Le pluriel des nombres

Publié le 7 septembre 2017 | Temps de lecture : 4 minutes
Siège de l’Académie française

L’expression d’une quantité

Si je vous dis que j’ai cent huit onces de jus en réserve, s’agit-il de cent formats de huit onces (qui font 800 onces) ou d’un format de 108 onces ?

Avec la nouvelle orthographe, c’est simple; on met un trait d’union entre tous les éléments d’un nombre écrit au long. On écrira donc cent-huit onces pour 108 onces.

Pour ce qui est du pluriel, dans les petits nombres, seuls vingt et cent sont parfois mis au pluriel.

La raison est simple; dix-sept n’est pas 10 fois 7 alors que quatre-vingts est 4 fois 20. Voilà pourquoi quatre-vingts est au pluriel.

Tout aussi logiquement, on écrira les quatre saisons et les douze mois de l’année (où quatre et douze sont au singulier). Pourquoi ? Parce que ce sont les saisons et les mois qui sont nombreux et non les chiffres 4 et 12.

À la différence d’un nombre, l’adjectif dont il est tiré se conjugue au pluriel. On parlera donc des cinquièmes Jeux olympiques et des quatre (au singulier) Jeux qui les ont précédé.

Dans les cas de vingt et de cent, ils s’accordent au pluriel seulement lorsqu’ils sont placés à la fin du nombre écrit au long. Par exemple, on écrira quatre-vingts et quatre-vingt-cinq.

Même chose pour 100. On écrira deux-cents et deux-cent-trois.

Quant à l’objet dénombré, on ne le met au pluriel qu’à partir de deux. Le médecin écrira à son patient de prendre 1,5 comprimé le matin et deux comprimés au coucher.

En anglais, le pluriel de l’objet s’applique au-delà d’un. Ce même médecin dira à un patient anglophone de prendre 1 tablet in the morning and 1,5 tablets at night.

L’expression d’un rang

Il arrive qu’un chiffre n’exprime pas une quantité mais le rang d’un objet à l’intérieur d’un ensemble.

Un livre peut avoir quatre-cents pages. Mais si je me trouve à la page 300, ce nombre n’exprime pas une quantité, mais un rang; c’est la 300e page. On écrira donc qu’il s’agit de la page trois-cent.

De la même manière, l’adresse civique indique l’ordre des maisons le long d’une rue. Le 80 de la rue Principale n’est pas un complexe immobilier formé de quatre copies de la maison située au 20 de la même rue. On écrira donc : Le Quatre-vingt (au singulier) de la rue Principale.

Même chose pour les années. L’an mille-neuf-cent est la 1900e année de notre ère. Voilà pourquoi le cent final y est au singulier.

Bref, lorsque le nombre exprime un rang, il est toujours invariable.

Mille, millions et milliards

Jusqu’à maintenant, c’est peut-être un peu compliqué, mais c’est logique.

Dépassé 999, c’est différent.

Mille est invariable pour des raisons historiques. En vieux français, mille était déjà le pluriel de mil.

On écrivait alors : « Jeanne-d’Arc est née en mil quatre cent douze » et « La dote de la reine était de deux mille écus.»

De nos jours, cette distinction a disparu. Même dans le cas des années, on peut écrire indistinctement mil-quatre-cent-douze ou mille-quatre-cent-douze à la place de 1412. Mais on ne peut écrire que deux-mille-dix-sept (jamais deux-mil-dix-sept).

Alors pourquoi donc avoir tenu à respecter cette vieille tradition alors qu’il aurait été si simple de faire en sorte que 1 000 obéisse aux même règles que 100 et 20 ?

Mystère…

Millions et milliards sont deux autres exceptions.

Ils prennent le pluriel non seulement lorsqu’ils sont placés à la fin du nombre (ex.: deux-millions d’électeurs) mais également lorsqu’ils se trouvent à l’intérieur du nombre écrit au long (ex.: deux-millions-trente dollars).

Je sais, ce n’est pas très logique, mais c’est comme ça.

Références :
Pourquoi mille est-il invariable?
Trait d’union et numéraux

Sur le même sujet : Le pluriel des couleurs

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/640 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la grammaire et à l’orthographe, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Grammaire et orthographe | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pluriel des couleurs

Publié le 27 juillet 2017 | Temps de lecture : 3 minutes
Siège de l’Académie française

Règles générales

Écrire : « Elle avait les yeux de couleur bleue » est un pléonasme puisque dans cette phrase, ‘bleu’ ne peut être autre chose qu’une couleur. On écrira donc : « Elle avait les yeux bleus.»

En général, l’adjectif de couleur s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie.

De la même manière, lorsque la couleur est un nom (toujours masculin) plutôt qu’un adjectif, ce nom s’accorde en nombre. Exemple : « Ce sont les sels de cobalt qui donnent aux vitraux de cette cathédrale leurs bleus si riches.»

Les exceptions

La couleur dérivée d’un nom

Lorsqu’un nom commun est utilisé comme adjectif, celui-ci est généralement invariable.

Ce nom peut être un fruit. On écrira donc : « En pénétrant dans la pièce, les meubles marron, les murs citron, les escaliers orange et les portes framboise attiraient immédiatement l’attention.»

C’est le cas également lorsque la couleur vient d’un minerai ou d’une pierre précieuse. En poursuivant notre visite, on dira : « La pièce suivante était encore plus criarde avec ses murs turquoise, ses armoires émeraude et ses poignées corail.»

L’origine étrangère d’une couleur

L’adjectif ‘kaki’ provient du mot persan qui signifie ‘poussière’. Voilà pourquoi cette couleur est invariable.

La combinaison de deux couleurs

Qu’ils soient unis par un trait d’union ou non (c’est au choix), lorsque deux adjectifs de couleur sont combinés, ils restent invariables. Exemple : « Elle avait les yeux gris-vert.»

La couleur nuancée d’un nom ou d’un adjectif

La couleur est également invariable lorsqu’un nom (vert pomme, vert forêt) ou un adjectif (vert tendre, noir foncé) vient préciser sa teinte.

Les exceptions à l’exception

Nous avons vu plus tôt qu’un nom commun utilisé comme adjectif de couleur est généralement invariable.

Il ne l’est pas toujours parce que cette règle (ou plutôt cette exception à la règle) souffre elle-même des neuf exceptions suivantes :
• châtain (masculin du fruit du châtaignier)
• écarlate (le nom d’une étoffe)
• fauve (un félin de grande taille)
• incarnat (nom d’une teinture et d’une variété de marbre)
• mauve (nom commun d’une plante vivace)
• pourpre (nom donné à un pigment rétinien et à un mollusque)
• rose (une fleur)
• vermeil (argent recouvert d’une mince couche d’or)
• violet (masculin de la plante d’origine africaine)

Ce qui fait qu’on doit les conjuguer en genre et en nombre malgré le fait que ce sont des noms utilisés comme couleurs.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/640 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm

Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la grammaire et à l’orthographe, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Grammaire et orthographe | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel