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Avant-propos : Depuis quelques années, pour célébrer la Journée internationale des femmes (le 8 mars), ce blogue inverse ce jour-là la règle grammaticale selon laquelle le genre masculin l’emporte sur le genre féminin. En conséquence, dans ce texte qui suit, le féminin inclut le masculin.
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Il a fallu 29 années.
Il y a trois jours, la Cour interaméricaine des droits de la personne a condamné le gouvernement péruvien pour la mort de Celia-Edith Ramos-Durand, survenue en 1997 à l’occasion d’une stérilisation forcée.
Le Pérou était alors gouverné par Alberto Fujimori, soutenu par les États-Unis. Or l’aide américaine, par le biais de la Banque mondiale, était conditionnelle à ce que le Pérou endigue sa croissance démographique.
En moyenne, les familles autochtones y avaient cinq ou six enfants.
Au nom de lutte contre la pauvreté, le gouvernement Fujimori entreprenait donc, de 1996 à 2000, une campagne de contrôle de la natalité qui consistait à stériliser de force les populations pauvres et analphabètes du pays.
Et ce, avec d’autant plus de zèle que c’est dans ces milieux que les rebelles communistes du Sentier lumineux recrutaient le plus facilement de nouvelles combattantes.
Au fur et à mesure que s’accélérait cette campagne de stérilisation forcée, on manqua de chirurgiennes. On formera donc à la hâte des ‘praticiennes’. Poussées par les cibles à atteindre et les quotas à respecter, celles-ci opérèrent dans des conditions sanitaires de plus en plus précaires.
Au total, on estime que 300 000 femmes (pour la plupart, âgées de 20 à 25 ans) ont subi une ligature des trompes et que 30 000 hommes ont été vasectomisés.
Le nombre précis des personnes mortes des suites de cette stérilisation n’est pas connu. Toutefois, les ONG du pays estiment qu’il se compte en milliers de personnes.
La première action en justice a été intentée en 1999 (au sujet d’une autre victime que celle dont on parle). Elle s’est résolue par une entente hors cour que le gouvernement n’a pas respectée.
Puis ce dernier s’est engagé dans une guérilla judiciaire qui a duré trois décennies dans le but que les autres plaignantes, ruinées, abandonnent leur combat.
Les dirigeantes du pays se sont contentées de créer un registre où les plaignantes (la plupart analphabètes) pouvaient s’inscrire. Et on a coupé les subventions accordées aux ONG qui travaillaient à les défendre.
Bref, le jugement de Cour interaméricaine des droits de la personne est le premier, après 29 ans, à rendre justice au nom d’une des 300 000 victimes de cette campagne d’épuration ethnique.
Références :
Alberto Fujimori
Au Pérou, 300 000 femmes stérilisées de force
La dette du Pérou envers les milliers de femmes stérilisées de force
La stérilisation involontaire en pays démocratique
Le Pérou condamné pour la mort d’une femme lors d’une campagne de stérilisations forcées
Le Pérou responsable du décès d’une paysanne stérilisée de force
Pérou: 10 ans après les stérilisations forcées, les femmes andines réclament justice: en vain
Stérilisation forcée au Pérou
Stérilisation forcée au Pérou : “Après des décennies d’incertitude, il y aura enfin une décision”
Le martyrologue féminin est le plus vaste de l’Histoire. En y incluant la misogynie religieuse implacable.
Décourageant, le masculinisme et le virilisme le relayent.
La lutte des Lumières est loin d’être terminée.
Y-a-t-il un progrès ?
Oui. Le pire des misogynes (le successeur de Khomeiny)vient d’être assassiné par un moins pire Donald-grap-the-pussy).