines de drones et de missiles contre les pétromonarchies, histoire de rappeler aux partisans iraniens de la ligne dure que la guerre n’est pas finie.
La controverse aux États-Unis
Donald Trump sait qu’il s’est fait avoir en se laissant entrainer dans une guerre ruineuse contre l’Iran. Lui qui avait promis que jamais les États-Unis ne déclencheraient un conflit majeur sous sa gouverne, le voilà critiqué par sa base électorale.
Aux yeux d’un nombre croissant d’Américains, cette guerre est illégale et Israël est devenu un boulet aux pieds des États-Unis.
Les États-Unis n’ont plus besoin du pétrole et du gaz fossile produit au Moyen-Orient puisqu’ils sont devenus autosuffisants.
Pourtant, à cause de cette guerre qui ne les concerne pas, les Américains paient le pétrole beaucoup plus cher. Leur pays dépense quotidiennement deux-milliards de dollars pour entretenir le conflit. Et bientôt, le Congrès aura à se prononcer sur l’opportunité de consacrer une enveloppe de 1 500 milliards de dollars pour financer l’effort de guerre.
D’autre part, dans beaucoup de pays, la vente d’hydrocarbures ou d’électricité se fait par l’intermédiaire d’une société d’État (comme Hydro-Québec).
Pour éviter des révoltes analogues à celles des Gilets jaunes, ces pays doivent vendre leurs bons du Trésor américain et leurs lingots d’or pour pallier l’augmentation brutale du prix de l’énergie.
Cela tombe mal pour Washington. Pour ne pas augmenter les impôts, le gouvernement américain devra emprunter des sommes colossales sur les marchés financiers pour financer cette guerre.

Or la Réserve fédérale américaine doit offrir des taux d’intérêt de plus en plus élevés au fur et à mesure que se dégrade la confiance des investisseurs internationaux envers les États-Unis.
Donc, à bien y penser, peut-être que cette guerre n’était pas une si bonne idée…
Références :
Ce que l’on sait sur l’accord de trêve entre Washington et Téhéran
Cessez-le-feu en Iran : ce que contient le plan en 10 points de Téhéran, jugé « viable » par Trump
Guerre des Douze Jours
Iran : les infrastructures frappées avant même la fin de l’ultimatum de Trump
Le sort des bateaux coincés dans le golfe Persique reste flou
Les frappes israéliennes ont fait au moins 250 morts au Liban mercredi
Les vraies raisons pour lesquelles Israël déclenche une guerre contre l’Iran
Levée des sanctions, nucléaire… Que contient le plan iranien en dix points proposé à Trump ?
The Ceasefire That Wasn’t! What Comes Next? With Trita Parsi (vidéo en anglais)
UK security adviser attended US-Iran talks and judged deal was within reach
Uranium, levée des sanctions… Que contient le plan en dix points proposé par l’Iran à Donald Trump?
When Pakistan Warned Trump (vidéo en anglais)
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Très bien argumenté et très juste commentaire de Jean-Pierre.
Que dire ?
Trump a perdu la manche.
L’Iran l’a gagnée d’un ruban.
Mais le Liban, Gaza et la Cisjordanie l’ont épouvantablement perdue.
Israël n’a encore ni gagné ni perdu car il continue à se battre.