Les conséquences d’un embargo total
• Sur l’industrie touristique
Le 22 janvier dernier, tous les Cubains qui louent une partie de leur logement à des touristes pour une courte durée ont été avisés par Airbnb que leurs réservations avaient été annulées en raison de l’impossibilité d’honorer leurs engagements.
Cette annulation n’a toutefois pas affecté les réservations effectuées dans la devise du pays puisque, selon toute probabilité, il s’agissait d’offres d’hébergement conclues entre Cubains.
Le 8 février suivant, les autorités ont informé les compagnies aériennes qui desservent l’ile que le pays serait bientôt incapable de les ravitailler pour tout vol de retour.
À l’annonce de cette nouvelle, les agences de voyages ont avisé leur clientèle de quitter l’ile dans les plus brefs délais.
Dans les jours qui suivirent, au fur et à mesure que se vidaient les hôtels des grandes villes du pays, on a concentré le nombre décroissant de touristes dans un nombre toujours plus petit de lieux, de manière à diminuer les couts de leur hébergement.
• Sur le transport et le travail
Le 7 février, l’achat de carburant n’était possible qu’en dollars américains (à environ huit dollars du litre). Et ce, jusqu’à une limite de vingt litres par véhicule.
Précisons que la production cubaine de pétrole correspond à environ le tiers des besoins du pays.

Dans les rues des grandes villes du pays, les iconiques bagnoles américaines ont fait place aux tricycles (électriques ou non), aux poussepousses et aux voitures à traction animale.
En raison de la paralysie presque totale du transport en commun, les travailleurs se rendent à pied à leur lieu de travail lorsque celui-ci n’est pas trop éloigné.
Dans le cas contraire, ils comptent sur le covoiturage de collègues ou déménagent temporairement chez des amis capables de les héberger à proximité de leur lieu de travail.
Le gouvernement cubain a réduit à quatre jours la semaine de travail. Quant au télétravail, sa popularité soudaine est entravée par les fréquentes coupures d’électricité. Celles-ci peuvent atteindre seize heures consécutives.
En absence d’éclairage artificiel, les médecins réaménagent leur cabinet près d’une fenêtre alors qu’un grand nombre de chirurgies sont reportées.
• Sur l’enseignement et les communications
À l’université de La Havane, la résidence étudiante a été privée d’eau potable pendant plusieurs jours. Ce qui a motivé de nombreux étudiants originaires des régions rurales du pays (moins affectées par les pénuries alimentaires) à retourner chez leurs parents.
Si bien que plusieurs facultés ou écoles ont temporairement cessé de prodiguer leur enseignement. Par contre, certains professeurs se sont adaptés en recourant au télé-enseignement grâce à la création d’outils didactiques que leurs étudiants peuvent télécharger.
Le jour, c’est l’arrivée soudaine de toute une série de messages sur son téléphone portable qui révèle que les tours de communication viennent d’être approvisionnées. C’est alors le moment de se jeter sur son téléphone pour obtenir des nouvelles de parents ou d’amis.
• Sur l’alimentation
Autrefois, quand une crise économique frappait l’ile, les Cubains qui avaient accès à des fonds de la diaspora organisaient des cuisines populaires.
Mais cette fois-ci, l’administration Trump a interdit le transfert électronique d’argent (en particulier par Western Union).
Puisque le salaire mensuel moyen des travailleurs cubains est d’environ 19 $ par mois, presque plus personne ne peut s’acheter de la volaille, dont le prix varie de 35 à 55 dollars US du kilo.
Dans les faits, les seules poules qu’on abat sont celles qui sont trop vieilles pour pondre.

À Cuba, les œufs sont une importante source de protéine animale. À défaut de combustible, il est facile de cuire une omelette dans une poêle foncée exposée au soleil.
De plus, les boulangeries peuvent encore cuire le pain dans des fours à bois.
De manière générale, les mères de famille préparent les aliments la nuit, lorsque le courant électrique reprend. Elles s’empressent alors de cuire les mets du lendemain, de faire le café, et de recharger les périphériques mobiles de tous les membres de la famille.
Et le silence du Vatican dans tout cela ?
Cuba a déjà connu une époque semblable à ce que le pays traverse actuellement. À l’effondrement de l’URSS, la Russie a cessé d’approvisionner Cuba en pétrole. En conséquence, de 1991 à 2000, le pays connut une très sévère crise économique.
Dès les trois premières années de cette crise, le PIB cubain s’est effondré de 35 %. La disette alimentaire qui en a résulté a provoqué une perte pondérale moyenne de 9 kg par adulte. Sous-alimentées, les mères qui allaitaient voyaient leur nourrisson emporté par la maladie (généralement une infection respiratoire).
C’est ce qui attend Cuba.
À l’occasion d’une visite à Cuba en 1996, le pape Jean-Paul II dénonçait les « mesures économiques restrictives imposées de l’extérieur du pays, injustes et éthiquement inacceptables », faisant ainsi allusion à l’embargo américain de l’époque, moins sévère qu’actuellement.
Cette prise de position courageuse tranche avec la timidité dont fait preuve le Vatican ces jours-ci.
Le 27 février dernier, InfoVaticana publiait un communiqué affirmant que le Vatican jouerait un rôle de ‘médiateur’ entre les États-Unis et Cuba.
En réalité, le Vatican se bute à une fin de non-recevoir; la volonté irrévocable de Washington est de provoquer un changement de régime à Cuba, au prix d’une famine généralisée s’il le faut.
Le Vatican a une occasion de rappeler à l’administration Trump que la Volonté de Dieu prime sur la sienne.
En tant que vicaire du Christ sur terre, le pape Léon XIV devrait, sans demander l’avis de Washington, organiser une vaste collecte pour venir en aide à Cuba.
Toutes les églises catholiques seraient invitées à recueillir les dons des fidèles.
L’archevêché d’un pays voisin (en République dominicaine ou au Mexique) se servira de la somme collectée pour acheter des vivres qui seront placés à bord d’un bateau pour Cuba.
Idéalement, le pape en personne devrait s’y trouver de manière à décourager Washington de bombarder le navire.
Aux yeux de l’Histoire et dans le souvenir qu’en conserveront les dix-millions de Catholiques à Cuba, condamner l’injustice des puissants afin de préserver l’autorité morale de l’Église est ce que Jean-Paul II a fait en 1996.
J’invite respectueusement le pape actuel à faire de même.
Références :
Cuba’s economy on edge: Fuel shortages and rising hardship
In the other US target of regime change, Cuba, I saw real hardship – and resilience
Le Vatican agit comme médiateur entre les États-Unis et Cuba dans un contexte diplomatique complexe
Vatican – Cuba. Visite du pape Jean-Paul II à Cuba
Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 + objectif Lumix 12-35mm
1re photo : 1/200 sec. — F/4,5 — ISO 200 — 35 mm
2e photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 25 mm
Toujours instructifs les articles de Jean-Pierre. Merci encore.
« rappeler à l’administration Trump que la Volonté de Dieu prime sur la sienne ». Dans les deux cas, ces potentats Trump et pape, sont des Dieux immanents, le Dieu transcendant n’existant pas.
Les pauvres Cubains continueront à crever et les deux potentats Trump et pape continueront à empocher honneurs et dons.
Ils pontifieront et les Cubains pourriront.