Groenland : Trump est sérieux

Publié le 18 janvier 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Vers le plus grand pays du monde

Selon toute vraisemblance, les États-Unis annexeront le Groenland. Et ce, pour trois raisons.

Premièrement, parce que Donald Trump le veut. Deuxièmement, parce qu’il le peut. Et troisièmement, parce qu’indépendamment du succès ou de l’échec de ses politiques économiques, l’annexion du Groenland est un évènement qui le fera passer à l’histoire.

Dans un siècle, personne aux États-Unis ne se rappellera que Barack Obama s’est vu décerner le prix Nobel de la paix en 2009. Mais tous les petits écoliers américains apprendront que grâce au bon président Trump, les États-Unis ont accru leur territoire de 22,5 %, devenant ainsi le deuxième pays le plus étendu au mande, avec leurs 11 797 505 km², devançant le Canada avec ses 9 984 670 km².

D’autre part, bien après Trump, si l’Otan devait réussir son rêve de conquérir et de démanteler la Russie (actuellement le plus vaste pays du monde), l’annexion groenlandaise fera passer le territoire américain au premier rang mondial.

Pour un être narcissique comme Donald Trump, l’occasion est irrésistible.

L’annexion du Groenland violerait-elle le Droit international ?

Oui. Et après ?

Dans l’état normal des choses, le fort impose sa volonté au faible.

Toutefois, ce qui empêche un pays de sombrer dans le chaos et l’anarchie, c’est que l’État dispose de quatre moyens répressifs; la police, les tribunaux, les prisons et l’armée.

Grâce à ses moyens répressifs, l’État devient le plus fort de tous et conséquemment, impose sa volonté à l’ensemble de sa population.

À la différence de nos gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral, aucune instance supranationale ne possède de moyen répressif capable de faire respecter le Droit international.

Or l’histoire du Monde nous enseigne que la scène internationale est le théâtre de la brutalité des nations. Ceux qui ignorent cette vérité fondamentale sont condamnés à vivre dans l’indignation perpétuelle en raison de leur méconnaissance des ressorts du monde.

La double impuissance d’Emmanuel Macron

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron déclenchait l’opération ‘Arctic Endurance’ (notez l’anglais, qui fait tellement plus sérieux), afin d’obliger Donald Trump à respecter le Droit international.

Une quinzaine de soldats français, appuyés par d’autres soldats européens, auront pour mission de protéger le Groenland des visées impérialistes des États-Unis.

À l’annonce de cette nouvelle, j’ai écrit sur Facebook qu’il suffira à Donald Trump d’imposer à la France de nouveaux tarifs douaniers pour que Macron, repenti, vienne lui lécher les bottes et lui demander pardon.

Or il semble bien que ce soit exactement ce qui est en train de se produire.

Si Emmanuel Macron voulait faire oublier son impuissance à faire obstacle à l’adoption européenne du traité EU-Mercosur, ce deuxième revers constitue une humiliation publique de la France, mise échec et mat par l’incapacité de son chef d’État à voir plus loin que le bout de son nez.

L’Otan et le conflit américano-danois

En juillet 1974, la Turquie (membre de l’Otan) s’est emparée de 38 % de l’ile méditerranéenne de Chypre qui, jusque-là, appartenait en totalité à la Grèce (également membre).

L’Otan ne s’en est pas mêlée.

En dépit de cela, nombreux sont les commentateurs qui, sur l’internet, s’imaginent que l’Otan pourrait sévir contre les États-Unis (le principal financier de l’Otan) si Donald Trump envahissait le Groenland.

Comment peut-on être à ce point stupide ?

Le lombric et le merle d’Amérique

Il y a de ces petites bêtes qu’on craint en raison de leur pouvoir vénéneux. Ce n’est pas le cas du Danemark. Ce royaume est un petit pays inoffensif dont la sécurité repose sur la bienveillance de ses voisins. Aussi nu qu’un ver de terre.

À la suite du sabotage des gazoducs Nord Stream, survenu en septembre 2022, les enquêteurs danois n’osèrent pas imaginer l’hypothèse que le méfait puisse avoir été commis par les États-Unis alors que Joe Biden lui-même a avoué son intention de le commettre après en avoir obtenu la permission du chancelier allemand Olaf Scholz en visite à Washington.

Quand le territoire danois est survolé par de mystérieux drones à batterie, le premier réflexe des dirigeants du pays est de déclarer que ‘ça ne peut être que la Russie’.

Il est vrai que Moscou, ces jours-ci, est capable de bien des méfaits. Mais où sont les preuves dans le cas de ces drones ?

Peut-on imaginer que ces engins — qui ont aussi survolé la Norvège, la Belgique et la France sans qu’on ait trouvé le moindre coupable — puissent faire partie d’une vaste campagne de manipulation de l’opinion publique occidentale ?

Menacé ouvertement d’annexion territoriale par les États-Unis, le Danemark s’entête à croire que son principal danger est une invasion militaire russe alors que jamais au grand jamais Moscou n’a manifesté la moindre intention d’envahir un pays de l’Otan.

Et pour se protéger d’un danger inexistant, le Danemark achète à tour de bras de l’équipement militaire américain, notamment des chasseurs-bombardiers qui ne peuvent décoller sans un code numérique émis par les États-Unis et renouvelé aux 48 heures par le Pentagone.

Bref, ces pauvres Danois peuvent bien manifester par milliers à Copenhague contre l’intention trumpienne d’envahir le Groenland, mais tant qu’ils voteront pour des politiciens atlantistes qui, aveuglément, remettent le sort du royaume entre les mains des États-Unis, ils doivent s’attendre au pire.

Bref, aide-toi et le ciel t’aidera.

Références :
Des projets pour l’éclatement de la Russie
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Groenland : Trump durcit le ton, l’Europe se dit prête à se défendre
Groenland : une mission militaire européenne débute avec des soldats français
La tentation groenlandaise de Trump
Le mystère des drones en Europe occidentale/a>
Le sabotage des gazoducs Nord Stream par les États-Unis
Ukraine et Russie : l’échec cuisant de Victoria Nuland

Complément de lecture : Emmanuel Macron lance un vif rappel à l’ordre aux industriels de la défense

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Écrit par Jean-Pierre Martel